Dans le vacarme anesthésiant des discours sur “l’égalité des chances”, Gwenola Monteiro ne parle pas, elle agit. Loin des plateaux, des hashtags, des plans d’action sans action, elle bâtit un empire… avec les invisibles. Son terrain ? La formation, l’insertion, la réinvention. Sa boîte ? WENO Holding, une machine à fabriquer du possible pour ceux à qui on a appris à ne plus y croire.
Quatre gosses, une holding, des anciens taulards, des jeunes sans réseau, des femmes en galère, des quartiers abandonnés par la République : c’est son quotidien. Pas pour la photo. Pour le combat.
« Personne ne devrait être défini par ses obstacles. »
La phrase tombe sans fioriture. Pas un slogan. Une ligne de front. Monteiro en a fait son cap. Une enfance modeste, une carrière dans le commerce où elle gravit les échelons jusqu’à la direction. Et puis, virage radical : elle quitte les costards, fonde son auto-entreprise en 2013, et va là où l’État ne va plus : les prisons, les cités, les oubliés.
« Je n’ai jamais cru aux parcours classiques. Les chemins tracés, c’est pour ceux qui sont déjà sur les rails. »
Alors elle crée WENO, un groupe organique qui refuse le formatage. WENO IES, pour former autrement. WENO Audit, pour aider les autres à transmettre. WENO Intérim, bientôt, pour placer celles et ceux qu’on ne veut plus voir dans les agences classiques. Pas une boîte. Un réseau de résistance.
Chez elle, pas de jargon RH ni de bullshit managérial. Elle parle de discipline, d’excellence, de mérite, mais pas pour écraser. Pour élever. Parce qu’elle sait que le système n’attend pas les retardataires. Alors elle les propulse.
« J’ai recruté une équipe jeune, souvent cabossée, toujours brillante. Parce qu’ils savent de quoi ils parlent. Et surtout, ils savent pour qui ils se battent. »
Et elle les forme. Encore et encore. Sans jamais baisser le niveau. Parce que l’exigence est une preuve de respect. Parce que l’inclusion molle ne l’intéresse pas. Elle veut l’autonomie, pas la pitié.
Avec Téléia, son association humanitaire, elle pousse le combat plus loin. Des actions en France, des projets à l’international. Même logique : créer des lieux où l’on se reconstruit, où l’on respire enfin. Où l’on existe.
« On ne fait pas de la charité. On met les gens en capacité d’agir. »
Et quand on lui demande ce qu’elle prépare, elle répond sans détour : l’expansion. Le Sénégal. D’autres villes. D’autres femmes à accompagner. D’autres murs à faire tomber. Son rêve ? Un réseau international d’écoles, de structures, de ponts. Des zones libres dans un monde à genoux.
« L’insertion, ce n’est pas un sas. C’est un tremplin. Mais pour ça, il faut arrêter de faire semblant. Il faut des moyens, des idées, du courage. Et il faut que les entreprises prennent leurs responsabilités. »
Et aux femmes qui hésitent encore à se lancer ? Elle balance, cash :
« Il faut oser. Il faut se planter. Il faut recommencer. Et surtout, ne pas chercher la perfection. L’impact social, c’est pas du yoga. C’est du combat. Et comme dans tous les combats, on y va mieux à plusieurs. »
Gwenola Monteiro ne se rêve pas en héroïne. Elle se bat juste pour que d’autres n’aient plus à choisir entre survivre et exister. Une femme debout dans un système qui rampe. Une flamme dans un pays en veille.

Photo de couverture : Pata Papara
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Gwenola Monteiro