Mathilde Favier, la directrice des relations publiques de Dior, figure iconique de la mode parisienne, est décédée lundi 17 août, dans un tragique accident de voiture qui a également coûté la vie à son compagnon le producteur Nicolas Altmayer. © @mathilde favier

Mathilde Favier, le soleil de la mode s’est éteint

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Rédactrice en chef et fondatrice de Rapporteuses, Lise-Marie Ranner-Luxin allie vision éditoriale et plume affûtée. Passionnée par les histoires humaines, les tendances culturelles et l’actualité qui...
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La mort brutale de Mathilde Favier, directrice des relations publiques de Dior, et de son compagnon Nicolas Altmayer, dans un accident de la route le 17 août, laisse la mode et le cinéma français orphelins de deux de leurs figures les plus aimées. Elle avait 57 ans, une silhouette de brindille, un rire reconnaissable entre mille et cette capacité rare à faire croire à chacun qu’il était son ami. Derrière les tapis rouges, les actrices et les défilés, il y avait une mère, une amie d’une fidélité rare, une femme d’un courage discret, qui avait fait de l’élégance non pas une apparence, mais une manière d’être au monde.

Il y a des disparitions qui ressemblent à des erreurs de scénario. Celle de Mathilde Favier appartient à cette catégorie. Lundi 17 août 2026, vers 16 heures, sur une route départementale à Airvault, dans les Deux-Sèvres, la voiture à bord de laquelle elle se trouvait avec Nicolas Altmayer a percuté un poids lourd circulant en sens inverse alors qu’ils doublaient un autre véhicule. Les deux passagers sont morts dans la collision. Une enquête pour « homicide involontaire par conducteur » a été ouverte par le parquet de Niort afin d’établir précisément les circonstances du drame.

Mathilde avait 57 ans. Nicolas, 61. Lui était producteur de cinéma, patron de Mandarin & Compagnie avec son frère Éric, derrière Jet Set, Brice de Nice, la trilogie OSS 117, mais aussi des films plus audacieux comme Saint Laurent, The Possibility of an Island, Monsieur Aznavour ou Alpha. Elle dirigeait depuis 2011 les relations publiques de Christian Dior Couture et était devenue, au fil de quatorze années, l’une des femmes les plus identifiables de la maison.

Deux univers viennent donc de perdre, dans la même seconde, deux de leurs grands artisans de l’ombre. Et pour Mathilde, le mot « ombre » avait quelque chose d’incongru. Elle était partout. Aux défilés, aux Oscars, à Cannes, dans les coulisses des shootings, au premier rang des tapis rouges, au téléphone avec une actrice, un styliste, un journaliste ou une vieille amie. Et toujours cette impression qu’elle ne travaillait jamais vraiment : elle recevait, elle mettait en relation, elle arrangeait, elle riait. Elle faisait son métier.

Une enfant du XVIe devenue reine des relations publiques

Mathilde Favier naît le 26 septembre 1969 et grandit dans le XVIe arrondissement de Paris. Elle est la fille de Françoise Dufour et de Bruno Favier, directeur de la communication chez IBM. La maison familiale est déjà un petit laboratoire du goût. Sa mère, femme d’intérieur au sens très sûr de l’élégance, lui transmet cette attention aux matières, aux objets, aux fleurs, aux gens et à la façon de recevoir. Mathilde dira plus tard avoir écrit son livre Mathilde à Paris, publié en 2024 chez Flammarion, comme un hommage à cette mère qui lui avait appris à regarder le beau sans jamais en faire une démonstration.

Dans cette famille où la mode n’est jamais très loin, il y a aussi ses sœurs, Victoire de Castellane et Pauline Favier-Hénin. La première est devenue l’une des grandes signatures de la joaillerie contemporaine et la directrice artistique de la haute joaillerie Dior. La seconde a fondé la marque lifestyle Bloom Paris. Et puis il y a l’oncle Gilles Dufour, figure historique de Chanel et proche collaborateur de Karl Lagerfeld, qui dirigea notamment le studio de la maison pendant dix-sept ans.

C’est lui qui ouvre à Mathilde les portes du monde de la mode. À 14 ans, elle effectue un premier stage chez Chanel. Elle y rencontre notamment une autre jeune stagiaire qui deviendra Sofia Coppola. Les deux femmes resteront proches, au point que Mathilde fera une apparition dans Marie-Antoinette, le film réalisé par Coppola en 2006.

