Wuershan remet le couvert. Deux ans après un premier volet qui avait dynamité le box-office chinois et fait frémir les amateurs de divinités belliqueuses, Creation of the Gods II: Demon Force déboule en France, bardé d’effets spéciaux et lesté d’un mythe millénaire.
Une suite à la démesure d’un projet hors norme, greffé sur L’Investiture des dieux, roman-fleuve du XVIIe siècle, cocktail halluciné de dieux, de démons, de rois dégénérés et de stratèges visionnaires. Le Seigneur des Anneaux sauce soja fermentée.
Derrière la caméra, Wuershan ne lâche rien. Ni le souffle, ni le budget : 223 millions d’euros, 438 jours de tournage, 9 500 personnes mobilisées, 15 000 auditions. Une armée pour filmer une autre. Sur 2 400 plans, 1 800 sont trafiqués. Résultat : une Chine mythologique recréée de toutes pièces, au pixel près, entre sommets célestes et champs de bataille grandioses. Le tout dans une esthétique qui convoque la tradition tout en flirtant avec le clip de métal symphonique.
Dynastie déglinguée et héros cabossés
L’histoire ? La suite directe du chaos. La dynastie Shang est tombée, mais le tyran Di Xin, plus givré que jamais, n’a pas dit son dernier mot. Entre restes de l’Ancien Monde et forces du renouveau, la guerre reprend. Le mont Kunlun s’agite, les immortels sortent de leur retraite, les humains se débattent dans leur destin. Jiang Ziya, stratège en chef et barbe blanche mystique, mène la danse. En face : des créatures aux allures de cauchemar et des généraux aux tripes pleines d’oracles.
Pas juste un déluge pyrotechnique. Wuershan s’attaque aussi aux dilemmes. Trahisons, doutes, alliances contre-nature : les héros doutent, saignent, tombent. Loin des stéréotypes héroïques, Creation of the Gods II injecte du tragique dans son opéra mythologique. Le film pose la question qui fâche : peut-on échapper à ce que les dieux ont écrit pour nous ?
Entre opéra de guerre et blockbuster baroque
Visuellement, c’est une orgie. Chaque plan est ciselé comme un rouleau ancien passé à la moulinette numérique. Les décors s’étendent à l’infini, les armures brillent comme des mirages, les combats s’enchaînent à un rythme étourdissant. C’est pompier, parfois kitsch, mais toujours habité. On pense à Zhang Yimou sous stéroïdes, à Peter Jackson perdu dans un temple taoïste.
À deux semaines de sa sortie française, Demon Force arrive comme le premier blockbuster chinois de la rentrée. Et plante déjà les graines d’un troisième volet qu’on imagine dantesque. Parce qu’ici, les dieux ne se contentent pas d’observer. Ils entrent dans l’arène.
Mythologie, manichéisme et mélancolie
Dans cette guerre des mondes, Wuershan brasse large. Pouvoir, libre arbitre, destin, loyauté, sacrifice : tout y passe. Et même si le rythme ne faiblit jamais, le film trouve le temps d’explorer les failles de ses personnages. Derrière les masques et les épées, il y a des hommes en proie au doute, des femmes-oracles en exil, et des choix impossibles à faire.
Un blockbuster mystique, lyrique, parfois bordélique, mais résolument autre. Un cinéma qui ne s’excuse pas de rêver grand. Et qui, entre deux éclairs célestes, murmure qu’au fond, les légendes sont faites pour ça : nous rappeler qu’avant d’être modernes, nous avons tous été mythiques.