À contre-courant des galas caritatifs qui se contentent d’afficher leur générosité, l’association Résous-Moi revendique une autre approche de la philanthropie. Depuis seize ans, elle mobilise la mode, la culture et les entreprises pour financer des actions concrètes en faveur des plus vulnérables, tout en défendant une vision où justice sociale et urgence climatique sont indissociables. Pour sa présidente, Anne-Bénédicte Malanda, l’essentiel se joue pourtant loin des projecteurs.
Vendredi 3 juillet, au Solaris, dans le 20ᵉ arrondissement de Paris, l’association Résous-Moi Je suis le lien que je tisse, organisait une nouvelle édition de son gala annuel, programmée comme chaque année au moment de la Fashion Week. Soutenue notamment par la Ville de Paris ainsi que par les mairies des 19ᵉ et 20ᵉ arrondissements, la manifestation réunissait partenaires, créateurs, artistes, bénévoles et mécènes autour d’une même ambition : faire de la création un langage commun au service de l’intérêt général.
À première vue, tout y est. Les robes de créateurs, les flashs des photographes, les invités en tenue de soirée, les partenaires institutionnels et les discours de circonstance. Chaque saison, Paris voit fleurir les galas de charité organisés en marge des grands rendez-vous de la mode. Mais derrière ces soirées où se croisent philanthropie et élégance, une question demeure : que reste-t-il lorsque les projecteurs s’éteignent ?
C’est précisément sur cette frontière entre visibilité et engagement que travaille, depuis 2009, l’association Résous-Moi – Je suis le lien que je tisse. Fondée par Angénic Agnéro et présidée aujourd’hui par Anne-Bénédicte Malanda, cette association installée dans le 20ᵉ arrondissement de Paris défend une conviction qui tranche avec l’image parfois superficielle des événements caritatifs.



Il est vrai que l’époque a profondément changé le visage des associations. La baisse des financements publics, la multiplication des causes à défendre et la concurrence pour capter l’attention ont obligé nombre d’entre elles à repenser leurs modèles économiques. Les galas ne sont plus seulement des opérations de collecte de fonds, mais des espaces de rencontres entre entreprises, collectivités, mécènes, artistes et citoyens, et la solidarité emprunte désormais les codes de l’événementiel pour continuer à exister.
Résous-Moi s’inscrit pleinement dans cette évolution. L’association intervient aussi bien en France qu’à l’international autour de plusieurs missions : accompagner des enfants orphelins, soutenir l’autonomisation des femmes, développer le tourisme solidaire et écologique, mener des actions de santé et d’aide d’urgence ou encore lutter contre la précarité à travers des distributions alimentaires et des campagnes de sensibilisation. Autant de projets qui traduisent une volonté de répondre aux urgences sociales sans les dissocier des enjeux environnementaux.



Dans un paysage associatif où les appels aux dons se multiplient, Résous-Moi fait le pari que l’émotion artistique peut susciter un engagement durable. Une stratégie qui interroge aussi l’évolution de la philanthropie contemporaine : les causes humanitaires ne cherchent plus seulement à convaincre, elles doivent désormais raconter une histoire, créer une expérience et fédérer des communautés.
Reste alors l’essentiel, car au-delà du défilé et des apparences, il faut mesurer l’impact concret des actions menées sur le terrain. Parce que si les podiums offrent une visibilité précieuse, c’est bien loin des projecteurs que se joue, chaque jour, la véritable réussite d’une association.
À l’heure où les associations doivent séduire autant qu’agir pour mobiliser donateurs et partenaires, Anne-Bénédicte Malanda défend un autre récit de la philanthropie. Rencontre avec sa présidente, qui refuse de dissocier engagement de terrain et prise de parole.
Entretien
Rapporteuses : En seize ans d’existence, comment Résous-Moi a-t-elle évolué et quelles sont les plus grandes victoires dont vous êtes la plus fière ?
Anne-Bénédicte Malanda : Bonjour Lise-Marie. L’évolution s’est faite d’un petit évènement de quartier situé à Ménilmontant sur la place Maurice Chevalier devant l’Eglise Notre Dame de la Croix au rues de Manille en passant par Adibjan et Tiébélé. Les plus grandes victoires dont je suis fière est que nous soyons toujours fidèles à notre vision, sans nous laisser endurcir ou corrompre. Il y avait toujours en nous une passion pour servir les démunis du mieux de nos capacités. Au fil des années, nous avons réussi à mieux identifier et à réaliser que les fissures dans le mur social ne faisaient que s’approfondir à mesure qu’on s’y plongeait.
