Paris, le 23 juillet 2025, Emmanuel et Brigitte Macron ont franchi une ligne rouge. Pour la première fois, un président en exercice et sa compagne intiment à une influenceuse américaine de rendre des comptes devant la justice. La cible ? Candace Owens, figure ultraconservatrice clonée version web.
Brigitte Macron n’est pas née homme. Elle n’a pas violé son époux enfant. Elle n’est pas un agent de la CIA infiltré dans les salons de l’Élysée pour affaiblir la République. Elle n’est pas non plus une prêtresse satanique envoyée par un lobby transhumaniste. Cette phrase, aussi absurde soit-elle, doit aujourd’hui être écrite noir sur blanc dans un article de presse. Voilà où nous en sommes.
Le couple présidentiel français attaque Candace Owens, influenceuse ultraconservatrice américaine, pour avoir orchestré et monétisé une campagne mondiale de diffamation. Dans une plainte de 220 pages déposée le 23 juillet devant la Cour supérieure du Delaware, les Macron réclament justice face à huit épisodes d’une mini-série grotesque intitulée Becoming Brigitte. Candace Owens y déroule son complot : Brigitte Macron serait née sous le nom de Jean-Michel Trogneux, aurait commis inceste et viol sur Emmanuel Macron alors adolescent, et dirigerait en secret un réseau pédosataniste. Le tout emballé dans une esthétique racoleuse, teintée de transphobie et de populisme crasse.
Candace Owens, la haine algorithmée

Ex-star montante du trumpisme et ancienne muse intellectuelle de Kanye West, Candace Owens n’est pas une youtubeuse égarée. C’est une professionnelle de l’indignation manufacturée, passée maître dans l’art de faire de la rumeur un business. Réseaux sociaux, podcasts, boutiques de produits dérivés : tout est bon pour capitaliser sur la calomnie. Son obsession pour Brigitte Macron date de 2024, quand elle s’empare d’une rumeur née en France sur des forums conspirationnistes, relayée par des figures locales comme Natacha Rey ou Xavier Poussard. Elle l’américanise, l’internationalise, la vend.
Candace Owens ne doute pas, elle assène. Elle parle « vérité interdite », « enquête journalistique », alors qu’elle brode sur un canevas en carton. Elle prétend agir pour la liberté d’expression, mais censure toute contradiction. Elle crie à la censure quand la justice la rattrape. C’est son business model.
Aujourd’hui âgée d’une trentaine d’années, cette militante républicaine radicale devenue icône de la droite‑alternative américaine, ancienne dirigeante de Turning Point USA, a surfé sur la vague Trump dans les années 2018–2020. Kanye West l’a jadis louée publiquement : « la manière dont Candace Owens pense » lui plaisait, rappelait-elle lors d’un défilé parisien.
Sa trajectoire est celle d’un basculement de communication politique à show digital. Après un passage avorté dans le journalisme puis un flirt avec Vogue, l’influenceuse se forge un empire sur X, Instagram et YouTube, cultivant une ligne ultra‑identitaire, sceptique sur le climat, antivax, anti‑Black Lives Matter, et opposée aux droits LGBT. Dans cette logique, la théorie du « Brigitte Gate » l’obsède depuis 2024. Elle investit personnellement l’affaire : reçoit Xavier Poussard à Londres puis chez elle à Nashville en décembre 2024. Les deux compères préparent ensemble la série Becoming Brigitte et l’autopublication du livre Devenir Brigitte en février 2025, avec sa photo en couverture comme marraine officielle du projet.
La stratégie est limpide : une infox née dans les cercles hexagonaux complotistes dès 2021 (avec des noms comme Natacha Rey ou Amandine Roy), amplifiée aux États‑Unis via la mouvance MAGA et Owens, exposition globale et lucrative, c’est le jackpot. À noter que cette rumeur, lourde de sous‑textes transphobes et pédocriminels, n’est pas sans rappeler des procédés conspirationnistes type QAnon, selon plusieurs analyses.
Tenacace, Owens n’entend pas céder. Cette dernière a répliqué que la plainte est un « attentat à la liberté d’expression » de son côté ; et a promis d’y répondre dans un de ses podcasts, affirmant qu’un tribunal américain où siège un jury pourrait devenir le théâtre d’un « affrontement idéologique » entre la rigueur factuelle et la « censure d’État ».
Le procès comme outil de reconquête
Ce que les Macron engagent, ce n’est pas simplement un combat pour laver leur nom. C’est un acte politique et symbolique fort. Ils attaquent sur le terrain du droit américain, là où le complot a pris forme, là où Owens est protégée par le Premier amendement, là où la vérité est devenue un point de vue.
En poursuivant l’Américaine pour diffamation, harcèlement et atteinte à la vie privée, les Macron rappellent que la liberté d’expression n’est pas le droit de diffamer impunément, et que le web n’est pas un no man’s land où la calomnie s’autopublie sans conséquences.
Leur plainte est une tentative rare, peut-être trop tardive de réintroduire des garde-fous dans un monde où l’algorithme surpasse la déontologie, où un simple like vaut plus qu’un article vérifié, et où la haine gagne du terrain au nom d’une vérité alternative.
Une première dame comme écran de projection
La cible n’est pas un hasard. Brigitte Macron incarne une forme de liberté féminine, mature, assumée. Dans les imaginaires conspirationnistes et masculinistes, elle est l’ennemie idéale : femme plus âgée, professeure, influente, atypique. En la transformant en homme caché, Candace Owens recycle les vieilles rengaines transphobes et misogynes. Ce n’est pas une enquête, c’est une exécution numérique.
Et pendant que les commentaires s’empilent sous les vidéos, pendant que les vues grimpent, ce sont des millions de gens qui sont exposés à une fiction délirante. Laisser faire, c’est banaliser. Porter plainte, c’est refuser. Alors oui, Emmanuel et Brigitte Macron ont eu raison de porter plainte. Pas seulement pour défendre leur honneur, mais pour poser une limite claire à l’indécence d’une époque où le mensonge viral se monnaie mieux que la vérité, et où l’injure se travestit en liberté d’expression.
Il ne s’agit pas ici de défendre un couple présidentiel. Il s’agit de défendre l’idée même de réalité. Emmanuel et Brigitte Macron ne cherchent pas à censurer, mais à rappeler que l’on ne peut pas “tout” dire sur tout le monde, tout le temps, sans fondement. Dans cette époque de post-vérité, leur plainte est un acte de résistance salutaire. Une résistance contre la brutalité algorithmique. Contre les fantasmes politiques déguisés en “questions légitimes”. Et surtout contre les Owens de ce monde, qui ont remplacé le journalisme par le storytelling toxique.