À force de traîner dans les conventions de tatouage, toujours la même impression de revoir les mêmes barbes huilées, les mêmes têtes d’affiche recyclées, les mêmes bras gonflés comme des haltères de salle bas de gamme. Et puis il y a Girl’Ink, l’ovni qui claque sa porte au boys club du dermographe.
Ozoir-la-Ferrière, mi-septembre, salle Le Carrousel. Pas vraiment Berlin, pas vraiment Vegas, mais c’est là que le tatouage se dégenrera les 13 et 14 septembre. Au programme : 70 femmes tatoueuses, triées sur le volet, en train de piquer, graver, transformer les peaux en manifeste visuel. Pas de folklore, pas de décorum sponsorisé par une boisson énergisante. Juste de l’art, du bruit, et un peu de sang.
Ici, pas de boys club sous UV. Depuis 2014, c’est 100 % tatoueuses, aux manettes comme sur les aiguilles. Seules sur scène, elles tiennent la barre artistique, imposent leurs codes, et repoussent les limites d’un milieu où la testostérone faisait jusque-là office de caution. Résultat : deux jours à mi-chemin entre salon underground et festival alternatif.


Sur scène, ça va crépiter : au menu, 70 artistes sélectionnées, quatre concours de haut vol, et une scène qui ne s’éteint jamais. Parmi les têtes d’affiche, la performeuse Cervena Fox, icône burlesque venue de Las Vegas, viendra claquer son imaginaire en bas résille, pendant que SUN, groupe enragé de brutal pop (oui, ça existe) trempé dans le feu du Hellfest, balancera ses riffs façon uppercut.
Côté tatouage, tous les styles s’entrecroisent. Entre deux solos, on pourra se faire tatouer une pièce néo-trad ou blackwork sous les yeux d’un jury qui n’a pas peur de juger sec. Les concours, présidés par Manuella Ana, épaulée de Pascal Squall (le type sacré Meilleur Tatoueur sur RMC Story, ça ne s’invente pas) et Xavier d’ACE’S Tattoo, gardien du trait pur et dur, promettent une lecture serrée et sans folklore des pièces réalisées en direct.
Derrière le salon, une obsession : offrir un espace aux tatoueuses dans un univers qui les a longtemps reléguées au second plan. Créée par Jérôme Delesalle, et oui un mec, décidément ici on aime les paradoxes, la Girl’Ink a survécu à la pandémie, aux copies mal digérées et au temps qui passe, pour devenir un rendez-vous à part : libre, inclusif, viscéral. Bref, à Ozoir mi-septembre, ce ne sont pas les peaux qui vont chauffer, mais les certitudes.
Depuis 2014, Girl’Ink tient la ligne, parce que dans ce monde saturé de mecs qui se prennent pour des rock stars, il fallait un espace où l’aiguille se conjugue enfin au féminin. Onze éditions plus tard, le salon n’a rien perdu de sa rage : libre, inclusif, insolent.
Ne venez pas pour le folklore, mais pour l’électricité brute. Et accessoirement, pour vous rappeler que dans le tatouage comme ailleurs, les femmes n’attendent plus qu’on leur laisse de la place : elles la prennent.

Plus d’infos :
👉 Girl’Ink Tattoo Convention – 11e édition
📍 Salle Le Carrousel, Ozoir-la-Ferrière (77)
📅 13 & 14 septembre 2025
💻 girlinktattooconvention.com