Dans la nuit du 12 février 2026, à Lyon, Quentin Deranque, un étudiant de 23 ans militant identitaire nationaliste d’extrême droite, proche des mouvements néofascistes, trouve la mort à l’issue d’une violente confrontation avec des militants antifascistes dans le centre-ville. Tombé au sol après une rixe, il succombe à ses blessures deux jours plus tard, dans un contexte d’affrontements sanglants déjà anciens entre groupes radicalisés à l’échelle locale.
On croirait le synopsis d’un thriller mal ficelé ; pourtant, la mort de Quentin relève d’une réalité brutale, que le cinéma s’empare aujourd’hui de transposer dans une fiction qui sort en salle cette semaine, et c’est dans ce contexte tragique que s’inscrit Tenir debout, thriller social en salle le 25 février 2026.
Rappel des faits
Suite au décès de Quentin Deranque, les enquêteurs ont ouvert une information judiciaire pour « homicide volontaire », et plusieurs suspects sont mis en examen. Le procureur de Lyon retient une bagarre entre groupes antagonistes qui s’est transformée en lynchage, sans qu’un guet-apens prémédité ne soit pour l’heure établi, malgré les affirmations de certains militants.
Cet événement tragique prend place dans une ville marquée par une présence persistante de groupuscules identitaires et néonazis, régulièrement impliqués dans des violences politiques, autant que par des collectifs antifascistes prompts à répondre à chaque provocation par des actions directes.
La mort de Quentin Deranque a rapidement été instrumentalisée politiquement : une marche en son hommage, rassemblant plusieurs milliers de personnes, dont des figures de l’extrême droite, a eu lieu dans les rues de Lyon sous haute tension, ponctuée de slogans racistes et antisémites.
Sur l’échiquier politique national, cette affaire secoue le débat : certains responsables de droite comme de gauche, ont appelé à une riposte antifasciste accrue, pointant du doigt le rôle de La France Insoumise.
À mesure que l’affaire Quentin Deranque continue d’alimenter le débat public, surtout à l’approche des municipales de mars prochain, une autre scène, plus feutrée mais tout aussi politique, se joue discrètement dans les salles obscures. Tenir debout, qui pourtant n’est pas un objet isolé. Il s’inscrit dans une constellation d’œuvres européennes et américaines qui, depuis une quinzaine d’années, interrogent la fabrique des radicalités, les spirales de haine et les fractures idéologiques qui travaillent les sociétés contemporaines. Le cinéma, ici, ne tranche pas. Il expose.
Tenir debout : un thriller sur la vengeance au cœur de l’extrémisme
Tenir debout à ne pas confondre avec le roman du même titre de Mélissa Da Costa, est un film lituanien réalisé par Romas Zabarauskas, militant LGBT, réalisateur, metteur en scène et producteur lituanien, en salles ce 25 février 2026, qui a immédiatement attiré notre attention par son sujet brûlant et politiquement chargé : un jeune homme entre au cœur d’un groupe néo-nazi pour retrouver l’assassin de son compagnon militant LGBT+.
Au centre de ce récit se trouve Andrius, un personnage d’une vingtaine d’années, dont la vie bascule lorsqu’il découvre que Deividas, son petit ami engagé dans l’organisation de la première Pride de Kaunas (Lituanie), a été assassiné. Face à l’indifférence institutionnelle et sociale qui entoure la mort de Deividas, Andrius choisit d’infiltrer un milieu qu’il méprise : l’ultradroite. Pour démasquer le meurtrier, Andrius doit s’immerger dans un milieu idéologiquement hostile, et confronter ainsi sa propre identité à celle de ceux qui ont façonné l’environnement meurtrier de Deividas.
Entre réalité et fiction : réflexions croisées
Le parallèle entre la réalité tragique de la mort de Quentin Deranque et la fiction de Tenir debout n’est pas strictement parallèle, mais il souligne des points de convergence troublants. En premier lieu, la montée des violences extrémistes, qu’elles soient d’extrême droite ou d’extrême gauche, marque de nombreuses régions urbaines européennes, et suscite une réflexion urgente sur la recherche de sens, de sécurité et de justice. L’indifférence institutionnelle, souvent critiquée dans les débats publics comme dans le film, révèle une frustration sociale profonde face à la gestion de ces phénomènes. La réponse individuelle à la violence, qu’elle soit légitime ou condamnable, finit par prendre une place centrale dans la narration cinématographique comme dans les discours politiques actuels.
