Ali G, alias Sacha Baron Cohen, fait son grand retour dans Ali G : Who Iz I?. Emmitouflé dans son improbable doudoune bleue XXL, le roi de la provocation reprend du service pour une nouvelle virée satirique au cœur de l'Amérique. Attention, ça va décoiffer ! © Prime Video

Ali G est de retour, et le politiquement correct peut aller se rhabiller !

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Rédaction Rapporteuses
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Avec Ali G : J’sui qui ?, Sacha Baron Cohen ressuscite son personnage le plus insolent dans une comédie satirique qui ne demande la permission à personne. Racisme, extrémisme, hypocrisie politique, obsession de la célébrité et bêtise en majesté : le comédien britannique retrouve son arme favorite, le rire qui dérange. Et il ne fait décidément pas dans la dentelle.

Il y a des personnages dont le retour ressemble à une mauvaise idée. Ali G n’est manifestement pas de ceux-là. Jogging improbable, lunettes teintées, casquette vissée sur la tête, langage de pseudo-rappeur et assurance démesurée : le plus improbable des apprentis gangsters britanniques reprend du service. Et quel service ! Vingt-quatre ans après Ali G Indahouse, Sacha Baron Cohen remet les gants, reprend les codes de son personnage et repart à l’assaut d’une société qui, malgré ses grandes déclarations sur la tolérance et le progrès, continue de lui offrir un terrain de jeu extraordinairement fertile.

Disponible sur Prime Video depuis le 28 octobre 2026, Ali G : J’sui qui ? (titre original Ali G: Who Iz I?) est une comédie de 1 h 29 réalisée par Sacha Baron Cohen lui-même. Mais réduire ce film à une simple suite serait passer à côté de ce qui fait son intérêt : derrière les blagues grasses, les provocations et les situations parfaitement embarrassantes, se cache une satire de l’Amérique contemporaine qui ne manque pas de mordant.

Un rappeur de pacotille face à une Amérique qui ne manque pas de champions

L’histoire commence par une catastrophe existentielle pour Ali G : après vingt ans à fumer, faire la fête et cultiver son incompétence, il découvre que sa compagne Julie (Morgana Robinson) est enceinte de huit mois. Devenir père ? Une perspective qui semble lui inspirer davantage de panique que de responsabilité. Il lui faut de l’argent, de la notoriété et, surtout, retrouver la gloire qu’il estime lui être due. Direction les États-Unis. Ali G croit encore pouvoir reconquérir le public et relancer sa carrière. Il va surtout découvrir que l’Amérique contemporaine constitue un formidable réservoir de personnages et de situations plus absurdes les uns que les autres.

Le ressort comique de Sacha Baron Cohen reste intact : placer son personnage au milieu de personnes qui ne savent pas toujours qu’elles participent à une comédie, les laisser parler, se dévoiler et parfois s’enfoncer toutes seules. Le tournage, réalisé en secret, reprend cette méthode de caméra cachée qui avait fait le succès de Borat. Et c’est là que le film devient particulièrement réjouissant. Ali G ne possède ni la finesse intellectuelle ni les outils nécessaires pour comprendre le monde dans lequel il évolue. Pourtant, son ignorance revendiquée lui permet de poser les questions que d’autres n’osent pas formuler. Il avance avec l’aplomb d’un imbécile persuadé d’être un génie. Face à lui, certains interlocuteurs font le reste du travail.

Sacha Baron Cohen, l’art de tendre un miroir aux puissants

Depuis toujours, Sacha Baron Cohen cultive un art bien particulier de la satire : celui qui consiste à pousser le réel dans ses retranchements jusqu’à ce que l’absurde finisse par révéler une vérité. Son secret ? Se glisser dans la peau de personnages outranciers, souvent grotesques, et les confronter à des interlocuteurs qui, sans toujours s’en rendre compte, finissent par tomber dans leurs propres pièges. Avec Borat, il avait promené son faux journaliste kazakh dans une Amérique où les préjugés racistes et les réflexes xénophobes s’exprimaient parfois sans le moindre filtre. Avec Brüno, il avait fait de l’homophobie et des normes sociales son terrain de provocation. Puis, dans Who Is America?, sa série de 2018, il avait endossé plusieurs identités fictives pour tendre un miroir peu flatteur à des responsables politiques, des militants et des personnalités médiatiques.