Le décor est planté : Paris, Chanel, Lagerfeld, les artistes, les créateurs, les conversations qui commencent à table et finissent dans un atelier. Mais Mathilde ne se contente pas de naître au bon endroit. Elle apprend son métier.

Glamour, Prada, puis Dior

Après des études d’histoire de l’art et de langues étrangères, elle passe par la presse féminine, notamment Glamour et Femina Hebdo. Puis elle se tourne vers les relations publiques et rejoint Prada, où elle restera onze ans. Elle participe notamment au développement de la marque et de Miu Miu en France.

Puis arrive Dior, en 2011. Elle y devient progressivement la responsable mondiale des célébrités, celle qui fait le lien entre la maison, ses créateurs et les personnalités qui porteront ses vêtements. Un métier devenu stratégique dans une industrie où une robe portée par la bonne actrice, au bon endroit, au bon moment, peut parfois peser davantage qu’une campagne publicitaire.

Mathilde, elle, ne vendait pas seulement des robes. Elle connaissait les gens. Natalie Portman, Rihanna, Laetitia Casta, Jisoo, Céline Dion, Anya Taylor-Joy, parmi tant d’autres, ont croisé son chemin professionnel. Elle était aussi proche de Carla Bruni, dont elle fut le témoin lors de son mariage avec Nicolas Sarkozy en 2008.

Et c’est là que résidait son talent. Mathilde Favier savait que la mode est une affaire de vêtements mais que le luxe, lui, est une affaire de relations. Elle savait accueillir une star sans la transformer en produit. Elle savait parler à une directrice artistique comme à une jeune actrice. Elle savait surtout donner à chacun le sentiment qu’il comptait. Ce qui, dans un milieu saturé d’ego, relève presque de la performance artistique.

« Elle était l’esprit même de la haute couture »

Les hommages qui affluent depuis sa disparition racontent mieux que n’importe quel CV ce qu’elle représentait. Delphine Arnault, présidente-directrice générale de Christian Dior Couture, a salué une « professionnelle exceptionnelle » et une amie fidèle, insistant sur son optimisme, son courage, son sourire et son talent. Bernard Arnault a également rendu hommage à celle qui avait consacré tant d’années à la maison. Jonathan Anderson, directeur artistique de Dior, a décrit Mathilde comme l’incarnation de l’esprit de la haute couture.

Rachida Dati, qui faisait partie de ses proches, a évoqué de sa « fureur de vivre ». Carla Bruni, elle, a salué une femme « comme un soleil » dans la vie de ses amis et de sa famille. Cristina Cordula a, elle aussi, mentionné son sourire et la joie qu’elle diffusait autour d’elle. Ces mots reviennent sans cesse : solaire, joyeuse, généreuse, élégante, drôle. Comme si tous ceux qui l’ont connue avaient utilisé spontanément le même dictionnaire.

Mathilde Favier, ici photographiée dans un décor à son image, entourée de coussins brodés et colorés, éventail à la main. Une scène publiée sur son compte Instagram qui raconte, à elle seule, son goût pour les objets, les couleurs et un art de vivre où l’élégance n’excluait jamais la fantaisie. © @mathildefavier

Le corps frêle, l’énergie immense

Mathilde avait cette silhouette qui pouvait évoquer les mannequins des années 1960 : fine, presque fragile, avec cette coupe courte et ce visage mobile qui lui donnaient quelque chose de Twiggy sans jamais en faire une copie. Mais l’impression de fragilité s’arrêtait là.

Elle était d’une énergie considérable. Elle avait aussi appris très tôt à vivre avec une particularité physique : sourde d’une oreille depuis sa naissance, elle expliquait en 2024 que cette différence avait nourri son rapport à la solitude. Elle ne la présentait pas comme un handicap à cacher, mais comme une singularité avec laquelle elle avait construit son caractère.

Et puis il y eut la maladie. En 2016, alors que son agenda continuait de courir entre l’avenue Montaigne, les défilés et les personnalités, Mathilde Favier est confrontée à un cancer du sein. Peu de gens savent qu’entre deux défilés il y a les chimiothérapies et les allers-retours à la clinique Hartmann. Elle décide ensuite de mettre cette expérience au service des autres, notamment à travers son engagement auprès de l’Institut Rafaël et de l’association Esthétique & Cancer.

Mathilde avait finalement accepté d’en parler publiquement. Mais elle le faisait à sa manière, sans jamais laisser le cancer devenir son identité. Ce qui impressionnait chez elle était précisément cette capacité à traverser l’épreuve sans renoncer à la vie, à la beauté, à l’humour. Elle avait connu la maladie, mais n’acceptait pas qu’elle prenne le dessus.

