Les Etats-Unis font face à une épidémie de rougeole « hors de contrôle ». La baisse de la couverture vaccinale est la principale cause de cette crise. © Istock

Les États-Unis replongent dans la rougeole : comment le pays a perdu son bouclier vaccinal

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Plus de 2 300 cas recensés en seulement sept mois, un niveau jamais atteint depuis plus de trente ans. Les États-Unis, qui avaient officiellement éliminé la rougeole en 2000, sont aujourd’hui au bord de perdre ce statut. Derrière cette résurgence spectaculaire se cache une baisse continue de la vaccination, nourrie par la désinformation, la défiance envers les autorités sanitaires et l’affaiblissement des politiques de santé publique. Une crise évitable, mais dont les conséquences pourraient dépasser les frontières américaines.

Une maladie que l’on croyait appartenir au passé

Pendant des décennies, la rougeole était devenue un souvenir dans la plupart des pays occidentaux. Grâce au vaccin ROR (rougeole-oreillons-rubéole), les États-Unis avaient même obtenu en 2000 le statut officiel d’élimination de la maladie, signifiant que le virus ne circulait plus de façon continue sur leur territoire. Vingt-six ans plus tard, ce succès est en train de voler en éclats.

Selon les Centers for Disease Control and Prevention (CDC), 2 318 cas confirmés avaient déjà été recensés à la fin du mois de juillet 2026 dans 45 États et le District de Columbia, soit davantage que durant toute l’année 2025. Il s’agit du plus lourd bilan enregistré depuis 1991.

L’épidémie n’est plus limitée à quelques foyers isolés. Des flambées importantes touchent notamment la Caroline du Sud, l’Utah, l’Arizona, le Texas, la Virginie, la Floride ou encore la Pennsylvanie, illustrant une diffusion désormais nationale.

Une couverture vaccinale passée sous le seuil critique

La rougeole est l’une des maladies les plus contagieuses au monde : une personne infectée peut en contaminer jusqu’à une quinzaine dans une population non protégée. Pour empêcher sa circulation, les épidémiologistes estiment qu’environ 95 % de la population doit être vaccinée avec deux doses du vaccin ROR.

Or les États-Unis sont progressivement passés sous ce seuil. La couverture vaccinale des enfants entrant à l’école maternelle est passée de 95,2 % en 2019-2020 à 92,5 % en 2024-2025, avec 16 États désormais sous la barre des 90 %. Cette baisse suffit à créer des “poches” de population vulnérables dans lesquelles le virus peut circuler rapidement.

Les chiffres du CDC sont éloquents : plus de 90 % des personnes contaminées en 2026 n’étaient pas vaccinées ou avaient un statut vaccinal inconnu.

Désinformation, défiance et affaiblissement des institutions

Cette baisse de la vaccination ne relève pas d’un simple hasard statistique.

Depuis plusieurs années, les autorités sanitaires américaines constatent une progression de la défiance envers les vaccins, alimentée par les réseaux sociaux, des campagnes de désinformation et des discours contestant leur innocuité malgré l’absence de preuves scientifiques.

Cette crise de confiance s’est accentuée après la pandémie de Covid-19, période durant laquelle les campagnes vaccinales pédiatriques ont également pris du retard.

Plusieurs experts américains estiment que l’environnement politique actuel complique encore la réponse sanitaire. Les prises de position du secrétaire américain à la Santé Robert F. Kennedy Jr., connu pour ses critiques répétées des vaccins avant son arrivée au gouvernement, ont été vivement dénoncées par de nombreuses sociétés savantes qui craignent qu’elles ne fragilisent davantage la confiance du public.

Les enfants paient le prix fort

La rougeole n’est pas une maladie bénigne. Près de 70 % des cas concernent des enfants et des adolescents de moins de 20 ans, tandis qu’environ 10 % des enfants de moins de cinq ans infectés ont dû être hospitalisés cette année. La maladie débute généralement par une forte fièvre, une toux, un écoulement nasal et une conjonctivite avant l’apparition de l’éruption cutanée caractéristique.

Mais les complications peuvent être graves : pneumonies ; encéphalites (inflammation du cerveau) ; atteintes neurologiques permanentes ; cécité dans certains cas ; et plus grave encore, décès chez les personnes les plus fragiles.

Le virus peut également rester en suspension dans l’air pendant près de deux heures, ce qui explique sa capacité exceptionnelle à provoquer des flambées épidémiques.

Un risque qui dépasse les frontières américaines

Cette recrudescence inquiète aussi au niveau international. Les CDC rappellent que la rougeole circule actuellement dans plusieurs régions du monde et que les voyageurs peuvent importer le virus dans des communautés insuffisamment vaccinées. C’est précisément ce mécanisme qui entretient aujourd’hui plusieurs chaînes de transmission aux États-Unis.

Si la circulation du virus se poursuit pendant douze mois de manière ininterrompue, les États-Unis pourraient perdre leur statut de pays ayant éliminé la rougeole, une reconnaissance obtenue il y a vingt-six ans après des décennies d’efforts de vaccination.

Comment enrayer l’épidémie ?

Pour les spécialistes, il n’existe pas de traitement antiviral spécifique contre la rougeole. La prévention reste donc l’arme la plus efficace. Les autorités sanitaires recommandent plusieurs mesures prioritaires : restaurer une couverture vaccinale supérieure à 95 % avec deux doses du vaccin ROR ; organiser des campagnes de vaccination ciblées dans les zones où la couverture est insuffisante ; renforcer la surveillance épidémiologique afin de détecter rapidement les nouveaux foyers ; isoler rapidement les personnes infectées pour limiter la transmission ; et enfin lutter contre la désinformation en diffusant des informations scientifiques accessibles et validées.

Pour les cas les plus sévères, les soins reposent essentiellement sur une prise en charge hospitalière et, chez certains enfants, l’administration de vitamine A afin de diminuer le risque de complications, conformément aux recommandations médicales.

Une crise qui interroge bien au-delà de la rougeole

La flambée actuelle rappelle une réalité souvent oubliée : les vaccins ne font pas disparaître définitivement les maladies ; ils empêchent leur circulation tant que la couverture vaccinale demeure élevée. En laissant s’éroder cette protection collective, les États-Unis redécouvrent aujourd’hui les conséquences d’une maladie que plusieurs générations de médecins n’avaient quasiment plus rencontrée. Pour les épidémiologistes, cette épidémie constitue plus un avertissement qu’un accident : lorsque la confiance dans la vaccination recule, ce sont des décennies de progrès en santé publique qui peuvent être remises en cause en quelques années.

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Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux coulisses des affaires, de la culture aux nouvelles tendances, elles parcourent la ville et le monde pour capter les histoires, les personnages et les mouvements qui font l’actualité. Toujours sur le terrain, elles mêlent rigueur journalistique et sens du récit, pour offrir aux lecteurs des portraits, enquêtes et chroniques à la fois informatifs et captivants.
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