Mellissa Fernandez, fondatrice de "Maathi", marque de mode inspirée de ses racines indiennes, et de la collection de parfums "Les Engrammes", qui font référence à son héritage culturel. © DR / Maathi

Maathi : quand les racines indiennes inspirent une nouvelle parfumerie de niche

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Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux...
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De l’ingénierie au maquillage de luxe, des coulisses de LVMH à la création de sa propre marque, Mellissa Fernandes a construit un parcours à la croisée de plusieurs univers. Avec Maathi, qui signifie « terre », puis sa collection de parfums Les Engrammes, cette entrepreneuse franco-indienne entend donner une traduction olfactive à son histoire personnelle. Un positionnement singulier sur un marché où les maisons indépendantes cherchent à se faire une place face aux grandes signatures du luxe.

Avant de se lancer dans la parfumerie, Mellissa Fernandez a créé Maathi, une marque de prêt-à-porter et d’articles de voyage haut de gamme, née à Paris et nourrie par ses racines goanaises. Sa première collection, The Sea Remembers, célèbre l’évasion et les souvenirs de voyage à travers des silhouettes pensées pour les escapades en bord de mer. La créatrice mise sur une sélection exigeante de matières naturelles : soie indienne, lin français, coton biologique et dentelle de Calais-Caudry. Les pièces font appel à des artisans dont les savoir-faire traditionnels sont intégrés à des créations contemporaines. Fidèle à une approche de slow fashion, la marque privilégie les petites séries pour limiter le gaspillage et préserver l’exclusivité de ses modèles.

Sarong en coton. © DR / Maathi

L’ambition est de concevoir un vestiaire durable, à rebours d’une mode dictée par le renouvellement permanent des tendances, où le luxe se mesure autant au confort et à la qualité des matières qu’au temps consacré à la fabrication. “Nous travaillons exclusivement avec des matériaux soigneusement sélectionnés afin que chaque pièce offre une expérience complète de luxe et de confort, dit-elle, une philosophie qui fait écho à l’univers de ses parfums, car chez Maathi comme dans Les Engrammes, la collection de parfums, la matière est aussi un vecteur de mémoire et d’émotion.

Au départ, une histoire de famille et de racine

Le parfum est un marché où l’histoire compte presque autant que la fragrance. Derrière un flacon, les consommateurs ne recherchent plus seulement une signature olfactive : ils peuvent aussi être sensibles à un univers, à une identité et à la singularité d’une démarche créative. Pour les maisons indépendantes, cette quête de différenciation représente une opportunité, mais aussi un défi commercial. En France, les ventes de parfums de niche et de collection vendus à plus de 175 euros ont progressé de 36 % en 2024, selon Circana, cité par Premium Beauty News en juin 2025. Une dynamique qui attire de nouveaux acteurs, mais dont les débouchés restent exigeants : se faire connaître, convaincre les distributeurs et fidéliser une clientèle prête à investir dans une signature moins familière.

C’est sur ce terrain que Mellissa Fernandes développe son projet. Née à Dubaï de parents indiens, installée en France depuis seize ans, elle affiche un parcours qui ne la destinait pas spontanément à la parfumerie. Avant de se lancer dans l’entrepreneuriat, cette dernière a étudié l’ingénierie, puis exercé pendant trois ans comme hôtesse de l’air. Elle ouvre ensuite une boutique avec sa mère, une première expérience commerciale qui l’amène à se confronter aux réalités du commerce et aux attentes des clientes. Mais c’est son histoire familiale qui constitue un autre fil conducteur. Du côté maternel, son grand-père était ouvrier ; du côté paternel, son grand-père travaillait la poterie. Deux trajectoires qui donnent un relief particulier au nom Maathi, « terre » en konkani ( langue de Goa en Inde), choisi pour sa marque. La référence à la matière, au geste et à la transmission semble ainsi faire écho à une mémoire familiale que la créatrice entend prolonger dans ses projets.

Du maquillage de luxe à la création indépendante

Le parcours professionnel de Mellissa Fernandes prend ensuite une dimension internationale. Recrutée par LVMH pour former des professionnels au maquillage, elle devient chef de projet sur plusieurs marques, notamment Make Up For Ever, et travaille également pour Dolce & Gabbana, Estée Lauder pour Tom Ford et Kilian Paris. Cette expérience lui permet d’évoluer au contact des codes du luxe : construction d’une identité de marque, développement de produits, formation, expérience client et exigences de positionnement. Autant de compétences susceptibles de servir une entrepreneuse qui souhaite désormais développer son propre univers plutôt que contribuer à celui d’autres maisons.

Après une première ligne de vêtements, elle franchit une nouvelle étape avec Les Engrammes, sa collection de parfums. Le nom lui évoque la trace laissée par une expérience dans la mémoire. Un choix qui suggère une approche du parfum comme objet intime, associé à des souvenirs, des émotions et des histoires personnelles. Et pour concevoir cette collection, Mellissa Fernandes souhaitait travailler avec un parfumeur indien capable de comprendre ses origines et sa culture, sans renoncer à une lecture contemporaine de la parfumerie ni à la connaissance du marché français. L’ambition affichée étant de faire dialoguer plusieurs univers, sans enfermer la création dans une représentation figée de l’Inde.

Quatre fragrances, quatre histoires

La première collection compte quatre parfums, chacun associé à un nom et à une identité olfactive distincte. Quepem explore des notes marines. Drowning, dont le nom signifie « se noyer », associe la vanille au cajou vert. Gold Tears, que l’on pourrait traduire par « larmes d’or », porte la promesse de ne jamais oublier et s’articule autour du safran. Enfin, Trace repose sur des fleurs blanches, de la bergamote et une nuance légèrement citronnée.

Collection Les Engrammes. © DR / Maathi

Mais au-delà des matières premières, ces quatre propositions dessinent une même intention : faire du parfum le support d’une narration. Le nom, les accords olfactifs et l’imaginaire qu’ils suscitent participent à la construction de l’identité de la collection. Reste à savoir comment cette démarche se traduira dans les ventes et dans la reconnaissance de la marque.

Un positionnement premium à faire connaître

Les Engrammes sont actuellement proposés en vente privée, avec deux formats : 30 ml à 95 euros et 50 ml à 165 euros. Le flacon rechargeable et le format voyage complètent l’offre. À ces niveaux de prix, la marque se situe dans un segment où la qualité de la composition, la présentation du produit, la cohérence du récit et la capacité à susciter l’essai jouent un rôle déterminant. Le défi est d’autant plus important pour une jeune maison que le parfum reste un produit sensoriel : contrairement à un vêtement ou à un accessoire, il est difficile de convaincre sans permettre au client de découvrir la fragrance.

Pour l’entrepreneuse, c’est la vente privée qui constitue une première modalité de commercialisation. Mais quelle place Mellissa Fernandes souhaite-t-elle donner demain aux parfumeries spécialisées, au commerce en ligne et aux marchés internationaux ? Et comment compte-t-elle transformer une histoire personnelle en une marque capable de durer ?

Son expérience auprès de grandes maisons lui apporte certes une connaissance des mécanismes du secteur, mais l’enjeux sera désormais de mettre cette expertise au service de sa propre entreprise : définir une clientèle, construire une distribution cohérente, maîtriser les coûts et installer progressivement une signature reconnaissable.

Avec Maathi et Les Engrammes, Mellissa Fernandes cherche ainsi à faire de ses racines un point de départ plutôt qu’une frontière. La prochaine étape elle sera commerciale : démontrer que cet univers peut trouver son public et s’inscrire durablement dans le paysage de la parfumerie indépendante.

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