Le 16 avril 2026, le PDG de Kering, Luca de Meo, a confirmé un nouveau partenariat avec Google pour développer des lunettes connectées signées Gucci. © Compte Instagram de Gucci

Google x Gucci : les lunettes connectées entrent dans l’ère du luxe

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Annoncées pour 2027, les futures lunettes connectées développées par Google et siglées Gucci marquent un tournant stratégique dans l’histoire des wearables. À la croisée de la mode, de l’intelligence artificielle et de la réalité augmentée, elles ambitionnent de réconcilier technologie et désir. Retour sur une décennie d’expérimentations, entre promesses, échecs et renaissance.

Des Google Glass à Android XR : une décennie d’essais

Lorsque Google présente ses Google Glass en 2012 à San Francisco, l’effet est immédiat. L’objet, capable d’afficher des informations en réalité augmentée directement dans le champ de vision, incarne alors une vision futuriste du quotidien. Mais l’enthousiasme retombe vite. Commercialisées à partir de 2013, elles sont critiquées pour leur prix élevé, leur design jugé intrusif et les inquiétudes liées à la captation d’images. En 2015, Google met fin à leur commercialisation auprès du grand public.

Le secteur entre alors dans une phase d’expérimentation. Microsoft développe ses casques HoloLens pour des usages professionnels, tandis que Snap Inc. lance ses Spectacles, sans parvenir à séduire massivement.

Le véritable tournant intervient en 2021, lorsque Meta Platforms s’associe à Ray-Ban pour proposer des lunettes connectées plus discrètes, misant sur l’esthétique autant que sur la technologie.

Google décide de relancer sa stratégie, et en 2025, le groupe officialise Android XR, une plateforme dédiée à la réalité étendue. L’objectif : proposer une nouvelle génération d’objets connectés, plus intégrés, plus acceptables socialement.

2027 : Gucci ou la revanche du style

C’est dans cette dynamique que s’inscrit l’annonce d’un partenariat entre Google et Kering, officialisée en avril 2026. Le projet : lancer, dès 2027, des lunettes connectées sous la griffe Gucci. Confirmé par le PDG de Kering, Luca de Meo, lors d’un entretien avec Reuters, le conglomérat français du luxe ambitionne de lancer ces lunettes à IA tout en élargissant son empreinte technologique.

Si les caractéristiques techniques restent encore partielles, ces lunettes devraient fonctionner sous Android XR et intégrer des fonctionnalités désormais classiques : notifications, navigation, captation d’images, voire traduction en temps réel grâce à l’intelligence artificielle.

Mais l’enjeu principal est ailleurs. En s’associant à Gucci, Google tente de corriger l’un des échecs majeurs des Google Glass : leur manque de désirabilité. Là où les premières lunettes connectées peinaient à s’intégrer dans les usages sociaux, ce nouveau modèle entend s’imposer comme un accessoire de mode à part entière.

Ce que les consommateurs ont à y gagner

Au-delà de l’effet d’annonce, ces nouvelles lunettes connectées s’inscrivent dans une évolution des usages. D’abord, elles promettent une continuité numérique plus fluide. Consulter un itinéraire, répondre à un message ou accéder à une information se ferait sans sortir son téléphone, directement dans le champ de vision.

Ensuite, l’intégration de l’intelligence artificielle pourrait transformer l’expérience utilisateur. Assistance contextuelle, traduction instantanée ou reconnaissance visuelle : autant de fonctionnalités qui déplacent l’interaction vers un usage plus intuitif.

Enfin, le facteur esthétique pourrait lever un frein majeur à l’adoption. En empruntant les codes du luxe, ces lunettes ambitionnent de devenir socialement acceptables, voire désirables, une condition essentielle à leur diffusion.

Un pari stratégique pour Kering

Pour Kering, maison-mère de Gucci, ce partenariat dépasse largement le cadre technologique. D’une part, il s’inscrit dans une stratégie de diversification. Le groupe renforce depuis plusieurs années ses activités dans l’optique, un segment jugé plus résilient que le prêt-à-porter face aux fluctuations économiques.

D’autre part, il participe à la relance de Gucci, confrontée à un ralentissement de sa croissance. En s’associant à Google, la marque se repositionne à l’avant-garde de l’innovation.

Enfin, Kering cherche à se positionner sur un marché encore émergent. Face à l’alliance entre Meta Platforms et Ray-Ban, le groupe français mise sur une approche plus haut de gamme, fondée sur le prestige et le design.

Vers une fusion durable entre tech et luxe ?

L’alliance entre Google et Gucci illustre une mutation plus large : la convergence croissante entre industrie technologique et secteur du luxe. Pendant plus d’une décennie, les lunettes connectées ont échoué à s’imposer, freinées par leur apparence et les inquiétudes qu’elles suscitaient. En misant sur le style, les acteurs du secteur espèrent désormais franchir un cap décisif.

Reste une inconnue de taille : leur prix. Positionnées sur le segment du luxe, ces lunettes pourraient rester inaccessibles au grand public, limitant leur diffusion à une clientèle aisée.

Une seconde chance pour les lunettes connectées

Treize ans après les Google Glass, Google tente une nouvelle fois de s’imposer sur le marché des lunettes connectées. Mais cette fois, la stratégie change : moins de laboratoire, plus de podium.

Avec Gucci, la technologie cherche à se faire oublier derrière le style. Si le pari réussit, les lunettes connectées pourraient enfin quitter le statut de gadget pour devenir un objet culturel — et commercial — majeur des années 2030, et trouver leur place dans le quotidien — et sur le nez — des consommateurs.

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Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux coulisses des affaires, de la culture aux nouvelles tendances, elles parcourent la ville et le monde pour capter les histoires, les personnages et les mouvements qui font l’actualité. Toujours sur le terrain, elles mêlent rigueur journalistique et sens du récit, pour offrir aux lecteurs des portraits, enquêtes et chroniques à la fois informatifs et captivants.
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