Cheval d’excellence au galop accueille le Nouvel An ! Avec l’arrivée de l’Année du Cheval 2026 du calendrier agricole chinois. © Centre Culturel de Chine

Nouvel An chinois : quand les lanternes rouges éclairent la diplomatie mondiale

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Rédaction Rapporteuses
Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux...
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En décembre 2024, l’UNESCO inscrivait le Nouvel An chinois au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Une consécration symbolique pour une célébration plurimillénaire, mais aussi un succès stratégique pour Pékin, qui investit depuis deux décennies le patrimoine comme un levier de soft power.

À Paris, l’année 2026 marque aussi un tournant avec une programmation culturelle ambitieuse du 10 février au 7 avril, et ambitionne de faire de la Fête du Printemps un événement de soft power assumé. Au programme, opéra de Pékin, diplomatie à Chantilly et marché populaire à Belleville, tout en révélant ce que la culture dit du pouvoir.

Un rituel ancestral, une reconnaissance politique

Le Nouvel An chinois, ou Fête du Printemps, célébré depuis plus de deux millénaires, est ce moment où les calendriers se remettent à zéro, et qui structure depuis plus de deux millénaires la vie sociale, spirituelle et symbolique de millions de familles en Chine et dans les diasporas d’Asie orientale. Rituels domestiques, offrandes aux ancêtres, gastronomie, défilés, arts performatifs : la fête articule l’intime et le collectif, le sacré et le spectaculaire.

En décembre 2024, l’UNESCO a décidé d’en faire un patrimoine de l’humanité. Une formule consacrante, un label international, un sticker symbolique apposé sur une tradition déjà mondialisée, déjà exportée, déjà instagrammée. Car le Nouvel An chinois, ce n’est plus seulement la Chine : c’est Singapour, Paris, Vancouver, Kuala Lumpur, New York, des millions de diasporas, des quartiers entiers illuminés, des municipalités ravies d’afficher leur diversité culturelle comme on affiche un drapeau.

Certes, l’inscription par l’UNESCO marque une reconnaissance internationale de cette tradition, mais cette consécration ne relève pas seulement de l’ethnographie : elle s’inscrit dans une compétition mondiale pour la reconnaissance patrimoniale, où chaque inscription devient un symbole de prestige culturel et de légitimité internationale.

Le patrimoine immatériel, nouveau terrain de soft power

Car derrière les lanternes et les pétards, il y a la politique. Depuis la création de la Convention de 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, l’UNESCO est devenue un espace de rivalités symboliques. Les États investissent massivement dans les dossiers d’inscription, y voyant une manière de renforcer leur récit national et leur visibilité, et la Chine a compris que le patrimoine est un instrument de puissance, et chaque inscription est un acte de diplomatie, un récit national labellisé universel.

Elle figure même parmi les pays les plus actifs dans ce domaine, multipliant les inscriptions (médecine traditionnelle, calligraphie, opéra, rituels festifs) tout en construisant une diplomatie patrimoniale à grande échelle. Le Nouvel An chinois, célébration la plus universelle du calendrier sinisé, représente une pièce maîtresse de cette stratégie. En devenant patrimoine immatériel, ce n’est plus seulement une fête mais une marque culturelle, un symbole de civilisation millénaire exportable, une carte postale stratégique dans la bataille mondiale des imaginaires. On pourrait alors s’interroger légitimement sur le rôle le l’UNESCO. Si elle protège effectivement les traditions menacées, ou certifie celles qui dominent déjà l’espace mondial ?

2026, l’année du Cheval d’or : diplomatie au trot, patrimoine au galop

Toujours à Paris, le Centre culturel de Chine a conçu une programmation ambitieuse intitulée « Joyeuse Fête du Printemps 2026 », s’étendant du 10 février au 7 avril 2026. Le premier temps fort aura lieu le mardi 10 février 2026 à 19 heures, au Théâtre de la Tour Eiffel, avec le Gala de la Fête du Printemps 2026, qui réunit des artistes chinois et français dans une fresque hybride mêlant opéra de Pékin, danse contemporaine, street dance et musique classique occidentale. Une programmation qui illustre parfaitement cette stratégie

Le 11 février, direction Chantilly dans les Grandes Écuries du château, où l’Ambassade de Chine, la Région Hauts-de-France et les notables politiques franco-chinois célèbrent le cheval, symbole de vigueur, dans un décor aristocratique où l’art équestre français dialogue avec la tradition chinoise. A noter, c’est la première fois, qu’une collectivité territoriale française s’associe officiellement à une célébration diplomatique du Nouvel An chinois. L’événement est pensé comme un dialogue culturel, mais il est aussi un acte politique, une manière d’inscrire la Chine dans le paysage institutionnel et patrimonial français.

La saison parisienne continue avec le 21 février, un concert de poésie et de musique sino-français qui mêle grands poètes chinois et figures françaises, et du 16 au 25 février, un spectacle son et lumière projettera les grottes de Yungang, elles-mêmes classées UNESCO, sur la façade du Centre culturel de Chine. Bouddhas géants, arbre de la Bodhi, cheval blanc mythologique, pour rappeler que le printemps est universel, que la métaphore est transfrontalière, que la culture est aussi une langue diplomatique douce, tout en maîtrisant la narration historique et esthétique.

Belleville, mémoire migrante et vitrine officielle

Le 21 février toujours, Belleville accueille un marché festif, entre street food, artisanat, danses du lion et musique. Là, le Nouvel An lunaire retrouve sa dimension populaire, diasporique, migrante,et rappelle que la Fête du Printemps est aussi une culture portée par des communautés installées depuis des décennies en France.

Dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques, où la Chine est critiquée, la fête avec ses lanternes, ses danses du lion et ses vœux de prospérité, offre une image apaisée de Pékin, loin des controverses sur les droits humains, la surveillance numérique ou la rivalité sino-américaine. La culture est le meilleur espace de neutralisation du politique. C’est doux, consensuel, festif. Et terriblement efficace.

L’inscription du Nouvel An chinois soulève également des questions sur le rôle de l’UNESCO. L’organisation onusienne se veut un arbitre de la diversité culturelle mondiale, mais elle est de plus en plus perçue comme un espace de compétition entre États, où la diplomatie et les rapports de force influencent les classements patrimoniaux. En labellisant le Nouvel An chinois, l’organisation entérine la transformation d’une tradition nationale en patrimoine universel, mais elle participe aussi à la légitimation d’un récit culturel porté par une puissance dominante.

Plus d’infos :

Centre Culturel de Chine

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