À Paris, à l’Institut Pasteur, le Medef a sonné l’alarme le 14 avril 2026 : le manque de femmes dans les filières scientifiques est « un préjudice pour le pays ». © Medef

Sciences : pourquoi la France se prive encore des talents féminins

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Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux...
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À la sortie du lycée, seules 17 % des filles, contre 44 % des garçons, s’orientent vers des filières scientifiques. Un écart frappant qui a nourri les débats du colloque « Inspirons les filles aujourd’hui pour transformer les métiers demain », organisé par le Medef à l’Institut Pasteur, mardi 14 avril qui a sonné l’alarme : comment donner aux jeunes filles l’envie, et surtout les moyens, de choisir les carrières scientifiques ?

À l’occasion de l’événement du 14 avril 2026 à l’Institut Pasteur, « Inspirons les filles aujourd’hui pour transformer les métiers demain », Edouard Geffray et Patrick Martin ont signé une convention de coopération entre l’Éducation nationale et le Medef. Conclu pour trois ans et déployé sur l’ensemble du territoire, cet accord vise à rapprocher l’école et l’entreprise autour de trois priorités : faire découvrir les métiers d’avenir, notamment scientifiques, faciliter l’insertion professionnelle des jeunes et renforcer l’égalité des chances, avec une attention particulière portée aux publics les plus vulnérables.

Une alerte économique… et sociétale

Le Medef a remis sur la table un constat aussi connu qu’inquiétant : les femmes restent largement sous-représentées dans les filières scientifiques. Derrière le slogan « Inspirons les filles d’aujourd’hui pour transformer les métiers de demain », c’est une alerte sérieuse qui a été lancée. Et son président, a évoqué sans détour un « préjudice pour le pays », pointant un manque de talents qui pèse déjà sur l’économie française. Difficile d’être plus clair. Pour Patrick Martin, la sous-représentation des femmes dans les formations scientifiques et techniques pénalise directement la compétitivité française. « Un préjudice pour notre pays, pour nos entreprises », a-t-il martelé lors de cette conférence ». Mais derrière l’argument économique, c’est toute une mécanique sociale qui se joue, bien avant l’entrée sur le marché du travail.

Des inégalités qui naissent dès l’école

Cependant, ce déficit ne surgit pas à l’entrée dans la vie active, et le décrochage ne commence pas non plus à l’université. Il s’installe bien plus tôt, et ce dès les premières années de scolarité. Manque de modèles féminins, représentation biaisée des métiers scientifiques, confiance en soi fragilisée, tout concourt à détourner progressivement les filles des mathématiques et des sciences. À niveau égal, les filles réussissent aussi bien que les garçons en mathématiques et en sciences. Pourtant, au fil des années, elles s’en éloignent progressivement. Ce décrochage silencieux tient moins à leurs capacités qu’à un environnement qui, de manière diffuse, les dissuade. Le manque de modèles féminins, des représentations biaisées des métiers scientifiques et une confiance en soi souvent fragilisée, pèsent sur leurs choix et orientent leur trajectoire.

Des études montrent que les performances scolaires ne sont pourtant pas en cause : filles et garçons ont des niveaux comparables. Mais les premières s’orientent davantage vers des filières littéraires, souvent parce qu’elles excellent aussi dans ces domaines et parce que les attentes sociales les y poussent. À cela s’ajoute le poids des stéréotypes : 82 % des femmes disent y avoir été confrontées au cours de leur parcours scolaire.

Le “tuyau percé” des carrières scientifiques

Le constat est sans appel : à mesure que l’on progresse dans les études puis dans les carrières scientifiques, la part des femmes diminue. Les stéréotypes y jouent un rôle central. Dès le plus jeune âge, les sciences sont perçues comme un territoire masculin. L’ingénierie, le numérique ou encore l’aéronautique restent associés à des figures d’hommes, compliquant la projection des jeunes filles dans ces univers. Ce mécanisme, largement documenté dans les recherches sur la place des femmes en sciences, ne traduit pas un manque d’intérêt naturel, mais bien un conditionnement social profondément enraciné. Au fil des parcours, il engendre un phénomène désormais bien identifié : celui du « tuyau percé », où les femmes se raréfient progressivement, des études supérieures jusqu’aux carrières scientifiques.

