C’est un pan entier de l’écran français qui s’éteint. Le 18 août 2024, dans son domaine de Douchy, Alain Delon a tiré sa révérence à 88 ans. Plus qu’un acteur, un mythe. Plus qu’une gueule, une icône. Figure de proue du cinéma hexagonal des sixties et seventies, il a imposé au monde un profil de médaille, des yeux d’acier et un art de hanter la pellicule comme d’autres hantent les rêves.
Fils de Sceaux né en 1935, il déboule sur les plateaux à la fin des années 50. Plein Soleil (1960), Clément à la caméra, Tom Ripley à l’écran, et le gamin devient star mondiale. Regard de squale, beauté froide, ambiguïté à fleur de peau. Le public est accro. La critique, fascinée. Et Delon, déjà, sait qu’il ne jouera jamais les gentils.
Suivront L’Éclipse d’Antonioni, Le Samouraï de Melville, Le Guépard et Rocco et ses frères de Visconti. Antihéros, tueurs mutiques, hommes cassés ou cyniques : il capte l’âme trouble de son époque. Dualité magnétique, vulnérable et impitoyable, qui collera à son nom comme un parfum de scandale.
L’homme qui ne s’excusait pas

Delon, c’était aussi l’autre film : celui de la vie publique. Droite assumée, convictions plantées comme des baïonnettes, amitiés pas toujours fréquentables. Dans les années 90, il s’affiche proche de Jean-Marie Le Pen, défend la peine de mort face à Anne Sinclair, déplore une France qu’il juge en déclin. Déclarations sur l’immigration, la famille, l’ordre : de quoi alimenter des décennies de polémiques. Mais Delon ne transige pas. « Mieux vaut déplaire qu’être faux », lançait-il, sourire carnassier aux lèvres.
La dernière scène

Dans ses dernières années, il se mêle au débat sur l’euthanasie. Sujet intime, convictions intactes. Entre les souvenirs des tournages et le crépitement des flashs, il restera ce mélange unique de star system et de fierté cabossée.
Le rideau est tombé. Reste l’ombre, immense, du dernier monstre sacré du cinéma français.