Et enfin si le tragique événement lyonnais a déjà commencé à redessiner la carte politique française et européenne, les œuvres comme Tenir debout permettent au public de s’interroger sur une question plus large : à quel point la fiction reflète-t-elle la réalité, et jusqu’où la fiction peut-elle éclairer cette dernière ?
Parce que film ne se contente pas seulement d’offrir un spectacle de vengeance, c’est aussi une mise en miroir de nos angoisses collectives, de nos hésitations institutionnelles et de notre difficulté à forger des réponses à ces violences profondément enracinées.
L’infiltration comme vertige moral
Dans Tenir debout, l’infiltration du groupe néonazi par Andrius, est une mécanique narrative qui rappelle laussi le dispositif de American History X, réalisé par Tony Kaye, où l’on suivait, à l’inverse, le parcours d’un jeune suprémaciste blanc pris dans la spirale de la violence raciale. Mais là où American History X proposait une rédemption tardive, Tenir debout s’intéresse à la contamination progressive : comment rester soi-même lorsque l’on feint d’adhérer à une idéologie mortifère ?
Le film dialogue également, en creux, avec Green Room de Jeremy Saulnier, où un groupe de musiciens punk se retrouvait piégé dans un bar néonazi. Dans ces deux œuvres, la violence n’est pas théorique, elle est organique, physique, imminente. Elle surgit comme un climat.
Or c’est précisément ce climat que l’actualité lyonnaise a brutalement rappelé. La mort de Quentin Deranque, jeune militant d’ultradroite tué à l’issue d’une rixe avec des antifascistes, n’est pas une fiction. Elle témoigne d’un affrontement devenu structurel entre groupes antagonistes.
Violence politique et mémoire LGBT+
Ce qui singularise toutefois, Tenir debout, c’est son ancrage dans la mémoire des violences homophobes. Le meurtre de Deividas, militant engagé dans l’organisation d’une Pride à Kaunas, fait écho à une histoire européenne où les droits LGBT+ ont progressé au prix de confrontations parfois brutales.
À cet égard, le film se situe davantage dans la lignée de 120 battements par minute de Robin Campillo. Mais là où 120 BPM racontait la lutte d’Act Up contre l’indifférence face au sida, Tenir debout explore une autre forme d’indifférence : celle qui entoure encore les agressions homophobes dans certains contextes nationaux.
Et contrairement à l’énergie collective d’Act Up, Andrius agit seul. Sa quête de justice est solitaire, presque clandestine. Le film suggère ainsi un déplacement : d’une lutte collective vers une vengeance intime. Cette évolution dit quelque chose de notre époque, où l’engagement passe parfois par des gestes individuels, au risque de la dérive.
Quand la fiction éclaire le réel
Le cinéma n’a pas vocation à juger l’actualité. Mais il en révèle les tensions souterraines. En regardant Tenir debout à l’aune de la mort de Quentin Deranque, une question s’impose : que produit une société où les radicalités se répondent, où chaque camp érige ses martyrs, où la violence devient langage ?
Le film ne propose pas de solution. Il montre le prix psychologique de l’infiltration, la fragilité d’une identité exposée à la haine, la tentation de répondre coup pour coup. Il suggère surtout que la frontière entre justice et vengeance est poreuse. Tenir debout appartient à un cinéma politique contemporain qui ne cherche plus à démontrer mais à inquiéter. Il ne distribue pas les bons et les mauvais points ; il met le spectateur face à une zone grise.
Et c’est peut-être là que réside sa force : rappeler que derrière les slogans, derrière les affrontements de rue et les récupérations partisanes, il y a des trajectoires individuelles brisées, qu’elles soient celles d’un militant LGBT+ fictif ou d’un jeune homme engagé dans l’ultradroite bien réel.
Le cinéma, lui, continue d’explorer ces fractures. Non pour les résoudre, mais pour empêcher qu’elles ne deviennent invisibles.



