Entre novembre 2021 et mai 2023, la garde-robe de la chanteuse Amy Winehouse a été dispersée lors de ventes aux enchères très médiatisées à Los Angeles. Derrière ces pièces iconiques, un conflit familial et judiciaire a opposé son père, Mitch Winehouse, à deux proches de l’artiste. La justice londonienne a finalement tranché ce lundi 20 avril.
Une vente aux enchères mondiale et lucrative
Organisées notamment par la maison Julien’s Auctions à Los Angeles, plusieurs ventes se tiennent à partir de novembre 2021, et mettent en circulation des centaines d’objets personnels de la chanteuse disparue en juillet 2011. Robes de scène, accessoires, souvenirs intimes, près de 150 pièces sont vendues par deux proches d’Amy Winehouse, sa styliste Naomi Parry et son amie Catriona Gourlay.
Parmi les lots mis aux enchères figuraient un sac noir Armani, plusieurs robes portées par Amy Winehouse lors de sa dernière tournée en juin 2011, ainsi que des boucles d’oreilles. Autant de pièces que, selon la défense, la chanteuse aurait données ou prêtées à ses deux amies, sans qu’aucune preuve formelle de ces dons ne puisse être produite. Dans les lots les plus emblématiques figure la robe portée lors du dernier concert de la chanteuse en juin 2011, adjugée plus de 243 000 dollars. Au total, ces ventes aux enchères rapportent plus d’un million de dollars, avec environ 30 % des recettes reversées à la fondation créée en mémoire de l’artiste.
Mitch Winehouse conteste : une bataille autour de l’héritage
Mitch Winehouse avait engagé une action en justice contre Naomi Parry, ancienne styliste de l’artiste, et son amie Catriona Gourlay, les accusant d’avoir vendu aux enchères, entre novembre 2021 et mai 2023, près de 150 objets ayant appartenu à Amy Winehouse. Administrateur de la succession de sa fille, Mitch Winehouse estime que ces objets faisaient partie de l’héritage familial. Dès 2025, il engage une procédure devant la Haute Cour de Londres, réclamant plus de 700 000 livres sterling aux deux femmes. Il les accuse d’avoir vendu ces biens sans autorisation et d’avoir dissimulé les transactions. Selon lui, les quelque 840 000 euros récoltés auraient dû lui revenir, un tiers des recettes étant destiné à la Fondation Amy Winehouse, créée pour venir en aide aux jeunes.
En face, Naomi Parry et Catriona Gourlay défendent une tout autre version : les objets auraient été offerts par Amy Winehouse elle-même, connue pour sa générosité envers ses proches.
Dans sa plaidoirie, l’avocate de Naomi Parry, Beth Grossman, a de son côté insisté sur le déséquilibre de situation financière entre les deux femmes et Mitch Winehouse, lequel a reconnu être multimillionnaire grâce à l’héritage de sa fille. La Haute Cour de Londres lui a finalement donné tort dans une décision rendue lundi 20 avril.
Avril 2026 : la justice tranche en faveur des amies
Le 20 avril 2026, la Haute Cour de Londres rejette les demandes de Mitch Winehouse. La juge adjointe Sarah Clarke estime qu’aucune dissimulation délibérée n’a été prouvée et que les deux femmes pouvaient légitimement disposer des objets.
« Je considère que ni Mme Parry ni Mme Gourlay n’ont délibérément caché au demandeur les objets en litige », a estimé la juge adjointe Sarah Clarke dans ses conclusions. « Même si je me trompais à ce sujet, M. Winehouse aurait pu (les) découvrir en faisant preuve d’une diligence raisonnable », a-t-elle ajouté. Lors du procès, qui s’est tenu fin janvier, l’avocat de Mitch Winehouse, Henry Legge, soutenait que son client avait bien été informé de la vente, mais seulement comme portant sur « quelques petites choses », une présentation jugée « grossièrement trompeuse ». De son côté, le père de la chanteuse estimait que les deux femmes avaient simplement « profité » de la situation.
Le jugement souligne également que le père de la chanteuse aurait pu identifier ces biens avec « une diligence raisonnable » et critique la solidité de son témoignage. Surtout, la cour retient l’idée que la chanteuse avait effectivement l’habitude de donner ses effets personnels à ses proches, validant ainsi la défense des deux femmes.
Une décision qui fera jurisprudence
Cette décision met enfin un terme à plusieurs années de tensions autour de l’héritage matériel de la chanteuse, et blanchit Naomi Parry et Catriona Gourlay, dont la réputation avait été entachée par l’affaire. Dans un communiqué transmis lundi par ses avocats, Naomi Parry s’est félicitée d’une décision de justice qui « rétablit la vérité ». « J’étais aux côtés d’Amy Winehouse en tant qu’amie, partenaire créative et costumière. Ce que nous partagions reposait sur la confiance, la loyauté et un véritable amour du travail », a-t-elle déclaré. Pour Mitch Winehouse, en revanche, c’est un revers judiciaire et symbolique : il ne récupère aucune des sommes issues des ventes et voit son interprétation de la succession désavouée.
Figure majeure de la soul contemporaine et cible régulière des tabloïds, Amy Winehouse entretenait une relation étroite avec son père, Mitch Winehouse, qu’elle avait encouragé à relancer sa carrière de chanteur de jazz, abandonnée dans les années 1980, afin de subvenir aux besoins de la famille. Repérée très jeune et signée par une maison de disques avant même ses 20 ans, l’artiste a longtemps lutté contre des addictions à la drogue et à l’alcool. Elle est décédée en 2011, à l’âge de 27 ans, des suites d’une ingestion massive d’alcool.
Au-delà des montants en jeu, l’affaire révèle surtout une question à la fois juridique et affective : à qui appartient la mémoire d’une artiste disparue ? Entre héritage familial et liens affectifs, la justice britannique a choisi elle de reconnaître la valeur des relations personnelles nouées du vivant d’Amy Winehouse.



