Miley Cyrus, ici photographiée pour la sortie de son dernier album BP. La chanteuse américaine est accusée par Amanda Lear d’avoir repris la mélodie et la rythmique de « The Sphinx », titre disco sorti en 1978. © Capture d'écran @miley

Miley Cyrus, prise en flagrant délit de disco ?

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Amanda Lear accuse Miley Cyrus d’avoir repris dans Redlights la mélodie et le rythme de The Sphinx, son tube disco de 1978. Elle a saisi Universal et laisse à la maison de disques le soin de trouver un accord avant d’envisager la justice. Une nouvelle bataille autour du plagiat qui ramène à la surface les vieux démons de la pop, de Michael Jackson à Marvin Gaye, en passant par Ed Sheeran et quelques tubes devenus, eux aussi, des pièces à conviction.

Il suffit parfois de quelques secondes pour qu’une vieille chanson refasse surface. Pas sur une plateforme de streaming, mais dans l’oreille de celle qui l’a chantée près d’un demi-siècle plus tôt. C’est ce qui est arrivé à Amanda Lear en découvrant Redlights, l’un des titres du nouvel album de Miley Cyrus, Bass Persuades, sorti en septembre 2026.

La chanteuse française ne met pas en avant une vague influence ni une simple parenté esthétique, au contraire, elle affirme reconnaître dans le titre de la star américaine la mélodie et la rythmique de The Sphinx, chanson sortie en 1978 et intégrée l’année suivante à son troisième album, Never Trust a Pretty Face. Le titre, produit par Anthony Monn, est l’un des morceaux emblématiques de la période disco d’Amanda Lear.

Ni une ni deux, sur Instagram, Lear interpelle directement Miley Cyrus avec l’humour et l’ironie qu’on lui connait : « Merci Miley Cyrus d’avoir copié ma chanson », ajoutant qu’elle était « flattée ». Mais derrière la pique, l’ancienne icône disco entend bien défendre ses droits. Dans un entretien accordé au Parisien le 20 septembre, elle dit avoir saisi Universal et prévient : « soit il y a un arrangement, soit un procès. » Pour l’heure, il s’agit donc d’une accusation de la part d’Amanda Lear, et non d’un plagiat établi par un tribunal. Miley Cyrus, de son côté, n’a pas publiquement répondu à cette nouvelle polémique.

Deux générations de pop face à face

Amanda Lear n’a jamais vraiment fait carrière dans la discrétion. Dans les années 1970, elle surgit dans une pop européenne qui aime les paillettes et encore plus les personnages excentriques. Elle en devient d’ailleurs l’une des figures les plus reconnaissables, avec cette voix grave, sa silhouette longiligne et une manière bien à elle de jouer avec les codes du féminin masculin, et avec ce petit brin de désir et de mystère. Mais avant de devenir chanteuse, elle fut mannequin a côtoyé les nuits londoniennes, posé pour Salvador Dalí dont elle fut la muse, et fréquenté David Bowie. Puis la disco l’embarque : Queen of Chinatown, The Sphinx, Follow Me, Fashion Pack (Studio 54). Des chansons calibrées certes pour les pistes de danse, mais portées par une artiste qui a toujours cultivé l’ambiguïté comme une arme.

Près de cinquante ans plus tard, Miley Cyrus connaît une trajectoire qui n’a rien de linéaire non plus. À 13 ans, elle devient l’héroïne de Hannah Montana et apprend très tôt ce que signifie être fabriquée par une industrie qui vous regarde grandir. Puis elle casse méthodiquement l’image de l’adolescente Disney : cheveux courts, performances provocantes, pop-rock, country, ballades, disco et psychédélisme, jusqu’à Flowers en 2023, l’un de ses plus grands succès. Là où Amanda Lear avait fait de son personnage une énigme, Cyrus a construit sa carrière sur les métamorphoses.

Miley Cyrus a aussi pris l’habitude de faire dialoguer sa génération avec celles qui l’ont précédée. Elle a partagé la scène avec Madonna lors de son MTV Unplugged en 2014 et avec sa marraine Dolly Parton, avec laquelle elle a notamment chanté Jolene et Wrecking Ball. En 2026, elle a encore retrouvé Parton aux côtés de Reba McEntire et Queen Latifah pour une nouvelle version de Light of a Clear Blue Morning. Une manière, pour Cyrus, de s’inscrire dans une histoire musicale qui ne commence bien évidemment pas avec elle.

Alors à partir de quel moment une influence devient-elle une copie ? La question est loin d’être nouvelle.