Nicolas, les enfants, les amis : le reste de sa vie

Il y avait le travail, immense. Mais il y avait surtout les siens. Mathilde était mère de deux enfants, Héloïse et Carlo Agostinelli, nés de son mariage avec le financier Robert Agostinelli, en 1998 et 2000. Les deux occupaient une place centrale dans sa vie.

Il y avait aussi Nicolas Altmayer. Ils formaient un couple qui réunissait deux mondes voisins : celui du cinéma et celui de la mode. Lui produisait des films ; elle habillait, accompagnait et mettait en lumière ceux qui les faisaient. Ils étaient liés par un Pacs conclu en janvier 2025.

Nicolas n’était pas un simple compagnon de passage dans la vie de Mathilde. Ses mais racontent un homme d’une grande discrétion, d’une intelligence et d’une bonté reconnues par ceux qui travaillaient avec lui. Leur disparition simultanée donne au drame une dimension presque irréelle.

« Putain de camion », aurait-on envie de crier, avec cette référence à Renaud en hommage à Coluche que les moins de vingt ans ne comprendront peut-être pas. La phrase est brutale. Le drame l’est davantage. Mais c’est la seule qui vient.

Une Parisienne qui avait fait de Paris son territoire

En 2024, Mathilde Favier publiait Mathilde à Paris, avec la journaliste Frédérique Dedet, aux éditions Flammarion. Le livre n’était pas seulement un carnet d’adresses de luxe. C’était une cartographie intime de la capitale : les restaurants, les objets, les fleurs, les hôtels, les maisons, les artistes, les amis, les habitudes et cette manière très française de considérer l’art de vivre comme une discipline quotidienne.

Elle y racontait un Paris appris dans l’enfance, entre les cours de danse des Champs-Élysées, les chocolats chauds au Trocadéro et les visites de personnalités qui fréquentaient sa mère, parmi lesquelles Lee Radziwill et la décoratrice Madeleine Castaing. Son carnet d’adresses était devenu légendaire. Le galeriste Pierre Passebon, la décoratrice Laura Gonzalez, la créatrice Julie de Libran et tant d’autres appartenaient à cette constellation d’artistes, de décorateurs, de photographes, de journalistes et de créateurs qu’elle entretenait avec une fidélité presque artisanale.

Mathilde était de ces femmes que Paris façonne comme ses monuments : avec du temps, du caractère et une élégance qui ne cherche jamais à se faire remarquer. Elle connaissait tout le monde, mais n’avait jamais l’air de collectionner les noms.

La dernière élégance

Le 17 août, cette vie s’est arrêtée sur une route des Deux-Sèvres. Il restera les photographies : Mathilde au Festival de Cannes, Mathilde devant le Musée Rodin, Mathilde au Grand Dîner du Louvre, Mathilde au Sidaction, Mathilde à côté de sa sœur Victoire, Mathilde avec Héloïse, Mathilde entourée de stars qu’elle avait contribué à faire entrer dans la famille Dior. En janvier 2025, elle posait au Musée Rodin avec sa sœur Victoire de Castellane lors du défilé haute couture Dior. Seize mois plus tard, en mai 2026, elle était toujours là, à Cannes, fidèle au rendez-vous du cinéma et des stars. Le 19 mai, elle montait les marches avec Nicolas Altmayer pour Amarga Navidad. Trois mois plus tard, presque jour pour jour, leur vie s’arrêtait brutalement sur une route des Deux-Sèvres.

Il restera surtout une leçon de style : l’élégance n’est pas une robe, un sac, une adresse ou un carnet de téléphone. C’est la façon dont on regarde les autres. Mathilde Favier savait regarder, accueillir, rire, et surtout faire de la place. Et c’est peut-être pour cela que sa disparition laisse un vide aussi disproportionné à sa fonction officielle. Dior perd une directrice des relations publiques, la mode une mémoire. Paris perd une de ses grandes passeuses, sa famille et ses amis, un être irremplaçable.

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Rédactrice en chef et fondatrice de Rapporteuses, Lise-Marie Ranner-Luxin allie vision éditoriale et plume affûtée. Passionnée par les histoires humaines, les tendances culturelles et l’actualité qui fait débat, elle supervise la ligne éditoriale et guide l’équipe avec exigence et créativité. Journaliste expérimentée, elle sait capter les détails qui font vivre un récit et mettre en lumière des voix parfois oubliées, tout en cultivant un regard critique et engagé sur le monde qui l’entoure.
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