Avec Ali G : J’sui qui ?, Sacha Baron Cohen reprend le flambeau, mais le contexte a changé. Dans une Amérique profondément polarisée, où les discours identitaires et les affrontements idéologiques occupent une place considérable dans le débat public, le personnage trouve un nouveau terrain d’expérimentation. Ses provocations viennent bousculer les postures, les certitudes et les contradictions de ceux qu’il rencontre. Car derrière son accoutrement de rappeur de banlieue et son langage volontairement décérébré, Ali G possède une arme redoutable : l’art de faire parler les autres jusqu’à ce qu’ils se révèlent eux-mêmes.

Le film fait notamment intervenir des figures et des milieux liés à la mouvance MAGA, ainsi que des personnages politiques et médiatiques. Il ne cherche pas à construire une démonstration académique. Il préfère provoquer, pousser les situations jusqu’à l’absurde et laisser apparaître les contradictions. C’est précisément ce qui rend l’entreprise jubilatoire. Le rire vient du décalage entre l’assurance grotesque d’Ali G et le sérieux avec lequel certains prennent ses propositions. La satire ne se contente pas de désigner les travers de la société, elle les met en scène, les amplifie et les laisse exploser.

Un humour qui franchit les lignes rouges

Attention, toutefois, les âmes sensibles risquent de ne pas apprécier le voyage. Sacha Baron Cohen ne pratique pas la satire en chaussons. Son humour est volontiers vulgaire, sexuel, politiquement incorrect et parfois franchement dérangeant. Il aime les malaises, les silences gênés, les réactions outrées et les moments où le spectateur se demande jusqu’où il va oser aller. Mais c’est justement cette liberté de ton qui fait le sel de son cinéma. À une époque où chaque plaisanterie est susceptible de déclencher une polémique, le comédien refuse de transformer son humour en exercice de communication aseptisé.

Il prend des risques, provoque, exagère. Il joue avec les tabous et les préjugés. Et surtout, il ne cherche pas à rendre son personnage sympathique à tout prix. Il faut néanmoins distinguer la provocation de la satire réussie : toutes les séquences ne frappent pas avec la même précision et certaines blagues peuvent laisser perplexe, comme celui du bébé qui ne doit pas naître sur le sol américain, les saluts nazi dans une émission de télévision, l’agent du Mossad et la séquence devant les représentants religieux qui dérape. Le film ne fait pas toujours dans la dentelle, et c’est peu dire. Mais ses meilleurs moments rappellent combien la comédie peut être redoutable lorsqu’elle s’attaque aux certitudes et aux postures de ceux qui se croient intouchables.

Pourquoi il faut absolument le regarder

Parce qu’Ali G est un personnage délicieusement insupportable, et parce que Sacha Baron Cohen possède un talent rare pour improviser, déstabiliser et faire surgir le comique là où personne ne l’attend. Parce que son cinéma nous rappelle que le rire peut être une arme politique, un instrument de déconstruction et parfois un excellent révélateur de la bêtise humaine. Et enfin parce qu’il devient franchement salutaire de pouvoir rire de ceux qui se prennent beaucoup trop au sérieux.

Ce retour n’est pas seulement un clin d’œil nostalgique aux admirateurs du personnage apparu en 1998 dans The 11 O’Clock Show. C’est aussi une manière de reprendre le pouls d’une société américaine où les outrances politiques sont devenues si quotidiennes qu’elles semblent parfois avoir dépassé la fiction. Nous avons adoré cette aventure pour son insolence, son mauvais esprit et son absence totale de révérence. On rit, on grimace, on s’indigne parfois, mais on ne s’ennuie pas. Et c’est déjà beaucoup !

Notre conseil : installez-vous confortablement, oubliez quelques instants les conventions et laissez Ali G faire son numéro. Sur Prime Video, Ali G : J’sui qui ? est une belle occasion de retrouver un humour politiquement incorrect, irrévérencieux et délicieusement dévastateur.

Booyakasha !

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Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux coulisses des affaires, de la culture aux nouvelles tendances, elles parcourent la ville et le monde pour capter les histoires, les personnages et les mouvements qui font l’actualité. Toujours sur le terrain, elles mêlent rigueur journalistique et sens du récit, pour offrir aux lecteurs des portraits, enquêtes et chroniques à la fois informatifs et captivants.
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