Michael Jackson, Manu Dibango : quand un « Mama Ko » coûte cher

L’un des précédents les plus célèbres concerne Michael Jackson et Manu Dibango. En 1983, sur Thriller, Michael reprend dans « Wanna Be Startin’ Somethin’ » la formule vocale « Mama-say, mama-sa, ma-ma-ko-ssa », qui rappelle très directement Soul Makossa, le titre de Manu Dibango enregistré en 1972. L’affaire ne se termine pas devant un grand procès public, car en 1986, Michael Jackson et Manu Dibango trouvent un arrangement. Le musicien camerounais obtient 2 millions de francs et un accord sur les droits liés à l’utilisation de cette phrase. Mais quelques années plus tard, le même titre de Jackson deviendra lui-même l’objet d’une nouvelle bataille. Rihanna utilisera en 2007 la formule « Mama-say, mama-sa » dans Don’t Stop the Music, ce qui donnera lieu à une nouvelle négociation autour des droits.

La musique populaire fonctionne ainsi depuis toujours : elle recycle, cite, transforme, emprunte, répond à ce qui l’a précédée. Mais lorsque les millions arrivent, la frontière entre hommage et appropriation devient soudain beaucoup moins abstraite.

« Blurred Lines » : le procès qui a changé la donne

Le cas le plus retentissant de la décennie 2010 reste sans doute celui de Blurred Lines. En 2013, Robin Thicke et Pharrell Williams sortent ce tube planétaire qui évoque fortement l’univers sonore de Got to Give It Up, enregistré par Marvin Gaye en 1977. Les ayants droit de Gaye poursuivent alors les deux artistes. En mars 2015, un jury fédéral de Los Angeles conclut à l’atteinte au droit d’auteur. Les ayants droit de Marvin Gaye obtiennent initialement 7,4 millions de dollars, somme ensuite ramenée à environ 5,3 millions après décision judiciaire. La procédure a profondément marqué l’industrie musicale, notamment parce que le litige portait sur une impression générale, un groove et des éléments musicaux dont la frontière avec les « ingrédients » communs de la musique populaire était particulièrement discutée.

L’affaire a surtout installé une inquiétude chez les compositeurs : peut-on protéger une chanson sans finir par protéger un style, une ambiance ou une suite d’accords ? La réponse judiciaire n’est pas toujours la même.

Ed Sheeran, « Thinking Out Loud » et les briques de la musique

Ed Sheeran en sait quelque chose. Son tube Thinking Out Loud, sorti en 2014, a été accusé d’emprunter des éléments à Let’s Get It On, le classique de Marvin Gaye (décidément) et Ed Townsend sorti en 1973. Les héritiers d’Ed Townsend ont engagé une première procédure en 2016, et une nouvelle plainte, déposée en 2018 par Structured Asset Sales, réclamait cette fois 100 millions de dollars qui soutenait que le morceau de Sheeran reprenait notamment des éléments mélodiques, harmoniques et rythmiques de Let’s Get It On.

Le dossier arrive donc devant un jury à New York en 2023, et le 4 mai, celui-ci donne raison à Ed Sheeran car il considère que Thinking Out Loud ne porte pas atteinte au droit d’auteur de Let’s Get It On. L’affaire a ensuite continué sur le terrain judiciaire, jusqu’à ce que la Cour suprême des États-Unis refuse, en juin 2025, d’examiner un recours visant à relancer la procédure.

La défense de Sheeran reposait notamment sur une idée essentielle en matière de droit d’auteur musical : certaines constructions musicales sont des briques communes, disponibles pour tous les compositeurs. Une progression d’accords ou un rythme courant ne peuvent pas automatiquement devenir la propriété exclusive de celui qui les a utilisés le premier. Et cela complique sérieusement les accusations de plagiat. Car deux chansons peuvent sembler très proches à l’oreille sans que la justice considère nécessairement qu’une œuvre protégée a été copiée.

Led Zeppelin, Katy Perry, Radiohead : les ressemblances ne finissent pas toujours par une condamnation

L’histoire regorge d’autres affaires spectaculaires. En 2016, Led Zeppelin est poursuivi pour Stairway to Heaven, accusé de reprendre des éléments de Taurus, un titre du groupe Spirit. Le groupe britannique est finalement blanchi. En 2020, la cour d’appel fédérale du neuvième circuit confirme l’essentiel de cette décision et rappelle que certains éléments musicaux appartiennent au domaine commun de la création.

L’affaire Katy Perry connaît un parcours tout aussi sinueux. En 2019, un jury avait conclu que Dark Horse avait copié des éléments de Joyful Noise, du rappeur chrétien Flame. Mais en 2020, une cour fédérale annule cette décision, considérant que les éléments musicaux en cause étaient trop génériques pour être protégés par le droit d’auteur.

Et puis il y a Radiohead. Creep, immense succès du groupe britannique, présente une ressemblance avec The Air That I Breathe, chanson écrite par Albert Hammond et Mike Hazlewood et popularisée par The Hollies. Un accord aboutit finalement à leur attribution de droits d’auteur sur Creep.

