Depuis le coup d’État soutenu par les États-Unis au Venezuela, la position de la France et de l’Union européenne n’est pas seulement « décevante », elle est méprisable, dangereuse et historiquement régressive. Ce ne sont pas des critiques futiles, mais une colère profonde, face à ce qui ressemble à une trahison des valeurs que la diplomatie française prétend défendre.
Le 3 janvier 2026, une opération militaire américaine a frappé le Venezuela, aboutissant à la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro et à son transfert à New York. Le président des États-Unis, Donald Trump, a aussitôt déclaré que les forces américaines allaient « run the country », c’est-à-dire « diriger le Venezuela » pendant la transition vers un nouveau régime. Pour de très nombreux pays, ce tournant est un coup d’État de fait, injustifiable tant du point de vue du droit international que des principes fondamentaux de la souveraineté des États.
Un tournant historique ou une capitulation diplomatique ?
Face au coup d’État orchestré par Washington, la réaction française et européenne est restée étrangement timide, ambivalente, ou en tout cas distante de toute condamnation nette de l’ingérence militaire étrangère dans un État souverain. En France, la réaction officielle du président Emmanuel Macron, loin de condamner l’ingérence militaire, s’est résumée à un tweet qui « prend acte » de ce qu’il appelle la fin de la « dictature » : « Le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir », a-t-il écrit sur X le 3 janvier 2026.
Cette formulation a ulcéré la gauche française, qui a dénoncé l’absence de toute critique de la méthode américaine ou de rappel du droit international. Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) a fustigé l’intervention américaine sur X le 3 janvier 2026 : « Les USA de Trump s’emparent du pétrole du Venezuela en violant sa souveraineté avec une intervention militaire d’un autre âge et l’enlèvement odieux du président Maduro et de son épouse. Le narcotrafic est désormais le prétexte de l’empire… ». Son collègue Manuel Bompard, coordinateur de LFI à l’Assemblée nationale, a pour sa part dénoncé une “agression qui viole toutes les règles du droit international et menace la paix dans toute la région”, appelant Paris à condamner fermement cette « déclaration de guerre ».
La honte européenne
Du côté de l’Union européenne, c’est le journaliste Romain Mielcarek, spécialiste des questions de défense et de diplomatie, qui a posté la déclaration de la Haute représentante pour la politique étrangère, Kaja Kallas, afin de nous alerté. Cette dernière en effet a publié sur X :
L’UE a maintes fois affirmé que M. Maduro n’a aucune légitimité et a plaidé pour une transition pacifique. En toutes circonstances, les principes du droit international et la Charte des Nations Unies doivent être respectés. Nous appelons à la retenue.
De même, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a souligné que « toute solution doit respecter le droit international et la Charte des Nations unies ». Ces positions, par leur ton diplomatique et leur manque de dénonciation explicite de l’intervention américaine, ont été perçues par de nombreux diplomates comme un consensus prudent visant à ne pas désavouer Washington, révélant l’absence d’un leadership européen réellement indépendant. En d’autre termes, cela signifie que l’Union européenne, autoproclamée puissance diplomatique, se retrouve à faire de la figuration derrière les États-Unis sur l’une des plus graves crises démocratiques de ce début de siècle. Un aveu d’impuissance politique, mais surtout une complicité silencieuse envers l’arbitraire impérial. Car au lieu de condamner fermement un coup d’État qui viole les principes fondamentaux de la Charte des Nations unies, Macron et plusieurs dirigeants européens rampent derrière Washington. Cette attitude est d’autant plus insupportable qu’elle vient de pays historiquement attachés au multilatéralisme et au respect de la souveraineté nationale, des mots aujourd’hui vidés de sens.
Condamnations internationales fortes
À l’international, de nombreux pays et organisations ont condamné l’opération. A commencé par le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, qui selon Times Of Earth, a accusé l’opération américaine de saper le droit international, affirmant qu’« aucune solution politique durable ne peut être imposée de l’extérieur. ». La France, l’Espagne, le Brésil, le Mexique, l’Uruguay et plusieurs autres États ont publié une déclaration commune dénonçant une violation du droit international, rappelant que « Seul un processus politique pacifique et inclusif, mené par les Vénézuéliens, peut aboutir à une solution démocratique et durable ».
La Chine dénonce un “comportement hégémonique qui viole le droit international”, la Russie parle “d’acte d’agression”, et plusieurs gouvernements latino-américains (Brésil, Colombie, Mexique, Chili) dénoncent une “atteinte grave” à la souveraineté et un “dangereux précédent pour la région”.
Jeremy Corbyn (ancien leader travailliste britannique) a qualifié l’opération américaine d’« attaque non provoquée et illégale » et une tentative flagrante de contrôler les ressources naturelles du pays, appelant le gouvernement britannique à condamner l’action. Autre figure britannique, Zarah Sultana (co-dirigeante de Your Party, Royaume-Uni), a dénoncé l’intervention comme « impérialisme américain nu », visant non pas à soutenir le peuple vénézuélien mais à s’approprier ses ressources.
Le pape Léon, depuis Rome, a demandé que le Venezuela reste « un pays indépendant », plaçant la souveraineté nationale au-dessus de toute ingérence étrangère. Même aux États-Unis, certaines personnalités politiques ont condamné l’opération comme l’ancienne vice-présidente Kamala Harris qui a qualifié la capture de Maduro de « illégale et imprudente » soulignant que cette action ne renforce ni la sécurité ni la stabilité régionale.
