De plus en plus de Français revendiquent leur choix de ne pas célébrer le réveillon du Nouvel An avec faste, privilégiant des formats plus intimes, voire solitaires. © FREEP!K

Non mais sérieusement : 31 décembre, très peu pour moi

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La Ville de Paris a dévoilé le programme du réveillon sur les Champs-Élysées, avec à 23h50, un mapping projeté sur l’Arc de Triomphe, et un feu d’artifice tiré à minuit. En revanche, aucun concert n’est prévu cette année. La fête se réinvente dans une version plus sobre, mais devrait malgré tout rassembler des milliers de Parisiens et de touristes sur la “plus belle avenue du monde”. Si les fêtes se font plus rares dans certains centres­-villes, c’est un signe que le réveillon tel que nous l’avons connu auparavant, est en train de mourir (ou du moins de se reconvertir). À défaut de concert ou de pétard, c’est surtout l’enthousiasme qui flambe mollement.

Comme chaque année Lisa prépare son carton d’invitation, un vrai, pas un lien WhatsApp qui expire. Elle choisit la typographie, peaufine les mots, les noms défilent, amis, famille, compagnons de route du 31. Avant, les réponses arrivaient en rafale, en quelques minutes avec des emoji confettis : “On sera là”, “On apporte le dessert”, “On garde la playlist 90s”. Cette année, le carton est resté en vue. Certains ne répondent pas. D’autres écrivent deux mots, “la route, la fatigue, trop tard, pas d’énergie“. Ces amis ne lui disent pas non, et ce n’est même pas un affront, plutôt un symptôme, que la vie a changé. Le Nouvel An n’est plus une fête, et il va falloir s’y habituer.

Le réveillon : une mise en scène de l’obligation d’être heureux

Ce sont nos confrère du Dauphiné Libéré qui résume le mieux la tendance dans un article consacré à ce phénomène de désertion. Cédric, 22 ans, Avignonnais, a fixé un record de lucidité : « À minuit, rien ne change vraiment. Le monde continue de tourner, les problèmes ne s’effacent pas d’un coup. » Voilà qui botte en touche la sacro-sainte tradition de la bise obligatoire à des gens qu’on n’a vus que trois fois dans l’année. « C’est un peu une mise en scène de l’obligation d’être heureux », confie Cédric. Pas heureux, mais obligé. Chez lui, ça rime plutôt avec pression sociale et un mini-trauma chaque fois qu’on entend le mot décompte. Clément, 39 ans, résume la chose autrement : « Devoir faire la bise à minuit à des gens qu’on connaît à peine… autant serrer un poireau, au moins il ne te souhaite pas la bonne année en retour. ». Et puis, il y a Isabelle, 72 ans, qui préfère un dîner tranquille, un bisou sous le gui et un bon livre plutôt que de courir après un DJ qui mixe du Jean-Mimi remixé au synthé.

Coût de la fête ou coût de la vie ?

Une autre raison, serait, elle, dû à l’inflation. Le prix semble être l’argument le plus plausible. The Sun nous rapporte qu’au Royaume-Uni, une majorité trouve le Nouvel An surcoté : musique trop chère, boissons hors de prix, queues interminables pour un DJ qui te fait payer l’air que tu respires. Résultat certains Anglais préfèrent rester chez eux ou faire une “soirée pizza chill” à 17 h.

Pendant ce temps-là, chez nous, de plus en plus de Français disent qu’ils préfèrent une « douce soirée à la maison », ou même rien du tout. Parce qu’à minuit… rien ne change vraiment.

Lassitude générationnelle

Plusieurs dizaines de témoignages recueillis par le Dauphiné Libéré montrent que le Réveillon, c’est fini pour beaucoup. Certains le qualifient d’artificiel, d’autres d’anxiogène, et d’autres encore… de zut à la fin j’ai rendez-vous avec mon canapé. Un jeune de 17 ans d’Unieux lâche avec une lucidité désarmante :

« Je trouve ça étrange de fêter la nouvelle année en sachant qu’elle sera peut-être pire que celle d’avant. »

Outre-Atlantique c’est le New York Post qui dans un sondage hilarant, avance qu’une grosse partie de la population préfèrerait aller chez le dentiste le 31 décembre plutôt que de sortir faire la fête.

Pour d’autres, et ça c’est euronews qui l’affirme :

Noël reste une étoile filante qui ne s’éteint pas, famille, décorations, rituels, alors que le Nouvel An ressemble à un feu d’artifice social : bref, bruyant, un peu artificiel… et parfois traumatisant à entendre pour certains (pour ne pas dire traumatisant tout court).

La fête sans l’artifice

Pendant que certains continuent de se serrer dans les clubs (pensée émue pour ceux qui ont fait la queue deux heures pour finir debout au milieu d’un chauffage), d’autres déclarent solennellement sur Reddit qu’on peut passer du “Nouvel An sans réveillonner“. Ceux-là préfèrent des soirées Netflix, ou un repas tranquilles à la maison, ou pourquoi pas une marche matinale le 1er janvier pour ressentir la quiétude d’un trottoir désert“. D’autres plus flemmards, ont définitivement abandonné l’esprit festif, pour rester en pyjama.

Il va donc falloir s’y faire. Désormais, les Français ont décidé de réveillonner autrement, à leur rythme, à leur mesure, loin des injonctions, et peut-être, enfin, un peu plus en accord avec leurs vies. Car ce n’est pas le réveillon qui disparaît, c’est sa vieille mise en scène. Les Français ne tournent pas le dos à la fête : ils la réinventent, la ramènent à l’essentiel. Moins de grandes tables surjouées, plus de salons familiers ; moins de minuit spectaculaire, plus de moments discrets choisis. Ici un dîner à quatre, là un plaid et un film, ailleurs une marche silencieuse au petit matin. Le Nouvel An ne se clame plus forcément sur les places, il se chuchote dans les foyers entre amis, ou en solo.

Sources :

Le Dauphiné Libéré

The Sun

New York Post

euronews

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Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux coulisses des affaires, de la culture aux nouvelles tendances, elles parcourent la ville et le monde pour capter les histoires, les personnages et les mouvements qui font l’actualité. Toujours sur le terrain, elles mêlent rigueur journalistique et sens du récit, pour offrir aux lecteurs des portraits, enquêtes et chroniques à la fois informatifs et captivants.
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