Prenant conscience de l’ampleur des disparités au sein de notre société et de la manière dont des opportunités inégales régissent la vie de tant d’individus, le festival, nos actions tout au long de l’année, ont pour but d’aller plus loin et d’œuvrer pour colmater ces brèches, dans la mesure de nos moyens.
Anne-Bénédicte Malanda
Rapporteuses : Vous organisez ce festival en pleine Fashion Week parisienne. Pourquoi avoir choisi de faire dialoguer mode, création artistique et engagement humanitaire ?
A.B.M : Parce que la mode peut et doit être autre chose que ce qu’elle est à l’heure actuelle. Une des industries les plus polluantes qu’il puisse exister. Et je ne parle pas de l’impact psychologique avec les mannequins dont la maigreur maladive. Bref beaucoup de faste et de paillettes pour cacher une vérité bien plus sordide. Mais c’est aussi une des industries avec le plus de visibilité et d’impacts. Alors pourquoi ne pas transformer le côté négatif en quelque chose de positif et de beauté. Nous avons bien des exemples de figures de la mode qui tente de faire la différence et le bien. Comme McCartney est une écologiste et une défenseure active des droits des animaux, basant souvent ses créations sur des méthodes de production véganes. Ou Emmanuelle Rienda à l’origine de la Vegan Fashion Week à Los Angeles,ou encore Fashion for relief de Naomi Campbell. Toutes ces initiatives se servent de la mode pour faire prendre conscience d’états de faits et faire bouger les choses.



Rapporteuses :Votre association intervient aussi bien en France qu’à l’international. Comment choisissez-vous les projets que vous soutenez ?
A.B.M : Ceux sont les associations qui nous sollicitent. Nous nous assurons pour la sélection que le champs d’actions et les statuts soient dans le cadre de nos valeurs. Après sélection, nous faisons une enquête préliminaire, et ensuite nous nous rendons sur place pour vérifier que tout est conforme à nos engagements et accords écrits. Nous demandons également des rapports ratifiés et documentés.
C’est important, même primordial , parce que lorsqu’il y a des dons, les personnes qui font les dons peuvent envoyer leurs contribution directement; via l’IBAN de cette structure.
Rapporteuses : Les questions climatiques et sociales sont souvent abordées séparément. Pourquoi estimez-vous qu’elles doivent aujourd’hui être pensées ensemble ?
A.B.M : Les deux sont en réalité indissociables et les voir de manière séparées, comme le font certaines élites est profondément irresponsables, voire même dangereux.
Les premières victimes des questions climatiques ne sont pas les élites, mais les plus vulnérables. Sécheresse, inondations, canicules. Lorsque ces catastrophent se produisent, ce sont les personnes dans le quartiers défavorisés, dans les favelas qui meurent en premier. Les habitations ne sont pas construites aux normes, il y a moins d’arbres, pas ou peu de moyens pour acheter des climatiseurs, ou les machines à travailler la terre.
Anne-Bénédicte Malanda
Les causes systémiques sont communes: surconsommation, modèles économiques dépassés qui creusent les inégalités, l’épuisement des ressources naturelles. Et concentrer les richesses et moyens de production d’un côté revient à concentrer les émissions dévastatrices. Il faut donc traiter les deux ensemble et non pas l’une sans l’autre ou l’une plutôt que l’autre.
S’il y a transition il faut que la population la comprenne et y adhère. On ne peut pas proposer une politique climatique, déjà sans avoir réellement l’intérêt des peuples à cœur, et ensuite sans formation, espaces verts, redistribution de mesures de compensation. Sans cela, elle sera mal perçue par le public.
On le voit depuis quasi un mois avec la canicule, isoler thermiquement les logements,développer les transports en commun, revenir aux vraies valeurs de l’agriculture paysanne bio, réindustrialiser mais de manière verte, en prenant en considération que nous n’avons pas de planète de rechange. Tout ceci pourrait réduire de manière significative, l’effet des gaz à effet de serre, améliorer la santé publique, l’emploi etc..
Anne-Bénédicte Malanda
Mais tout ceci, ne peut fonctionner que comme un ensemble. La question qui reste est suspens est : est-ce que nos dirigeants veulent réellement notre bien?
Rapporteuses : Le festival rassemble des artistes, des créateurs, des entreprises, des élus et des bénévoles. Cette diversité est-elle devenue la force de Résous-Moi ?
