Nouvelle-Orléans, Mardi gras. Dans les rues, des silhouettes géantes. Plumes qui fouettent l’air, perles cousues au millimètre, sueur et fierté. Les Black Indians ne font pas que défiler, ils occupent le bitume comme on occupe un territoire.
Ce n’est pas du folklore sous plastique. C’est une mémoire qui danse. Afrique dans le rythme, Amérique indienne dans les plumes, gospel et funk dans les veines. Le Call & response en héritage, cette conversation musicale qui a enfanté le jazz, il y a plus de 150 ans. Et, derrière les paillettes, une histoire rugueuse : des esclaves en fuite accueillis par des tribus indiennes, des alliances, des tensions, des vérités qu’on ne raconte pas dans les livres d’école.
Sur Arte, Cécile Denjean signe Black Far West, Une contre-histoire de l’Ouest. Là aussi, des visages noirs effacés de la conquête, compagnons de route des Amérindiens, héros sans statues.
Au Musée du Quai Branly, jusqu’au 23 janvier 2023, Black Indians de la Nouvelle-Orléans claque comme un drapeau au vent. Costumes saturés de couleurs, photos qui transpirent la rue, tambours qui battent la peau. Une tradition vivante, insoumise, qui rappelle que la culture, parfois, est la plus belle des armes.