L’actrice espagnole Rossy de Palma est l’artiste associée de l’édition 2026 du festival toulousain Le Nouveau Printemps. © Outumuro Estudio

Rossy de Palma, figure de la Movida, invitée à infuser Le Nouveau Printemps de Toulouse

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L’actrice espagnole est l’artiste associée de l’édition 2026 du festival toulousain Le Nouveau Printemps. Succédant à Kiddy Smile, elle a conçu une programmation transdisciplinaire mêlant arts visuels, danse, cinéma et performance, qui se déploiera du 29 mai au 28 juin dans les quartiers Marengo, Bonnefoy et Jolimont.

L’an dernier, c’était Kiddy Smile qui donnait le ton : dancefloor queer, utopies collectives, corps en résistance. Cette année, le DJ, performeur et activiste passe le relais à Rossy de Palma, autre figure libre, autre corps dissident, autre voix radicale, mais depuis un autre territoire, celui de la Movida madrilène, du cinéma d’auteur et de l’art visuel. Deux langues, un même combat, l’art comme espace de liberté.

 1 Safouane Ben Slama, série. 4 saisons, réalisée dans le cadre de la commande photographique du Grand Paris du Cnap et des ateliers Médicis, réalisée entre 2022 et 2025. 2 Pauline Touchais Leriche, Transformer le silence. 3 Manuel Outumuro, Rossy de Palma. 4 Paloma de La Cruz, Dance for the Bat Who Wanted to Be a Fan. 5 Inka Romani, Fandango Reloaded © Miki Garofalo le week-end d’ouverture 6 Anne Deguelle, Roses to Rosy, Atelier Blanc

Une passation pop et politique

Le Nouveau Printemps 2026 se déploiera du 29 mai au 28 juin 2026 dans les quartiers Marengo, Bonnefoy et Jolimont, autour de la gare Matabiau, zone de transit, de mutation urbaine et de mémoire ouvrière. Là, dans ces faubourgs en transformation, le festival inscrit l’art dans le tissu social : ateliers d’artistes, espaces publics, médiathèque, observatoire, centres culturels, friches et boutiques deviennent des lieux d’exposition et de performance. Chaque année, le festival fonctionne comme un laboratoire urbain, une enquête poétique sur ce que peut une ville quand l’art s’y infiltre.

Créé en 1991, sa singularité tient à un principe curatorial : chaque édition est confiée à un artiste associé, chargé de proposer une vision, de convier d’autres créateurs et de concevoir un parcours dans un quartier de Toulouse.

Mardi 10 février, à la Fondation Cartier, la présentation presse donnait déjà le ton : Rossy de Palma, silhouette toute de noir vêtue, parlait un français impeccable, déroulant un récit d’amour pour Toulouse, tandis que l’auditorium, saturé de rouge, semblait rejouer les couleurs de l’Espagne. Dans la salle, Kiddy Smile, témoin de la transmission, écoutait celle qui, pour un printemps, devient la curatrice affective de la ville rose.Une passation pop et politique

Rossy de Palma, une trajectoire hors norme

Rossy de Palma n’est pas qu’une actrice. Elle construit une carrière transversale, naviguant entre cinéma, mode et art contemporain. Avec plus de quarante films à son actif, l’artiste ibérique a traverser les genres, du cinéma d’auteur au film populaire, tout en incarnant une féminité décentrée, baroque, radicale. Car Rossy de Palma c’est aussi un geste esthétique, une présence conceptuelle, une figure de l’altérité à elle seule, devenue une habituée des grands festivals, de Cannes à Berlin. Née en 1964 à Palma de Majorque, elle a su s’imposée dans les années 1980 comme l’un des visages de la Movida, ce mouvement culturel qui a accompagné la transition démocratique espagnole après le franquisme, et sa rencontre avec Pedro Almodóvar, qui la dirige notamment dans Femmes au bord de la crise de nerfs (1988), Talons aiguilles (1991), La fleur de mon secret (1995) et Tout sur ma mère (1999), a largement contribué à son succès.

Muse de Jean Paul Gaultier, photographiée par les maîtres de l’image, elle a fait de son visage atypique une œuvre en soi, dialoguant avec le surréalisme, le cubisme, le dadaïsme. Nommée Chevalier puis Officier des Arts et des Lettres, ambassadrice de bonne volonté de l’UNESCO, elle revendique une vision inclusive et engagée de la création, croisant mode, cinéma, photographie et art contemporain. Une trajectoire, à la fois alternative et institutionnalisée, qui constitue le socle symbolique sur lequel repose son invitation à Toulouse.

Pourquoi elle, pourquoi eux : une constellation affective

Pour cette édition 2026, Rossy de Palma n’a pas choisi des artistes au hasard. Elle a convoqué des compagnons de route et des affinités électives. Plus de quarante artistes sont invités, entre figures internationales et scènes locales, dans une programmation transdisciplinaire : Pilar Albarracín, Ernesto Artillo, Dalila Dalléas Bouzar, Manuel Outumuro, Gala Hernández López, Ángel Pantoja, Caroline Monnet, Paul Maheke, Smail Kanouté, La Chachi, Inka Romani, Maui, Ahmed Umar, entre autres.

Un choix qui raconte quelque chose, un dialogue entre l’Espagne et la France, le féminisme, la mémoire, la diaspora, l’identité, la performance et la politique du corps. Albarracín, par exemple, explore les traditions andalouses pour mieux en révéler les tensions sociales ; Dalléas Bouzar interroge l’histoire coloniale et les récits invisibilisés ; Outumuro photographie les actrices comme des figures mythologiques ; Maheke travaille la danse comme un langage queer et cosmique.

Leur sélection répond à une logique d’affinités esthétiques et politiques. Plusieurs interrogent les questions de diaspora, de genre, de mémoire coloniale ou de traditions performatives. Le projet s’inscrit ainsi dans les orientations contemporaines de l’art institutionnel, où les enjeux sociopolitiques sont devenus des axes curatoriaux centraux.

Trois expositions collectives structurent le parcours : « Diaspora Wonderland », « Entre les deux, des chemins » et « Danses interdites ». Curatées notamment par Lotfi Aoulad, Meriem Berrada et Manuel Pomar, elles explorent les circulations culturelles, les corps politiques et les récits migratoires.

Le week-end d’ouverture sera marqué par des performances et interventions publiques de Pilar Albarracín, Ernesto Artillo, Dalila Dalléas Bouzar et Rossy de Palma, ainsi que par des performances chorégraphiques d’Inka Romani, La Chachi et Maui. D’autres artistes, tels qu’Ahmed Umar, interviendront dans des formats hybrides mêlant installation, rituel et activation performative.

Le Nouveau Printemps 2026 se présente ainsi comme une plateforme où se croisent récit personnel, politique curatoriale et stratégie territoriale. Un festival qui, à travers la figure de Rossy de Palma, continue de questionner la place de l’art dans la ville et dans l’espace public contemporain.


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Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux coulisses des affaires, de la culture aux nouvelles tendances, elles parcourent la ville et le monde pour capter les histoires, les personnages et les mouvements qui font l’actualité. Toujours sur le terrain, elles mêlent rigueur journalistique et sens du récit, pour offrir aux lecteurs des portraits, enquêtes et chroniques à la fois informatifs et captivants.
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