Laurie Cholewa qui travaille depuis plus de vingt ans dans les médias et la télévision, rejoint officiellement Ruban Rose comme nouvelle marraine. © Ruban Rose

Octobre Rose : Ruban Rose veut faire tomber le plafond de verre

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Rédaction Rapporteuses
Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux...
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À une semaine du lancement officiel d’Octobre Rose, l’association a dévoilé mardi 22 septembre sa nouvelle campagne et annoncé l’arrivée de Laurie Cholewa comme nouvelle marraine. Face à un dépistage qui peine encore à franchir la barre des 50 %, Ruban Rose entend faire davantage que colorer Paris en rose : financer la recherche, provoquer le réflexe du dépistage et transformer la mobilisation en vies sauvées.

Mardi 22 septembre, 9 h 30. Rue de Volney, à Paris, dans la Maison du Parfum d’Estée Lauder, le décor avait quelque chose de symbolique. C’est ici, dans l’univers de la maison à laquelle l’histoire française de Ruban Rose est intimement liée, que l’association a présenté son Octobre Rose 2026. Et derrière le rose, les rubans et les images de campagne, le message était moins léger qu’il n’y paraît : il reste encore des femmes à convaincre de se faire dépister, des traitements à inventer et des vies à sauver.

Autour de Franck Besnard, président de l’association et président d’Estée Lauder Companies France, étaient réunis Karine Martin-Laprade, directrice de Ruban Rose, la journaliste et animatrice Leïla Kaddour-Boudadi, ambassadrice de l’association, la chercheuse Laurence Lafanechère, directrice de recherche au CNRS et membre du Comité scientifique, ainsi que Laurie Cholewa, nouvelle marraine. Une nouvelle voix qui, cette année, porte forcément un écho particulier.

Un ruban né avec Evelyn Lauder

Avant d’évoquer la campagne 2026, Franck Besnard a tenu à revenir à l’origine du symbole. En 1992, aux États-Unis, Evelyn H. Lauder, alors dirigeante d’Estée Lauder Companies, co-crée avec le magazine Self le ruban rose devenu depuis l’emblème mondial de la lutte contre le cancer du sein. Elle fonde l’année suivante la Breast Cancer Research Foundation afin de soutenir la recherche. En France, l’histoire commence en 1994 lorsque le groupe Estée Lauder Companies et le magazine Marie Claire créent la campagne « Le Cancer du Sein, Parlons-en ! ». L’association adopte le nom Ruban Rose en 2020. Ses deux missions restent aujourd’hui les mêmes : informer et sensibiliser, mais aussi soutenir financièrement la recherche.

Le choix de la Maison du Parfum Estée Lauder pour cette conférence n’était donc pas qu’une affaire d’adresse parisienne. Il ramenait le ruban à son histoire, à celle d’une femme qui avait compris avant beaucoup d’autres qu’une maladie longtemps entourée de silence avait besoin d’un symbole suffisamment visible pour devenir une cause collective.

Cinq personnes, mais tout un écosystème

Franck Besnard a également insisté sur un paradoxe qui constitue, selon lui, l’une des forces de Ruban Rose : l’association reste une petite structure. Cinq personnes seulement, a-t-il rappelé, mais un réseau beaucoup plus vaste de chercheurs, médecins, mécènes, entreprises, partenaires, personnalités et associations. Le mot qu’il emploie est celui d’« écosystème ». Une manière de rappeler que le ruban rose ne fonctionne pas seulement comme une campagne annuelle, même si octobre en constitue le moment de visibilité maximal. Ruban Rose agit toute l’année pour financer la recherche, informer sur les cancers du sein et encourager le dépistage.

Et les résultats financiers présentés mardi donnent la mesure de cette montée en puissance. Franck Besnard a annoncé 17 millions d’euros de soutien récoltés par l’association et rappelé la place centrale accordée à la recherche. Il a notamment mentionné une enveloppe de 4 millions d’euros destinée à dix projets.

Ces chiffres encourageants s’inscrivent cependant dans une histoire plus longue. Depuis la création des Prix Ruban Rose en 2003, l’association indique avoir soutenu 121 projets pour plus de 14 millions d’euros à travers ses différents dispositifs de financement. En 2026, les seuls Prix Ruban Rose prévoient une dotation de 2,15 millions d’euros répartie entre le Grand Prix Ruban Rose de la Recherche, les Prix Ruban Rose Avenir et les Prix Ruban Rose Qualité de Vie. La recherche est donc l’un des principaux moteurs de ce récit.