Même lorsqu’elles franchissent ces obstacles, leur contribution reste parfois invisibilisée. L’histoire des sciences a longtemps invisibilisé leurs contributions, un biais conceptualisé sous le nom d’« effet Matilda », qui minimise ou attribue leurs découvertes à des hommes. Un problème d’autant plus préoccupant qu’il ne relève pas d’un manque de capacité, mais d’un conditionnement social profondément ancré. Ce n’est donc pas seulement l’accès aux filières qui est en jeu, mais aussi la manière dont les réussites féminines sont perçues et valorisées. Ce « tuyau percé » décrit une déperdition continue, jusqu’aux postes de recherche et de direction où elles deviennent minoritaires. Résultat : une véritable « évaporation » des talents féminins au fil des études.

Le poids des stéréotypes : un verrou puissant

Les métiers scientifiques continuent d’être associés à un imaginaire masculin. L’ingénierie, le numérique ou l’aéronautique restent des univers dans lesquels les filles ont du mal à se projeter. Rien d’anodin en effet, les choix d’orientation sont façonnés par l’environnement social, les attentes implicites et les représentations culturelles. Même dans les sociétés les plus égalitaires, ce paradoxe persiste, les filles s’éloignent davantage des sciences, signe que les stéréotypes sont intériorisés très tôt.

Dès lors, l’enjeu est clair : agir en amont. Tout commence à l’école. Déconstruire ces représentations passe par la mise en avant de modèles féminins, la formation des enseignants aux biais de genre et un travail en profondeur sur la confiance des filles dans les disciplines scientifiques. Faute de quoi, les inégalités continueront de se reproduire, malgré les discours et les politiques en faveur de l’égalité.

Des initiatives qui ouvrent la voie

Dans l’aéronautique, le GIFAS s’est déjà engagé pour féminiser les métiers techniques, en agissant à la fois sur l’image des professions et sur l’orientation des jeunes filles. La même dynamique se retrouve aussi dans les institutions scientifiques et les entreprises, qui multiplient les rencontres, les témoignages et les programmes de mentorat pour rendre ces carrières plus accessibles et plus désirables.

La conférence organisée à l’Institut Pasteur s’inscrit donc pleinement dans cet élan, en voulant faire de l’inspiration, un levier concret de transformation. Elle rappelle ainsi que l’enjeu dépasse largement la seule question de l’égalité, mais touche à la capacité d’innovation, à la diversité des points de vue et, in fine, à la performance collective. Continuer à détourner les filles des sciences revient à se priver d’une part essentielle des talents.

Les initiatives se multiplient et prouvent que le changement est possible, à condition d’agir de manière continue et coordonnée. Car inspirer les filles aujourd’hui ne peut se réduire à un slogan. C’est une nécessité, mais aussi une responsabilité. Derrière chaque vocation empêchée, c’est une opportunité perdue pour elles, comme pour la société tout entière. Comme évoquer plus haut, se priver des filles dans les sciences n’a rien d’une fatalité, mais relève d’un un choix collectif, souvent inconscient. Et le corriger n’est pas seulement une question d’égalité, mais une exigence économique, scientifique et démocratique.

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Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux coulisses des affaires, de la culture aux nouvelles tendances, elles parcourent la ville et le monde pour capter les histoires, les personnages et les mouvements qui font l’actualité. Toujours sur le terrain, elles mêlent rigueur journalistique et sens du récit, pour offrir aux lecteurs des portraits, enquêtes et chroniques à la fois informatifs et captivants.
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