C’est un homme jovial qui nous accueille ce 9 juin 2025, le regard pétillant et le sourire facile. Sa silhouette paisible est coiffée de longues mèches, semblables à des dreadlocks, traces visibles d’années de retraites et de pratiques ascétiques. Ses cheveux, noués sur le sommet de sa tête comme des lianes de silence, rappellent les ermites des montagnes. Mais lui, il rit. Souvent. Et parle du Dharma comme d’autres parlent de la pluie : naturellement.
Un Khenpo en dreadlocks, assis en tailleur à Bonny-sur-Loire ? Ça pourrait être une photo arty, c’est juste la scène du jour. Könchok Tashi Rinpoche rit beaucoup, parle simple et balance un projet qui dépasse le temps : commenter Les 100 000 chants de Milarepa.
Le Maître ne se laisse pas rencontrer facilement. Avant de s’asseoir face à lui, il a fallu patienter, contourner les silences, attendre que les portes s’entrouvrent, car Khenpo Könchok Tashi Rinpoche ne parle pas à tout le monde. Entre ses nombreux voyages et la barrière de la langue, la mise en relation n’a pu se faire que grâce à Aline Mazarin, et l’entretien n’aurait pas existé sans l’aide précieuse du traducteur Lesly Alcan. Sans eux, pas de dialogue possible, juste le mystère d’un maître inaccessible. Et pourtant, ce 9 juin 2025, à Bonny-sur-Loire, il est là. Un Khenpo en dreadlocks, assis en tailleur.
Dans son centre de Bonny-sur-Loire, pas de folklore. Le silence colle aux murs. Les visiteurs marchent sur la pointe des pieds. Ce jour-là, un petit groupe s’est réuni. Ils viennent de Paris, de Belgique, de Marseille, parfois d’encore plus loin pour écouter le Maître. Certains sont là depuis l’aube, voire la veille. D’autres, pour la première fois. Tous l’écoutent avec une attention rare, suspendus à ses mots comme à des perles qu’on enfile sur le fil de leur propre quête. Lui, le Khenpo, parle, et le temps se fige.
A nous il accorde un entretien exclusif. Pas pour raconter sa vie de yogi de douze ans de retraite, six ans en grotte, six ans au Mustang, l’ascèse jusqu’à l’os, mais pour transmettre ce qu’il prépare : un commentaire des 100 000 chants de Milarepa.
100 000 chants pour calmer l’époque
100 000 chants ? Oh my God ! Un pavé du XIe siècle, une somme de poésies spirituelles. Un manuel de survie intérieure, laissé par Milarepa, ex-magicien noir devenu ermite repenti qui a transformé sa voix au service du bien. Le gars aurait appris la sorcellerie dans son jeune âge et, par vengeance, l’utilisé pour zigouiller ses ennemis. Des années de grotte et de méditation plus tard, une arme douce : le chant. Pas de prêche, pas de temple, juste des poèmes psalmodiés qui claquent comme des mantras. Promesse : écouter suffit. Sept vies et l’éveil est au bout.
« Le simple fait d’écouter ces chants, dit Khenpo Könchok Tashi Rinpoche, peut libérer en sept vies. » Sept vies ? Mais nous ne sommes pas des chats ? Le Maître ne se laisse pas démonter. Pas besoin d’être moine, pas besoin même d’être bouddhiste. Scientifiques, sociologues, médecins : tous, selon lui, y trouvent une cartographie de l’esprit. Les chants de Milarepa détaillent la perception, décortiquent la pensée, donnent un mode d’emploi pour apprivoiser l’angoisse. Et rappellent, mine de rien, que la générosité et la joie ne sont pas des concepts, mais des pratiques. D’où l’urgence du livre.
Quand nous lui demandons pourquoi en faire un livre, alors qu’il enseigne déjà en streaming vidéo ? Réponse cash : « Les vidéos se perdent, les livres restent. » Comme les soutras du Bouddha, qui n’auraient jamais traversé les siècles sans l’écrit. Commenter ce pavé mystique de 100 000 vers est une urgence contemporaine.
Le Khenpo le martèle : “ces chants ne sont pas réservés aux bouddhistes. Tout le monde peut y piocher un mode d’emploi pour apprivoiser la peur, retrouver la joie“.
Son projet n’a rien de muséal. Pour lui, publier aujourd’hui, c’est lancer une bouteille dans l’océan. « Je veux que ces chants soient utiles maintenant, en France, en Occident. Qu’ils aident à calmer l’esprit, qu’ils se diffusent. » Et tant pis si ça ressemble à un pari fou : commenter un texte de 100 000 vers, l’un après l’autre, comme on sculpte une montagne à la petite cuillère.
Milarepa chantait pour les dieux, pour ses disciples, parfois pour lui-même. Dans une cabane de pierre, il écrivait :
Je suis dans cette forêt touffue,
Le yogi est seul avec sa pratique,
Et je ne peux être plus heureux.
Neuf siècles plus tard, au Loiret, un maître rit en récupérant le refrain. Khenpo Könchok Tashi Rinpoche reprend le relais, avec ses dreadlocks, son rire, et surtout ce livre à venir, qui n’est pas un bouquin comme les autres, mais un mode d’emploi pour traverser l’époque.
Avis aux amateurs : pour que ce livre voie le jour, il faudra plus qu’un mantra, éditeurs, donateurs, partenaires, mécènes, le micro est à vous.
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