Comme nous vous l’annoncions, la manifestation annuelle du Comité du 9-Mai (C9M), rendez-vous emblématique de l’ultradroite radicale française et européenne, a finalement été interdite vendredi 9 mai à Paris. Le tribunal administratif a confirmé l’arrêté pris quelques jours plus tôt par la préfecture de police, une première depuis 2008 pour cette marche néofasciste organisée en hommage à Sébastien Deyzieu, militant d’extrême droite mort en 1994 après une manifestation interdite. Une décision confirmée également par le Conseil d’État, qui avait été saisi en référé.
Dans le même temps, les autorités ont autorisé la tenue d’un « village antifasciste » statique place du Panthéon, sous haute surveillance policière. Plusieurs dizaines d’interpellations ont eu lieu dans la capitale au cours de la journée.
Une interdiction confirmée par le Conseil d’État
Depuis plusieurs années, le Comité du 9-Mai a réussi à s’imposé comme l’un des principaux rendez-vous de l’ultradroite radicale en Europe. Chaque printemps, plusieurs centaines, parfois plus d’un millier de militants nationalistes, identitaires ou néofascistes défilent dans les rues parisiennes derrière des croix celtiques, des drapeaux noirs et des slogans nationalistes.
En 2023 puis en 2024, les images de militants masqués effectuant des saluts et arborant des symboles néonazis avaient provoqué une forte polémique politique. Malgré les arrêtés préfectoraux successifs, la justice administrative avait jusque-là suspendu les interdictions au nom de la liberté de manifester.
Cette année, le contexte apparaît différent. Le Conseil d’État a validé l’interdiction de la manifestation du Comité du 9-Mai, mouvance classée à l’ultradroite, qui devait se tenir ce samedi à Paris, selon une décision consultée par l’AFP. Mardi, la préfecture de police avait pris un arrêté interdisant à la fois ce rassemblement et une contre-manifestation antifasciste. Les autorités avaient notamment invoqué les tensions suscitées par la mort du militant nationaliste Quentin Deranque à Lyon en février dernier, mais aussi les nombreux saluts nazis observés lors du cortège du Comité du 9-Mai en 2025.
Vendredi, le tribunal administratif de Paris avait déjà rejeté le recours déposé par les organisateurs, estimant que la manifestation faisait peser un risque sérieux de troubles à l’ordre public, en ces termes : « la manifestation qui s’est déroulée en 2025 a donné lieu à l’exhibition de signes se rattachant à l’iconographie néonazie et à la tenue de comportements et de propos constitutifs d’appels à la haine et à la discrimination, tels que des saluts nazis ou des slogans homophobes et xénophobes ». Saisi en urgence, le juge des référés du Conseil d’État a confirmé cette décision dans une ordonnance rendue le même jour.
Comme l’a révélé Mediapart le mercredi 6 mai, la déclaration en préfecture de la manifestation 2026 du Comité du 9-Mai avait été effectuée par Joséphine de La Chapelle, une bijoutière connue pour commercialiser des boutons de manchette ornés de croix celtiques. Sur les réseaux sociaux, elle apparaît également vêtue d’un tee-shirt de l’organisation néofasciste italienne CasaPound. Elle doit prochainement épouser Erwan D., militant du groupuscule versaillais Auctorum. Selon les informations publiées par Mediapart, leur liste de mariage proposait notamment aux invités de participer à l’acquisition d’un tableau attribué à Adolf Hitler, daté de 1913.
Malgré cette interdiction, le Comité du 9-Mai a maintenu un appel à rassemblement à 15 heures, place des Pyramides, dans le 1er arrondissement de Paris. Le lieu a accueilli également ce samedi un rassemblement souverainiste d’extrême droite organisé par Florian Philippot et son parti, Les Patriotes, au pied de la statue équestre de Jeanne d’Arc.
Le « village antifasciste » finalement autorisé
Si les cortèges ont été interdits, un espace militant statique a toutefois été maintenu autour du Panthéon, dans le 5e arrondissement de Paris. Ce « village antifasciste », soutenu notamment par des organisations syndicales, associatives et des collectifs de gauche radicale, a pu se tenir sous encadrement policier renforcé.
Les organisateurs dénonçaient depuis plusieurs jours une « interdiction symétrique » mettant sur le même plan groupuscules néofascistes et collectifs antifascistes. Plusieurs recours avaient été déposés devant le tribunal administratif afin d’obtenir l’autorisation de maintenir ce rassemblement.
Place du Panthéon, les prises de parole, concerts militants et stands associatifs se sont déroulés dans une atmosphère tendue mais sans affrontement majeur signalé en soirée.
Interpellations et gardes à vue dans Paris
La journée a néanmoins donné lieu à de nombreuses interpellations. Quarante-six personnes ont été placées en garde à vue samedi 9 mai à Paris, en marge de la manifestation interdite du Comité du 9-Mai et de la contre-mobilisation antifasciste, elle aussi prohibée. Selon un point de situation communiqué par la Préfecture de police à 19 heures, 97 personnes ont été interpellées au cours de la journée, parmi des militants d’ultradroite comme d’ultragauche, dans plusieurs quartiers de la capitale, notamment autour de République, des Pyramides, de Saint-Michel et de Montparnasse.
Sollicité par l’Agence France-Presse (AFP), le parquet de Paris a précisé que les gardes à vue concernaient 43 majeurs et trois mineurs, dont deux sans domicile parisien. Les personnes interpellées sont poursuivies pour participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations, violences volontaires en réunion ainsi que port d’armes prohibées, a indiqué la Préfecture de police. Le parquet a également évoqué des faits d’« outrage » et de « dissimulation volontaire du visage, sans motif légitime, lors d’une manifestation sur la voie publique accompagnée de troubles à l’ordre public ».
En parallèle, 182 personnes ont été verbalisées pour non-respect d’un arrêté d’interdiction de manifester. La Préfecture de police a assuré maintenir un dispositif de sécurité important afin de « prévenir tout trouble à l’ordre public » et d’« éviter d’éventuelles confrontations entre militants antagonistes ».
Une première depuis près de vingt ans
L’interdiction confirmée du C9M marque un tournant politique et judiciaire. Depuis la fin des années 2000, la manifestation avait presque systématiquement réussi à se maintenir, malgré les controverses récurrentes autour de la présence de militants néonazis et de figures issues du GUD ou de mouvances identitaires dissoutes.
Pour les autorités, cette décision vise à éviter que Paris ne redevienne la vitrine européenne d’une ultradroite radicalisée et internationalisée. Les organisateurs du Comité du 9-Mai dénoncent, eux, une « atteinte politique » à la liberté de manifester et laissent déjà entendre qu’ils entendent maintenir des formes de rassemblements symboliques dans les années à venir.