Des parlementaires de gauche du groupe The Left (GUE/NGL) au Parlement européen ont publié une déclaration dénonçant « l’assaut militaire des États-Unis sur le Venezuela et l’enlèvement de son président » comme une violation grave du droit international et de la Charte des Nations unies. Ils ont appelé l’UE à « condamner sans équivoque ces actions » au lieu de les « tolérer ou encourager ». Parallèlement, le groupe des Socialistes et Démocrates (S&D) au Parlement européen a exigé l’organisation d’un débat plénier immédiat pour discuter du rôle de l’Union européenne dans la défense de la démocratie et d’un “ordre international fondé sur des règles”, tout en appelant l’UE à « condamner l’attaque ».
Face à ce scandale diplomatique, des voix politiques se sont bel et bien élevées, mais elles restent isolées dans un débat européen largement dominé par un atlantisme timoré. Malgré la violation évidente du droit international que constitue la capture et l’exfiltration du président vénézuélien, l’Europe ne parvient pas à remettre en cause frontalement l’action des États-Unis ni à défendre la souveraineté des peuples.
L’opposition à la politique de Macron sur ce dossier s’est exprimée encore une fois violemment à gauche par la voix de Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) qui a dénoncé l’absence de réactions fermes en France, tout en dénonçant la “vassalisation” des Européens.
Le leader insoumis déclare également que la presse américaine a condamné plus fermement, l’intervention américaine, il n’a sans doute pas lu l’article de Mediapart daté du 4 janvier 2026, qui a qualifié la position d’Emmanuel Macron sur l’intervention américaine au Venezuela de « faute morale et historique », dénonçant que la France ait validé sans réserve l’opération menée par les États-Unis, piétinant ainsi le droit international et l’autodétermination des peuples, et tous les principes sur lesquels se fonde historiquement la diplomatie française. Et que dans un second article le même jour, la rédaction de Mediapart révèle que l’attitude des Européens a été une « rhétorique de paillasson », des discours creux, sans aucune volonté politique réelle de défendre l’État de droit ou de s’opposer à l’ingérence étrangère.
Mémoire trahie : du « non » à l’Irak à la soumission au nouvel impérialisme
Il faut rappeler ce moment où la France s’était élevée, avec force et dignité, contre la logique du rapport de force. Il y a tout juste 23 ans, le 14 février 2003, Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, prononçait un discours marquant à l’ONU s’opposant à l’intervention américaine en Irak, rappelait que le droit international devait rester le fondement de toute action diplomatique et que la paix passait par la négociation plutôt que par la force. Aujourd’hui, cette référence semble oubliée, preuve d’une Europe moins souveraine, moins indépendante, et surtout moins respectueuse de ses propres principes historiques. Ce jour-là, Villepin disait :
« La lourde responsabilité et l’immense honneur qui sont les nôtres doivent nous conduire à donner la priorité au désarmement dans la paix » — un appel à la diplomatie et à la conscience collective.
Ce discours, salué par une partie de l’Assemblée, incarnait une France indépendante, lucide et respectueuse du droit international. Où est passée cette France ? Où est cette Europe capable de dire non à l’hégémonie ? Aujourd’hui, au lieu de défendre ces idéaux, la France se retrouve alignée avec une administration américaine qui bafoue les institutions internationales, soutient un coup d’État et saborde toute perspective de solution pacifique au Venezuela.
Sur BFMTV le 4 janvier 2026, Dominique de Villepin a violemment critiqué la réaction d’Emmanuel Macron à l’intervention américaine au Venezuela. Il a qualifié la position du président français de « aveugle, inconsciente des réalités et irresponsable », dénonçant une « logique de soumission et de vassalisation » de la France aux États-Unis. « Emmanuel Macron se soumet (à Donald Trump) », a-t-il fustigé, estimant que Paris avait choisi de ne pas réagir fermement par crainte d’« irriter Donald Trump » et en se focalisant sur la question ukrainienne au détriment des principes de souveraineté nationale et de droit international. Il a ajouté que « cette attitude affaiblissait la France et l’Europe face aux enjeux géopolitiques majeurs », et a appelé les Européens à marquer clairement ce qui est « inacceptable » dans l’action américaine et à se doter des moyens de défendre leurs valeurs. Il a dénoncé sans détour l’intervention américaine au Venezuela en affirmant que « Donald Trump vient de mettre la main sur la plus grosse station d’essence du monde », décrivant ainsi l’opération comme une prédation purement motivée par le contrôle des ressources pétrolières vénézuéliennes plutôt qu’une simple action liée à la lutte contre le narcotrafic ou une prétendue transition démocratique.
Par conséquent, les gouvernements européens ont aujourd’hui un choix : soit reprendre le chemin de l’indépendance politique et défendre réellement le droit international, la démocratie et la souveraineté des peuples, ou poursuivre cette soumission diplomatique, devenant de simples satellites politiques des États-Unis, et abandonner toute ambition de leadership moral sur la scène mondiale. Ce n’est pas seulement une question de politique étrangère, c’est une question d’honneur pour la France et pour l’Europe.