La science derrière le ruban

Au sein de Ruban Rose, le Comité scientifique joue précisément ce rôle. Composé de cinq scientifiques, médecins ou chercheurs spécialisés en cancérologie, il intervient dans l’orientation scientifique de l’association et dans la sélection des projets financés. Les dossiers sont évalués par un jury scientifique avant d’être soumis au Conseil d’administration. Laurence Lafanechère, directrice de recherche au CNRS et membre de ce comité, l’a rappelé mardi : derrière les campagnes de communication, il y a un travail d’expertise destiné à faire émerger les projets susceptibles de faire progresser la prévention, le diagnostic, les traitements et la qualité de vie.

Les chiffres des dernières éditions donnent une idée de cette politique de financement. En 2025, dix projets de recherche avaient reçu plus de 2 millions d’euros lors de la 22e édition des Prix Ruban Rose, organisée à l’Assemblée nationale. En 2024, douze projets avaient bénéficié d’une dotation historique de 2,4 millions d’euros. L’association finance également des programmes qui dépassent la seule recherche fondamentale. Le Grand Projet Ruban Rose, lancé en 2024 avec une dotation exceptionnelle de 1,5 million d’euros, étudie notamment les inégalités territoriales face au cancer du sein et les freins au dépistage. Le programme doit notamment interroger 500 patientes et recueillir le point de vue de médecins de ville.

Car le problème reste là, massif, presque banal à force d’être répété : une femme sur huit est concernée par un cancer du sein au cours de sa vie. Et lorsque la maladie est détectée tôt, les chances de guérison sont considérablement plus élevées. Ruban Rose rappelle ainsi qu’un cancer du sein détecté précocement se guérit dans neuf cas sur dix.

Le plafond des 50 %

C’est l’autre bataille de Ruban Rose. Celle qui se joue avant même le laboratoire et avant même l’hôpital : faire venir les femmes au dépistage. En France, le programme de dépistage organisé concerne les femmes de 50 à 74 ans sans facteur de risque particulier et repose sur une mammographie tous les deux ans. Or la participation reste insuffisante. Le taux du dépistage organisé était de 48,9 % en 2019, selon une synthèse publiée par le ministère de la Santé.

À la conférence de presse, Franck Besnard évoque un véritable « plafond de verre » à dépasser : franchir durablement la barre des 50 %. Le combat de Ruban Rose ne consiste donc pas uniquement à rappeler que le dépistage existe, il faut parvenir à transformer une information connue en décision concrète. C’est aussi pour cela que le président revendique désormais une ambition plus large : « créer de l’impact », accélérer la lutte contre la maladie et faire progresser le dépistage. Lorsque nous lui demandons ce dont il est le plus fier après cinq années à la tête de l’association, il ne cite pas une campagne particulière. Il évoque une mécanique collective : « Notre impact s’est démultiplié avec les levées de fonds. Les partenaires ont doublé. Nous avons pu financer trois mammographes, et je suis surtout fier d’avoir créé cette caisse de résonance. »

Puis vient une autre réponse, beaucoup plus intime. Quelle image l’a le plus marqué ? « On a forcément une pensée pour celles qui ont dansé avec nous et qui ne sont plus là. » Derrière les chiffres, le ruban retrouve alors son poids véritable.

« Résilience, vertige, tomber, rebondir »

Karine Martin-Laprade, directrice de Ruban Rose, a de son côté dévoilé la nouvelle campagne audiovisuelle d’Octobre Rose 2026. Son réalisateur n’était pas présent mais avait adressé un message aux participants. Franck Besnard, lui, dit beaucoup aimer le spot. « J’aime beaucoup cette campagne, elle est vertigineuse, elle contient tout ce qui fait notre engagement. Résilience, vertige, tomber, rebondir. »

Il faudra donc attendre sa diffusion pour découvrir le dispositif dans son intégralité, mais son intention est déjà clairement posée : ne pas nier la chute, mais raconter comment se relever avec en voix off Leïla Kaddour.

Leïla Kaddour, quand dire « je t’aime » devient un geste de prévention

Depuis plusieurs années, Leïla Kaddour-Boudadi prête sa voix à cette caisse de résonance. La journaliste, animatrice de radio et de télévision est devenue l’une des figures familières de Ruban Rose, notamment lors des cérémonies des Prix de l’association. Elle a encore présenté la remise des Prix 2025 à l’Assemblée nationale, où dix projets avaient été récompensés. Le 13 septembre dernier, invitée sur le plateau Vivement dimanche, elle rappelait l’importance du dépistage précoce. Mardi, à la question de savoir ce qu’elle dirait à une amie, une mère ou une sœur pour la convaincre d’aller se faire dépister, sa réponse est d’une simplicité désarmante : « Tu sais, je t’aime, la vie avec toi est belle. Si la vie me privait de toi, je serais malheureuse. » Juste une déclaration d’amour. Parce que, pour Leïla Kaddour, il faut parfois commencer par dire aux personnes que l’on aime qu’on tient à les garder auprès de soi.