A.B.M : Complètement. La force de l’association est d’être un catalyseur où chaque bonne volonté peut venir apporter sa pierre à l’édifice pour lutter contre les inégalités sociales et endémiques. En réalité, nous nous voyons comme des êtres interconnectés et agir ici permet de transformer une vie plus loin, de donner une change là bas. Pas besoin de personnes, ou de parler de multiples langues,c’est plus un état d’esprit.
Rapporteuses : Quels sont aujourd’hui les besoins les plus urgents auxquels votre association est confrontée : financement, bénévolat, partenariats ou visibilité ?
A.B.M : Je dirai les quatre à la fois. Elles sont indispensables pour réaliser nos projets et objectifs pour accompagner les plus jeunes, les orphelins concrètement pour atteindre leurs objectifs de vie, de santé et professionnel.
Rapporteuses : Quels témoignages ou quelles rencontres ont le plus marqué votre parcours à la tête de l’association ?
A.B.M : Je ne répondrai pas quels témoignages ou quelles rencontres , mais plutôt Le témoignage. En 2013, nous étions au Bénin pour voir l’avancée de notre projet sur l’écotourisme, quand Maxime, notre contact sur place nous a fait rencontré un groupe de jeunes filles entre 6 et 15 ans. Elles avaient pu être scolarisées, mais souhaitaient nous parler de ce qui leur tenait vraiment à cœur. La danse. J’avoue que je n’étais pas emballée parce que la danse encore et toujours, comme sur des millions de vidéos sur les réseaux sociaux. Alors elles ont tenu à nous montrer. Au bout de 10 minutes elles sont revenues, avec des tutus déchirés, des chaussons de danse de fortune, mais tellement de détermination dans le regard. Et elles ont fait des échauffements ( pliés, pas de deux etc..) pour finalement nous faire 6 minutes magiques de danse classique. Tellement gracieuses, et ça m’a pris à contre sens . Alors bien sur que d’une, nous nous sommes mobilisé.es pour offrir des chaussons de danse, des justaucorps, des tutus, mais aussi une rénovation de la pièce pour en faire une salle de danse. Aujourd’hui l’école accueille toujours des élèves. Elles sont au nombre de 12.
Rapporteuses : Dans un contexte où les associations doivent constamment justifier leur impact, comment mesurez-vous concrètement les résultats de vos actions ?
A.B.M : Pour mesurer concrètement le résultat de nos actions nous utilisons trois outils simples, mais efficaces. Des indicateurs clairs comme le nombre de bénéficiaires touchés, le taux d’assiduité. Et surtout des questionnaires courts avant/après pour mesurer l’évolution réelle. Nous recueillons des témoignages bruts, de l’authenticité. Et leurs voix; leurs expressions, pour nous c’est l’indicateur terrain qui ne ment pas.
Nous effectuons un suivi dans la durée et une évaluation participative. Nos équipes en France font un point trimestriel. Et les membres du CA, font un point trimestriel et nous membres du bureau semestriel pour vérifier l’état d’avancement. Et surtout, pour être sure, que ceux sont bien les bénéficiaires qui évaluent eux-mêmes nos actions et qu’ils restent toujours au centre des actions ( mécénat de compétences, sanitaires etc..)
Anne-Bénédicte Malanda
Rapporteuses : Si vous pouviez convaincre un chef d’entreprise, un mécène ou un jeune bénévole de rejoindre Résous-Moi en une minute, quel serait votre message ?
A.B.M : “L’univers t’a créé pour une raison, alors va découvrir laquelle.”Nikita Gill”.
Plus d’infos :




il y a des événements qui marquent bien plus que les souvenirs : ils touchent le cœur.
Merci à Résous-Moi – Je suis le lien que je tisse de m’avoir offert l’opportunité de participer à cette magnifique journée, portée par des valeurs d’humanité, de solidarité, de partage et d’amour. J’y ai rencontré des personnes extraordinaires, des sourires sincères, des regards bienveillants et une énergie qui rappelle combien le lien entre les êtres est précieux.
Je suis profondément reconnaissante d’avoir pu apporter ma contribution à cet événement rempli de sens. Merci à toute l’équipe, aux bénévoles et à toutes les personnes présentes pour leur accueil, leur générosité et leur immense cœur.
Continuons à tisser des liens, à semer l’espoir et à faire grandir l’amour autour de nous. Ensemble, nous pouvons construire un monde plus humain.