Autrement dit, il n’existe pas une règle simple selon laquelle « ça ressemble donc c’est du plagiat ». Entre inspiration, influence, citation, emprunt et contrefaçon, les tribunaux passent au crible la mélodie, l’harmonie, le rythme, les paroles, l’originalité des éléments concernés et, selon les juridictions, les conditions dans lesquelles l’œuvre antérieure aurait pu être connue.

Miley Cyrus n’en est pas à sa première bataille

Le cas Amanda Lear arrive d’ailleurs alors que Miley Cyrus est déjà engagée dans une autre procédure. En septembre 2024, Tempo Music Investments a poursuivi la chanteuse devant un tribunal fédéral de Californie, affirmant que Flowers, son immense succès de 2023, reprenait des éléments de When I Was Your Man, le tube de Bruno Mars sorti en 2013. La plainte évoquait notamment des ressemblances mélodiques, harmoniques et lyriques. Bruno Mars lui-même n’est pas demandeur dans cette procédure. En mars 2025, un juge fédéral californien a refusé de mettre fin à l’affaire à ce stade, permettant à la procédure de se poursuivre. Le dossier est encore actif en 2026.

La nouvelle accusation d’Amanda Lear donne donc à Miley Cyrus un étonnant rendez-vous avec l’histoire du copyright musical : cette fois, la plaignante potentielle ne réclame pas seulement qu’une justice reconnaisse une ressemblance. Elle demande d’abord à son propre label de regarder ce qui s’est passé.

Rammstein, NinjA Cyborg : le riff français devant la justice

Pendant ce temps, une autre affaire française rappelle que les chansons ne sont plus seulement comparées par les oreilles des fans. Depuis plusieurs années, le duo pyrénéen NinjA Cyborg conteste l’utilisation, selon lui, d’un passage musical de son titre Sunny Road dans Deutschland, de Rammstein. Les deux musiciens affirment avoir composé Sunny Road en 2015, l’avoir déposé à la SACEM en novembre 2018 et publié sur YouTube en décembre de la même année. Deutschland de Rammstein est sorti en 2019.

L’affaire arrive donc devant la justice française, et dans une décision du tribunal judiciaire de Paris, les demandeurs sollicitaient notamment une expertise musicale comparative portant sur la mélodie, le rythme et l’harmonie des deux œuvres. Les représentants de Rammstein et Universal Music Publishing ont, eux, contesté toute contrefaçon et produit une expertise privée, concluant à son absence. La procédure montre surtout une chose : dans un monde où un titre peut être décortiqué note après note, la bataille ne se joue pas forcément sur l’impression laissée par une chanson. Et c’est peut-être là que se trouve le paradoxe de notre époque.

À l’heure des algorithmes, peut-on encore passer entre les mailles du filet ?

Il fut un temps où découvrir une ressemblance supposait qu’un musicien, un producteur ou un fan se souvienne d’un vieux disque. Il fallait pour cela avoir entendu les deux chansons, faire le rapprochement, puis convaincre des spécialistes et, parfois, un tribunal. Aujourd’hui, les outils numériques permettent de comparer les œuvres avec une précision chirurgicale. Les plateformes disposent de systèmes d’identification automatisée, les ayants droit peuvent analyser des catalogues entiers et les logiciels d’analyse audio permettent de décomposer une musique en pistes, fréquences, rythmes ou motifs.

Mais détecter une ressemblance n’est pas établir un plagiat. Une machine peut signaler deux passages similaires ; elle ne tranche pas à elle seule la question juridique de l’originalité, de l’accès à l’œuvre antérieure ou de la protection effective de l’élément musical contesté. C’est toute l’ironie de l’époque : plus les technologies rendent la musique analysable, plus il devient difficile de faire disparaître une ressemblance sous le tapis.

Alors, lorsque des artistes ou leurs équipes utilisent une mélodie ancienne, un riff, une ligne de basse ou quelques mesures reconnaissables, pensent-ils réellement pouvoir passer inaperçus ? Ou considèrent-ils que ces ressemblances appartiennent au vaste réservoir commun de la musique populaire ? Dans le cas Amanda Lear contre Miley Cyrus, la réponse n’est pas encore connue. The Sphinx date de 1978. Redlights vient de sortir. Entre les deux, près d’un demi-siècle de musique et une question qui, elle reste à trancher : à partir de combien de notes l’inspiration cesse-t-elle d’être une inspiration ?

Peut-être qu’après tout, Amanda Lear et Miley Cyrus auraient dû commencer par faire un duo, plutôt que de s’adresser des accusations de plagiat. Un The Sphinx à deux voix, en guise de calumet de la paix ? La dernière appréciant particulièrement la fumée.

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