Un témoignage l’a particulièrement bouleversée. À l’Assemblée nationale, une femme lui aurait confié que grâce à Ruban Rose, elle avait pu vivre deux Noëls supplémentaires avec ses enfants. Une phrase qui dit, mieux qu’un long discours, ce que peuvent signifier la prévention, la recherche et un diagnostic pris à temps.

Et puis Laurie Cholewa est arrivée

Cette année, le visage nouveau est celui de Laurie Cholewa. L’animatrice et productrice, qui évolue depuis plus de vingt ans dans les médias et la télévision, rejoint officiellement Ruban Rose comme nouvelle marraine. Mais ce n’est pas son parcours professionnel qui explique aujourd’hui sa présence au sein de Ruban Rose. En mai 2026, elle a choisi de rendre publique son expérience personnelle en révélant avoir été diagnostiquée d’un cancer du sein. Une parole intime devenue, depuis, une manière de contribuer à lever le silence autour de la maladie, de rappeler l’importance du dépistage et d’encourager les femmes à prendre soin de leur santé.

« J’ai accepté de devenir marraine d’Octobre Rose parce que cette cause me touche profondément. Par mon histoire familiale, mais aussi par ma propre expérience, je me sens particulièrement concernée par le cancer du sein et par tout ce qui peut permettre de mieux le prévenir et le combattre. » Sa famille a en effet été confrontée à la maladie. Sa mère a subi une double mastectomie à 38 ans et sa grand-mère a également été touchée par un cancer du sein.

Sa parole ne cherche pourtant ni à dramatiser ni à banaliser. C’est précisément l’équilibre qu’elle revendique désormais : « J’ai envie aujourd’hui de mettre ma voix au service de cette cause : rappeler aux femmes l’importance du dépistage, les encourager à prendre soin d’elles, mais aussi contribuer à mieux informer, sans dramatiser ni banaliser. » Et d’ajouter : « Parce que le dépistage précoce peut sauver des vies, je suis fière de me mobiliser aux côtés de l’association Ruban Rose et de toutes celles et ceux qui œuvrent chaque jour pour faire reculer la maladie. »

La nouvelle marraine ne sera pas seule. Elle rejoint Evelyne Dhéliat, Alice Detollenaere et Camille Lacourt, déjà engagés aux côtés de Ruban Rose. Ensemble, ils participeront aux actions de sensibilisation de l’association tout au long de l’année, avec un temps fort au mois d’octobre.

Et Laurie Cholewa ne restera pas en retrait pour son premier Octobre Rose comme marraine. Elle était d’ailleurs sur la scène de Ruban Rose le 30 septembre, en direct du Champ-de-Mars, pour la grande soirée de lancement au pied de la tour Eiffel présentée par Leïla Kaddour. Une arrivée qui permet aussi de rappeler ce que recouvre réellement le nom Ruban Rose. Depuis 1994, l’association poursuit trois missions complémentaires : sensibiliser au dépistage précoce, soutenir la recherche médicale et améliorer la qualité de vie des personnes touchées par le cancer du sein.

Le 30 septembre, Paris passera au rose

Le grand rendez-vous a donc eu lieu mercredi 30 septembre 2026, au pied de la Tour Eiffel, sur le Champ-de-Mars, et la soirée a lancé officiellement la mobilisation d’Octobre Rose 2026, avec une Tour Eiffel qui s’est illuminé comme chaque année en rose pour l’occasion. En effet depuis 2014, le monument participe au lancement d’Octobre Rose ; son éclairage rose est visible depuis le Trocadéro et le Champ-de-Mars.

L’édition 2025 avait déjà transformé le Champ-de-Mars en immense scène face à la Dame de fer, avec une campagne mêlant danse, musique et témoignages de femmes touchées par la maladie. Le 30 septembre, le rose revient donc dans le ciel parisien. Et l’enjeu de cette nouvelle édition ne sera pas seulement de produire une belle image, mais de faire en sorte que cette lumière descende jusque dans les cabinets médicaux, les centres de dépistage et les conversations entre proches.

Car Ruban Rose le sait : une campagne peut faire parler, une marraine libérer une parole, et un ruban devenir un symbole, mais entre le symbole et la guérison, il reste encore la recherche, le dépistage et le temps gagné. Et parfois, ce temps-là se mesure simplement au nombre de Noëls que l’on peut encore passer avec ses enfants.

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