Avec toute ma gratitude.
fatou.Ftycréation
J’ai lu et relu cet article et je dois dire que c’est des meilleurs et surtout plus recherchés faits sur l’association, ses buts et surtout son écosystème. Merci à la journaliste Mme Ranner de l’avoir mis en lumière. Un écosystème de relations, de liens qui sont au cours de notre manière de fonctionner. Il est essentiel que nos partenaires partagent notre compréhension approfondie des enjeux que nous souhaitons aborder, ainsi que notre motivation profonde à résoudre ces problèmes pour le plus grand nombre possible de personnes. Ce n’est que grâce à un effort collectif que nous pourrons créer une société dans laquelle l’accès de chacun aux biens de première nécessité est garanti. Bravo . Audrey Pejic
L’histoire des petites filles avec leurs tutus déchirés m’a retournée. C’est fou ce qu’un bout de tissu peut représenter comme espoir. “Le Lien que je tisse” porte vraiment bien son nom, on sent qu’ils recousent des vies autant que des vêtements. Merci à celle qui a posé ces questions, parce que sans ce genre d’interview, on ne saurait jamais que ces initiatives existent.
“L’univers t’a créé pour une raison, alors va découvrir laquelle.” Cette phrase m’a scotché. Elle résume tout : la mode comme réparation, pas comme consommation. Le “Lien que je tisse” a trouvé son pourquoi, c’est beau à voir. Et la personne qui a mené cet échange a su lui donner toute sa profondeur, sans tomber dans le pathos. Ça change des interviews superficielles qu’on voit partout.
J’étais au Solaris le 3 juillet, l’ambiance était ouf ! Vraiment aucun chichis, des gens de tous horizons mélangés. Sur le moment j’ai juste profité, mais en lisant cette interview quinze jours après, j’ai capté tout le sens de leur démarche. Ça m’a fait re-vivre la soirée d’une autre manière. Le Lien que je tisse, ils assurent grave.
“L’univers t’a créé pour une raison, alors va découvrir laquelle.” Cette phrase m’a scotché. Elle résume tout : la mode comme réparation, pas comme consommation. Le “Lien que je tisse” a trouvé son pourquoi, c’est beau à voir. Et la personne qui a mené cet échange a su lui donner toute sa profondeur, sans tomber dans le pathos. Ça change des interviews superficielles qu’on voit partout.
Quel bel article, Lise-Marie. Tu as su saisir ce qui est le plus difficile à transmettre. Au-delà des chiffres, des projets, des rapports annuels, tu as posé des mots sur l’intention.
Lorsque j’ai créé “Résous-Moi Je Suis Le Lien Que Je Tisse”, j’avais une évidence : que la mode, trop souvent réduite à son côté superficiel, pouvait être un levier de transformation sociale. Pas une fin en soi, un moyen. Un moyen de tisser des liens là où il n’y avait que des fractures.
Ce que tu racontes, ce n’est pas juste une association. C’est une façon de voir le monde. Une conviction que l’urgence climatique et l’urgence sociale sont les deux faces d’une même pièce. Qu’on ne peut pas soigner l’une sans soigner l’autre. Que la solidarité n’est pas un supplément d’âme, mais une nécessité.
Alors oui, lire ton article m’a profondément touchée. Non pas parce qu’il nous met en valeur – ce n’est pas ce qui m’importe – mais parce qu’il rend visible ce qui reste trop souvent invisible. Le travail patient des équipes sur le terrain, la rigueur des enquêtes, la transparence des comptes, l’humilité des rencontres.
Bien sûr, une soirée comme Fashion for Good a son importance. Elle fédère, elle attire les regards, elle crée des ponts. Mais le véritable travail – celui qui fait la différence – se construit chaque jour, loin des caméras. Dans des bureaux exigus, sur des routes cabossées, dans des lieux que personne ne verra jamais.
Lise-Marie, merci d’avoir posé les bonnes questions et d’avoir offert un regard à la fois exigeant et bienveillant sur cette aventure. Merci d’avoir mis en lumière celles et ceux qui, dans l’ombre, font vivre cette vision au quotidien. Les bénévoles, les donateurs, les partenaires, les équipes… sans eux, cette aventure ne serait rien.
Merci à toi et à ton journal Les Rapporteuses de porter des récits qui donnent du sens. Parce que pour que le monde change, il faut d’abord qu’on le raconte autrement.
Namaste
💜
Angénic AGNERO
Social et écologique ne font qu’un. C’est rafraîchissant de voir une association qui ne sépare pas les deux comme on le fait trop souvent. Leur approche globale est ce qui manque à plein de structures. J’ai envie d’aller les rencontrer, de voir leur travail sur le terrain. Si d’autres ont des infos sur leurs actions, je suis preneur.