Au Paname Art Café, le spectacle se joue aussi à table. Entre deux assiettes, les convives éclatent de rire aux saillies des humoristes qui se succèdent dans la salle du restaurant, transformée pour l’occasion en scène de stand-up. Une soirée où gastronomie et humour partagent la même table. © DR / Paname Art Café

Au Paname Art Café, le rire se sert aussi à table

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Le vendredi soir, dans le quartier de la rue de la Fontaine-au-Roi, à deux pas de République, les conversations débordent des cafés et les portes s’ouvrent sur une autre scène parisienne, celle du stand-up. Au Paname Art Café, on vient pour découvrir les humoristes qui feront peut-être les grandes salles de demain, retrouver des visages déjà connus et, pourquoi pas, s’attabler autour d’un dîner avant de descendre rire en cave. Le 2 octobre, nous avons testé cette formule à deux étages, avec une mention particulière pour un poulpe qui mérite, à lui seul, le détour.

Une adresse où le stand-up a pris ses quartiers

Le Paname Art Café, au 14, rue de la Fontaine-au-Roi, dans le 11ᵉ arrondissement, appartient à cette génération de lieux qui ont fait du stand-up une sortie à part entière. Ici, pas de grande scène distante ni de spectacle figé dans un décor de théâtre. Le principe tient dans la proximité, les plateaux où plusieurs artistes se succèdent et cette part d’imprévu qui fait le sel du rire en direct. Au fil des années, l’adresse a accueilli des humoristes aujourd’hui bien installés dans le paysage français, parmi lesquels Gad Elmaleh, Booder, Redouane Bougheraba, Roman Frayssinet et Nawell Madani. D’autres, comme Marine Léonardi, Ilyes Djadel ou Nordine Ganso, incarnent cette scène qui renouvelle les codes de la comédie, du récit intime aux observations les plus mordantes sur la société.

Mais le Paname ne vend pas seulement une soirée d’humour, il propose une expérience où le public vient autant chercher une découverte que le plaisir d’être dans la salle, à quelques mètres de celles et ceux qui prennent le micro. Et, pour les plus gourmands, la soirée commence aussi dans l’assiette.

En haut, le dîner ; en bas, les vannes

La première surprise, c’est cette géographie de la soirée. Le restaurant occupe le rez-de-chaussée, avec une salle d’environ 70 couverts. Le sous-sol, lui, abrite une véritable salle de stand-up, plus resserrée, où le public se retrouve à proximité immédiate des artistes. Deux espaces, deux ambiances, deux manières de vivre une même adresse. Dans la rue, le 11ᵉ conserve son énergie familière. Les groupes d’amis se retrouvent, les habitués passent d’un bar à l’autre, les conversations se prolongent sur les trottoirs. Le Paname s’inscrit dans ce Paris populaire et nocturne, loin des grandes salles de spectacle où le public reste sagement installé dans son fauteuil.

À l’intérieur, le rythme change. Les tables se remplissent, les commandes circulent, les conversations se croisent. Certains sont venus pour le dîner-spectacle, d’autres surtout pour l’humour. Les uns consultent la carte, les autres semblent déjà attendre la première occasion de rire. « On voulait faire une vraie sortie, pas simplement boire un verre devant un spectacle », résume Claire notre voisine de table, venue avec deux amis. Une formule qui correspond à l’esprit du lieu : transformer une soirée ordinaire en programme complet, sans imposer au public de choisir entre la table et la scène.

Le poulpe, vedette inattendue de la soirée

Il serait dommage de parler du Paname sans s’attarder sur ce qui arrive à table. La carte joue la diversité plutôt que le menu monomaniaque : œufs mayonnaise à la poutargue, velouté de potimarron, tartare de bœuf au raifort, sashimi de sériole et mouhamara, une purée de poivrons grillés relevée de tahina et de pignons de pin. Une entrée en matière qui emprunte autant au bistrot français qu’aux saveurs méditerranéennes et orientales. Pour les plats, l’entrecôte accompagnée de frites maison côtoie le poulet farci à la pistache et au citron confit, le risotto aux champignons et le poulpe. C’est précisément ce dernier qui retient notre attention, et le chef Lingwei Wu qui lui aussi mérite aussi une ovation.

