À la frontière du 7ᵉ et du 15ᵉ arrondissement, La Cantina cultive depuis des années une idée simple de la cuisine italienne : des assiettes généreuses, une clientèle d’habitués et une atmosphère qui tient davantage de la table familiale que du restaurant à concept. En ce dimanche de Journées du patrimoine, l’adresse offre surtout un joli point de départ pour regarder Paris autrement, avant de s’attabler autour d’une assiette de pâtes.
Il y a des quartiers de Paris qui semblent avoir été dessinés pour la promenade, et d’autres pour les rendez-vous. L’avenue de Ségur appartient un peu aux deux. À quelques minutes de l’École militaire, du siège de l’Unesco et des grandes perspectives du 7ᵉ arrondissement, elle traverse un Paris administratif, institutionnel, parfois solennel, où les façades haussmanniennes côtoient les bâtiments de bureaux et les silhouettes pressées de ceux qui travaillent dans le secteur.
Puis, au 81, avenue de Ségur, changement de décor. La Cantina ne cherche pas à jouer les trattorias de carte postale. L’adresse est installée dans le 15ᵉ arrondissement, à la limite du 7ᵉ, et porte avec elle une histoire déjà ancienne. La société La Cantina a été créée en 2011 et l’établissement a changé de cadre au fil des années. Son siège a été transféré de la rue Paillet, dans le 5ᵉ arrondissement, vers l’avenue de Ségur en décembre 2025.


L’établissement revendique une identité italienne et plus précisément napolitaine, avec une cuisine tournée vers les pâtes, les poissons et les recettes méditerranéennes. Une réputation qui ne date pas d’hier. Dans une émission de France 3 Paris Île-de-France présentée par Jean-Noël Mirande, le chroniqueur Yvan Hallouin avait entraîné l’humoriste et comédien Alex Vizorek à la découverte de cette adresse, déjà présentée comme un « grand classique » de la cuisine napolitaine.
Au piano, Elena, cousine du fondateur Mimo, y défendait une cuisine traditionnelle et généreuse, dans une atmosphère décrite comme familiale. Le reportage racontait aussi bien la table italienne et une adresse de quartier, portée par cette histoire familiale et une clientèle fidèle, où la cuisine napolitaine s’est installée au fil du temps dans le paysage parisien.
Une histoire napolitaine dans un Paris très parisien
La géographie compte ici presque autant que l’assiette. À quelques pas, le quartier change de visage selon l’heure. C’est dimanche, les bureaux sont vident, les touristes passent, quelques habitants sortent faire leurs courses, et les habitués retrouvent leurs adresses. Le métro Ségur est à environ 150 mètres du restaurant, tandis que l’École militaire et le 7ᵉ arrondissement ne sont jamais très loin.
La Cantina s’inscrit dans ce Paris-là : celui des restaurants qui ne cherchent pas nécessairement à devenir des destinations Instagram, mais qui vivent aussi de leur clientèle régulière. Et cette fidélité n’est pas une invention marketing récente. France 3 insistait déjà sur le fait que Mimo, le fondateur, avait emporté avec lui une clientèle d’amis et d’habitués au gré des déménagements de l’établissement, sans oublier Elena Sommella. La cheffe napolitaine a repris les cuisines et perpétue cette orientation vers une cuisine de Naples qui préfère les produits et les recettes à l’esbroufe. Le choix raconte une certaine idée de l’Italie : celle où la table reste un endroit où l’on s’attarde, où les assiettes circulent, et où un plat de pâtes peut constituer à lui seul le centre de la conversation.
Nerano, Bolognese et poissons de Méditerranée
La carte donne rapidement le ton. Les antipasti ouvrent la porte avec des classiques à partager ou à garder pour soi : caprese, polpo e patate. Puis viennent les pâtes, avec notamment les linguine Nerano ou les pappardelle Bolognese. Deux recettes qui ne racontent pas la même Italie, mais qui disent quelque chose de cette cuisine italienne devenue familière aux Parisiens : des préparations immédiatement reconnaissables, généreuses et pensées pour être mangées plutôt que contemplées.


La mer n’est pas oubliée. Le Tonno Napoli et l’orata grigliata prolongent cette inspiration méditerranéenne. La Cantina est une table où poissons et pâtes occupent une place centrale.
Les desserts ferment la marche avec un tiramisu, une panna cotta et une tarte aux framboises. Mais le véritable fil conducteur, est dans cette cuisine italienne qui ne cherche pas à faire oublier qu’elle vient d’un pays où manger reste une affaire de transmission.
Une adresse qui a ses habitués
Le décor compte, mais les personnes aussi. Dans la bouche des habitués, les mêmes mots reviennent : ambiance familiale, accueil, clientèle fidèle. En 2026 il suffit de consulter les avis publiés après des visites au printemps, qui évoquent un accueil chaleureux et citent notamment le service, avec une mention particulière pour un serveur prénommé Fredo.
Le restaurant emploie aujourd’hui entre trois et cinq salariés, et la société est dirigée depuis février 2026 par Karim Kachour. Car derrière la façade et les assiettes, La Cantina est aussi une petite entreprise de restauration traditionnelle, loin des groupes qui transforment chaque nouvelle adresse en opération de communication. La société, créée en 2011, revendique cette activité de restauration traditionnelle depuis quinze ans. C’est peut-être ce qui explique l’impression de continuité qui se dégage de l’adresse. Le restaurant a changé d’emplacement, de dirigeants et de décor, mais conserve une réputation liée à sa cuisine napolitaine et à cette relation presque domestique avec certains clients.
Avant ou après la balade, Paris se met à table
Ce dimanche 20 septembre, le quartier prend une dimension particulière. Paris célèbre ce week-end la 43ᵉ édition des Journées européennes du patrimoine. Les 19 et 20 septembre, les bâtiments habituellement fermés au public ouvrent leurs portes pour des visites, des rencontres et démonstrations se succèdent dans toute la capitale. L’édition 2026 est consacrée au « Patrimoine de la photographie » et au « Patrimoine en péril : raviver, résister, réimaginer ».
Autour de La Cantina, la promenade peut donc facilement devenir prétexte à une journée entière. Le Musée Bourdelle, dans le 15ᵉ arrondissement, participe lui aussi aux Journées du patrimoine dimanche, avec des visites et ateliers gratuits sur réservation.
Et pour ceux qui préfèrent pousser plus loin la balade, Paris continue de vivre au rythme du grand retour de Céline Dion pour les plus chanceux, et de la Techno Parade. La capitale offre donc ce week-end son menu habituel : un peu de patrimoine, beaucoup de marche, des musées, des concerts et, entre deux rendez-vous, une table où s’asseoir.
Le dimanche, prendre son temps
C’est finalement peut-être là que La Cantina trouve son meilleur argument. Pas besoin de transformer le déjeuner en démonstration gastronomique. Il suffit de marcher quelques rues, de regarder les immeubles, de quitter les grands axes, puis de s’asseoir devant une assiette de pâtes.
La Cantina appartient à cette catégorie de restaurants dont l’intérêt tient plus à l’envie d’y revenir, qu’à l’effet spectaculaire de la première bouchée. Une cuisine napolitaine installée dans un coin très parisien, des poissons, des pâtes, quelques classiques italiens et une équipe dont la présence semble compter autant que la carte.
Paris aime les adresses qui racontent une histoire. Celle-ci commence à Naples, a traversé plusieurs arrondissements, et se poursuit aujourd’hui avenue de Ségur. Il ne reste plus qu’à prendre le temps de s’asseoir.
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