La manifestation néofasciste du Comité du 9-Mai, tout comme les mobilisations antifascistes prévues en réponse, sont interdites par la préfecture de police. © Image publiée sur le compte Instagram de Street Press

9 mai : l’extrême droite ne défilera pas à Paris

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À l’approche du 9 mai 2026, la préfecture de police de Paris a tranché : la marche du Comité du 9-Mai, tout comme les mobilisations antifascistes prévues en réponse, dont le Village antifasciste prévu du 8 au 10 mai, sont interdites. Une décision qui acte un climat de fortes tensions politiques et sécuritaires, où la crainte d’affrontements entre groupes d’extrême droite et antifascistes a conduit les autorités à verrouiller l’espace public.

La manifestation du Comité du 9-Mai a finalement été interdite par plusieurs arrêtés publiés mardi 5 mai par la préfecture de police de Paris. Le groupuscule d’ultradroite prévoyait d’organiser, le samedi 9 mai, une « marche silencieuse » en hommage au militant d’extrême droite Sébastien Deyzieu, mort en 1994 après avoir chuté d’un immeuble parisien où il s’était réfugié pour échapper à une intervention policière.

Une date, une chute, un récit fondateur

Le 9 mai 1994, en marge d’une manifestation organisée à Paris contre « l’impérialisme américain », Sébastien Deyzieu, militant proche de l’Œuvre française, trouve la mort après une chute depuis un immeuble de la rue des Chartreux, alors qu’il est poursuivi par la police. Cet épisode devient rapidement un point de fixation pour une frange de l’extrême droite radicale, qui érige cette mort en symbole.

Dans la foulée, le Comité du 9-Mai (C9M) est créé par des structures comme le GUD, le Front national de la jeunesse et les Jeunesses nationalistes révolutionnaires pour organiser une commémoration annuelle.
Au fil des années, cette structure informelle agrège différentes mouvances nationalistes, néofascistes et néonazies, assurant la pérennité de ce rendez-vous militant.

Depuis plus de trente ans, la manifestation se répète selon un rituel codifié, mêlant marche disciplinée, symbolique radicale et logique de commémoration. Longtemps marginale, elle a retrouvé une visibilité accrue à partir des années 2010, portée par la recomposition de l’ultra-droite française après plusieurs dissolutions de groupes. Le défilé, souvent organisé dans le centre de Paris, notamment dans le 6e arrondissement, reste un point de convergence pour ces réseaux, au grand dam des riverains dépités pour la plupart.

Sous l’œil attentif des forces de l’ordre, près d’un millier de militants néofascistes ont donc défilé l’année dernière samedi 10 mai 2025. Comme le rapporte Mediapart, nombre d’entre eux avaient le visage dissimulé et certains arboraient des symboles associés à l’idéologie néonazie. Parmi les participants figuraient notamment Marc de Cacqueray-Valménier l’ancien trésorier du microparti de Marine Le Pen ainsi que Axel Loustau.

L’hommage à Quentin Deranque, figure plus récente décédée en février 2026, s’inscrit dans cette continuité mémorielle, renforçant encore la dimension identitaire de ce rassemblement.

Manifestations interdites, risques de troubles à l’ordre public

Cette année, le défilé du Comité du 9-Mai devait partir de l’avenue de l’Observatoire, dans le Ve arrondissement, au niveau du RER Port-Royal, jusqu’à la rue des Chartreux, dans le VIe. Pour motiver cette interdiction, un premier arrêté revient notamment sur la mort, en février dernier à Lyon, de Quentin Deranque, figure de l’extrême droite radicale, tout en rappelant que lors de l’édition précédente « plusieurs participants » avaient « dissimulé volontairement tout ou partie de leur visage sans motif légitime ».

« La manifestation s’inscrit dans un contexte politique tendu et très polarisé », souligne également le texte signé par le préfet de police Patrice Faure, qui évoque la possibilité « d’actions violentes […] en marge ou à l’issue de la manifestation ». Les autorités pointent en particulier la présence attendue de militants ultranationalistes parmi les plus radicaux, venus de plusieurs pays européens, dont la Hongrie, l’Allemagne, l’Autriche, l’Espagne et l’Italie. L’arrêté rappelle en outre que, l’an dernier, « plusieurs manifestants ont arboré des symboles associés à l’idéologie néonazie » et que des saluts nazis avaient été observés.

En réaction, différents collectifs avaient prévu de se rassembler place du Panthéon pour organiser un « village contre l’extrême droite », inscrit dans un week-end de mobilisation antifasciste les 8 et 9 mai, sous le mot d’ordre « Pas de nazis dans Paris ».

Affiche de la 3e édition du village antifascsite. © DR

En effet dès le vendredi 8 mai, la troisième édition du Village antifasciste devait débuter sur la place du Panthéon de 14h à 19h ; le samedi 9 mai, suivie d’une manifestation antifasciste, antiraciste et anticoloniale à partir de 14h depuis la place Saint-Michel ; suivi le dimanche 10 mai, d’une journée commémorative consacrée à l’abolition de la traite et de l’esclavage colonial, ainsi qu’un hommage à Maryse Condé, de 14h à 20h place de la Nation.

Ce rassemblement a lui aussi été interdit, les autorités invoquant le risque d’un « affrontement entre des groupes antagonistes de l’ultragauche et de l’ultradroite », à l’image d’épisodes récents survenus notamment à Nantes en décembre 2025, à Rennes en janvier, à Toulouse ou encore à Paris en mars.

Un troisième arrêté est venu compléter ce dispositif en interdisant une manifestation entre la place Saint-Michel et la place Denfert-Rochereau, les autorités estimant que le parcours envisagé « rend[ait] inévitable la rencontre physique des deux cortèges », créant ainsi « un risque direct et imminent d’affrontements violents entre personnes aux opinions antagonistes ».

Reste une interrogation, toujours la même depuis plus de trente ans : malgré ces interdictions, la rue peut-elle contenir durablement ces affrontements politiques sans basculer dans la confrontation directe ?

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Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux coulisses des affaires, de la culture aux nouvelles tendances, elles parcourent la ville et le monde pour capter les histoires, les personnages et les mouvements qui font l’actualité. Toujours sur le terrain, elles mêlent rigueur journalistique et sens du récit, pour offrir aux lecteurs des portraits, enquêtes et chroniques à la fois informatifs et captivants.
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