En effet, si le stand-up occupe le devant de la scène, la cuisine participe elle aussi à l’identité de cette adresse du 11ᵉ arrondissement, et le poulpe, servi avec ses pommes de terre sautées, vaut le détour. L’assiette joue sur les contrastes : la douceur des pommes de terre, la fraîcheur végétale des herbes, la note anisée de la crème et le caractère pimenté de la harissa. Une composition qui ne se contente pas d’accompagner le spectacle, mais qui constitue l’un des vrais plaisirs de la soirée, et qui donne envie de s’attarder à table avant de rejoindre les humoristes. La carte du soir affiche également des classiques réconfortants pour terminer sur une note sucrée : tiramisu, moelleux au chocolat et glace vanille, tarte Tatin à la crème fraîche ou pain perdu brioché, caramel au beurre salé et crumble de noisettes. De quoi prolonger le dîner avant de passer aux choses sérieuses.

Précisons que le restaurant revendique une cuisine faite maison, élaborée à partir de produits frais et de saison. Les menus dîner-spectacle comprennent une entrée, un plat, un dessert et un spectacle d’environ une heure, hors boissons. Les tarifs varient selon la formule, avec des menus annoncés autour de 55 à 60 euros dans certaines offres, tandis que les billetteries peuvent afficher des prix différents selon le service.

Une salle en sous-sol, un micro et des artistes à portée de voix

Après le repas, direction les marches qui conduisent au sous-sol. C’est là que se joue le premier spectacle de la soirée, dans une salle plus intime que ne le laisserait penser la réputation du club. On quitte les assiettes pour les sièges, les couverts pour le micro. Le public se rapproche, les regards convergent vers la scène et les artistes doivent immédiatement trouver leur rythme.

Le stand-up fonctionne sur cette proximité. Une hésitation, une grimace, une réaction dans la salle peuvent devenir le point de départ d’une nouvelle vanne. Contrairement à un spectacle écrit et interprété de la même manière chaque soir, le plateau permet aux humoristes de tester des textes, d’en accélérer certains passages ou de s’adapter à l’énergie du public. Depuis son ouverture, le Paname a vu défiler plusieurs générations d’artistes, et sa programmation actuelle affiche les talent de demain parmi lesquels Alex Di Mambro, Charly Nyobe, Ilyes Mela, Tony Saint Laurent, Sophie Loustalot Yassine Hitch, Nadège 100 Gêne, Nick Mukoko, et Rosa Bursztein.

Quand les tables deviennent une scène

La particularité du Paname ne s’arrête pas à sa cave. Une autre formule permet de vivre l’humour au milieu même du restaurant. Après le dîner, les tables sont poussées pour libérer l’espace. Le décor change, les convives deviennent spectateurs et les humoristes se succèdent à tour de rôle. Le principe est différent de celui d’un plateau en sous-sol. Ici, l’actualité peut devenir le fil rouge de la soirée. Politique, petites lâchetés du quotidien, rapports amoureux, absurdités administratives : chaque artiste arrive avec son univers, ses obsessions et sa manière de raconter l’époque. L’enchaînement donne au spectacle un rythme de revue, avec des angles et des tempéraments qui se répondent.

C’est aussi ce qui fait l’intérêt de la formule : le public ne vient pas nécessairement voir une tête d’affiche pendant une heure. Il accepte de se laisser surprendre par plusieurs voix, parfois inconnues, parfois déjà familières. Un humoriste peut s’appuyer sur une observation très personnelle, un autre préférer la satire politique, un troisième provoquer les réactions de la salle.

Une soirée complète, à condition de choisir sa formule

Le Paname Art Café a compris que le public parisien cherche souvent davantage qu’une heure de spectacle. Le dîner-spectacle répond à cette envie de tout réunir au même endroit. On réserve sa table, on mange, puis on passe à l’humour. La maison propose également des séances de stand-up sans repas et un format brunch-spectacle, décliné à différents horaires. L’expérience n’est pas tout à fait la même selon que l’on vient pour rire entre amis, pour un rendez-vous ou pour découvrir des humoristes. La salle en sous-sol privilégie la proximité avec la scène ; le spectacle dans le restaurant ajoute au rire la convivialité d’une soirée à table, avant que l’espace ne se transforme.

Notre vendredi 2 octobre laisse surtout le souvenir d’une adresse qui ne sépare pas complètement la culture du plaisir de sortir. Il y a le quartier, vivant sans être théâtralisé ; la cuisine, avec un poulpe particulièrement réussi ; et cette promesse du stand-up, où la prochaine bonne surprise peut venir d’un nom encore inconnu. Le meilleur conseil reste de vérifier, au moment de réserver, le format choisi, l’horaire du spectacle et la programmation annoncée. Au Paname, le menu ouvre l’appétit. Pour le reste, c’est le micro qui décide.

Plus d’infos :

Paname Art Café 14, rue de la Fontaine-au-Roi, Paris 11ᵉ. Métro République ou Goncourt

Restaurant, bar et comedy club. Le lieu propose des spectacles seuls, des dîners-spectacles et des brunchs avec spectacle.

Site officiel et réservations

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