À l’occasion de la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail du 28 avril, une étude de LiveCareer met en lumière un angle mort persistant du monde professionnel : la ménopause. Symptômes invisibles, injonction au silence, impact direct sur la performance et les trajectoires de carrière… Derrière les chiffres, des femmes racontent une réalité encore largement tue, jusqu’aux stars qui prennent la parole sans tabou.
« On fait comme si de rien n’était »
Dans l’open space, personne ne voit rien. Ou plutôt, tout le monde fait semblant de ne pas voir. « Les bouffées de chaleur, ça peut arriver en pleine réunion. Tu perds le fil, tu transpires, tu te sens ridicule. Alors tu souris et tu continues », raconte Claire, 48 ans, cadre dans la communication. Comme elle, près de 7 femmes sur 10 déclarent que les symptômes de la ménopause perturbent significativement leur travail.
Mais au-delà des troubles physiques, une autre contrainte est celle du silence. 97 % des femmes disent ressentir la pression de cacher ce qu’elles traversent.

« Ne pas se laisser effacer »
Ce silence, certaines figures publiques commencent à le briser, frontalement. À bientôt 60 ans, Halle Berry refuse l’invisibilisation. Dans une interview à Culte, elle confie : « à un certain âge, on se sent marginalisée, dévalorisée. On le ressent au travail. On le ressent dans la société », explique Berry. « Mais j’ai pris la ferme décision de ne pas me laisser effacer. C’est pourquoi je me suis lancée dans ma “mission ménopause ».
« Je vais me faire entendre plus que jamais. Cette mission implique notamment de raconter davantage d’histoires à l’écran, y compris des comédies, sur des femmes d’âge mûr, tout en s’auto-dérisionnant. « Quand on vieillit, on arrête d’être jugée comme un morceau de viande », conclut-elle.
L’actrice oscarisée ne se contente pas de témoigner, elle politise le sujet. Elle milite pour une meilleure prise en charge médicale et appelle à sortir la ménopause du tabou. Lors d’une émission, elle lançait même : « Je suis ménopausée, ok ? », appelant à « retirer la honte » associée à cette étape de vie.
Ce discours résonne fortement avec les résultats de l’étude LiveCareer : ce qui est vécu individuellement est en réalité profondément systémique.
Une question de pouvoir… et de timing
Le paradoxe est cruel. 91 % des femmes ressentent les premiers symptômes avant 50 ans, au moment précis où beaucoup accèdent à des postes de direction. « J’étais enfin directrice. Et soudain, je doutais de moi pour des choses que je maîtrisais parfaitement », confie Nadia, 51 ans, dans le secteur bancaire. « Le brouillard mental, les trous de mémoire… ça te fragilise. » Résultat : près d’un tiers des femmes (31 %) envisagent de lever le pied, voire de changer d’emploi. Une hémorragie silencieuse de talents expérimentés.
Dans un contexte où les entreprises affichent des ambitions en matière de leadership féminin, la ménopause agit comme un angle mort structurel. La société célèbre l’ascension des femmes… sans prendre en compte ce qu’elles traversent au sommet.
Même constat chez certaines personnalités françaises, qui commencent, timidement à lever le voile. L’actrice Juliette Binoche a évoqué à plusieurs reprises le rapport au vieillissement et à la transformation du corps, en dénonçant une industrie du cinéma obsédée par la jeunesse. De son côté, Josiane Balasko parle sans détour du vieillissement féminin et de la disparition progressive des rôles pour les femmes après 50 ans, une invisibilisation qui recoupe directement les enjeux liés à la ménopause.
Dans un autre registre, Line Renaud a souvent insisté sur la nécessité de parler du corps féminin sans honte, contribuant à ouvrir un espace de parole intergénérationnel.
Le poids du non-dit
Pourquoi ce silence massif ? 61 % des femmes évoquent une culture d’entreprise qui n’encourage pas ces discussions. 61 % craignent d’être jugées, et 33 % estiment que le sujet n’a pas sa place au travail.
« J’ai déjà vu comment étaient traitées les femmes jugées fragiles », explique Sophie, 46 ans. « Hors de question d’ajouter ça à mon dossier. »
Même à Hollywood, où la parole se libère davantage, Halle Berry décrit une mise à l’écart progressive des femmes vieillissantes, jugées moins visibles, moins désirables, et donc moins employables. Un écho direct au monde de l’entreprise.
Quand la culture commence à s’en emparer
Longtemps absente des récits, la ménopause commence à émerger dans la culture contemporaine, mais encore timidement. Dans l’essai The Menopause Manifesto, la médecin Jen Gunter démonte les tabous médicaux et sociaux autour de cette période. Un travail salué pour sa capacité à politiser un sujet longtemps relégué à l’intime. Sur scène, Menopause The Musical adopte une approche plus légère, transformant les symptômes en ressort comique. Mais derrière l’humour, une même réalité reste celle d’une expérience collective encore marginalisée.
Dans le cinéma et la littérature, le sujet reste rare, souvent traité en creux, comme une étape secondaire de la vie des femmes. Mais quelques films tirent leur épingle du jeu. Dans Aurore, par exemple, la ménopause s’invite au cœur du récit à travers une héroïne d’une cinquantaine d’années, confrontée à des bouffées de chaleur aussi soudaines qu’incontrôlables. Entre la réapparition d’un ancien amour, une recherche d’emploi après une démission et l’annonce imminente de sa future maternité… en tant que grand-mère, le personnage navigue à vue dans une existence en pleine recomposition.
Si le film adopte une apparente légèreté dans son écriture et sa mise en scène, il trouve pourtant une justesse rare dans la manière de capter les bouleversements intimes de cette femme à l’aube d’un nouveau chapitre de vie. Porté par une distribution particulièrement bien choisie, le long-métrage doit beaucoup à l’interprétation d’Agnès Jaoui, à la fois solaire et d’une sincérité désarmante, qui donne à son personnage une profondeur et une humanité saisissantes.
Repenser le travail, concrètement
L’étude de LiveCareer ne se contente pas de dresser un constat. Elle pointe un besoin urgent : structurer un véritable accompagnement en entreprise.
Cela passe par : une reconnaissance explicite du sujet, des politiques RH adaptées (flexibilité, aménagements), une formation des managers et surtout, une transformation culturelle.
« Ce qu’on attend, ce n’est pas de la compassion, c’est de la compréhension », résume Nadia. « Et qu’on arrête de faire comme si ça n’existait pas, et surtout de la compréhension », résume Nadia.
Sortir de l’invisibilité
La ménopause n’est ni une faiblesse ni une parenthèse. C’est une réalité biologique qui traverse une large partie de la population active, souvent au moment où elle est la plus expérimentée.
En refusant de se taire, des femmes, anonymes comme célèbres, déplacent la frontière entre intime et politique. Comme le dit si bien Halle Berry, il ne s’agit plus simplement de traverser cette étape, mais de ne plus disparaître avec elle.
Plus d’info :
Le rapport complet est disponible ici : https://www.livecareer.fr/conseils-de-carriere/menopause-au-travail



