De Billie Eilish à Bruce Springsteen, d’Olivia Rodrigo à Willie Nelson, en passant par Susan Sarandon et Nicki Minaj, les célébrités américaines ont investi la campagne des élections de mi-mandat du 3 novembre. Certaines ont appelé les électeurs à barrer la route aux républicains, d’autres ont affiché leur soutien à Donald Trump. Au lendemain du scrutin, les démocrates ont repris le contrôle des deux chambres du Congrès. Une victoire qui relance la question de l’influence politique d’Hollywood et de l’industrie musicale : les artistes ont-ils contribué à cette défaite du camp présidentiel ou ont-ils simplement accompagné un mouvement de fond ?
- Billie Eilish, Olivia Rodrigo, Springsteen : la mobilisation anti-Trump passe aussi par la scène
- Willie Nelson, Susan Sarandon : les célébrités entrent dans les campagnes sénatoriales
- Nicki Minaj, Kid Rock, Jason Aldean : le camp Trump avait aussi ses vedettes
- Une victoire démocrate qui dépasse les endorsements des célébrités
- Hollywood ne vote pas à la place des Américains
Il est des lendemains électoraux qui changent le paysage politique d’un pays sans pour autant livrer toutes les clés de son vote. Le 4 novembre 2026, l’Amérique se réveille avec un Congrès qui échappe à Donald Trump. Les démocrates ont remporté la Chambre des représentants, mais aussi le Sénat, jusque-là contrôlés par les républicains. Une double victoire qui prive le président d’un soutien parlementaire essentiel pour les deux dernières années de son mandat. Ce résultat dépasse la simple alternance dans les couloirs du Capitole. Il traduit surtout un mécontentement qui s’est accumulé autour du coût de la vie, des droits sociaux, des droits des immigrés, des droits des femmes et de la politique étrangère de la Maison-Blanche, notamment de la guerre contre l’Iran. L’inflation et la hausse des prix de l’énergie ont également pesé sur le scrutin. Selon l’Associated Press, les démocrates ont notamment réussi à reprendre des sièges dans des États où les républicains avaient installé leur domination depuis plusieurs années.
Dans cette bataille, les artistes n’ont pas voulu rester spectateurs. À quelques jours du vote, les réseaux sociaux, les concerts et les rassemblements politiques sont devenus aussi de tribunes. La culture populaire américaine, souvent accusée de détourner les citoyens des affaires publiques, a cette fois participé à la mobilisation électorale.
Billie Eilish, Olivia Rodrigo, Springsteen : la mobilisation anti-Trump passe aussi par la scène
Le 3 novembre, les appels à voter se sont multipliés. Billie Eilish, Ariana Grande, Gracie Abrams, Conan Gray et Laufey ont notamment utilisé leurs réseaux sociaux pour encourager leurs abonnés à se rendre aux urnes. Leurs messages ne se limitaient pas à un soutien partisan. Ils rappelaient aussi les horaires des bureaux de vote et les droits des électeurs. Une manière de transformer une communauté de fans en relais d’information civique.
Pearl Jam et Hailey Bieber ont également encouragé leurs publics à faire un détour par les urnes. Chris Pratt et Jessica Alba ont, de leur côté, partagé des images les montrant avec leur autocollant « I Voted », devenu un symbole de participation électorale aux États-Unis.
Bruce Springsteen a choisi un autre registre. Dans une vidéo publiée le jour du scrutin, le chanteur a exhorté les responsables électoraux et les représentants du gouvernement à garantir un décompte sécurisé et fidèle des suffrages. Une intervention qui rappelle combien la confiance dans les institutions électorales demeure un enjeu politique majeur depuis les contestations de Donald Trump après la présidentielle de 2020.
La mobilisation n’a cependant pas pris la forme d’un front artistique parfaitement homogène. Taylor Swift, qui avait publiquement soutenu Kamala Harris lors de la présidentielle de 2024, n’a pas renouvelé son engagement cette fois-ci. Son silence a été remarqué, tant son intervention précédente avait bénéficié d’une immense exposition médiatique.
Willie Nelson, Susan Sarandon : les célébrités entrent dans les campagnes sénatoriales
Au-delà des appels généraux à participer au scrutin, plusieurs personnalités ont apporté un soutien explicite à des candidats démocrates. Au Texas, James Talarico, ancien enseignant et figure du courant progressiste démocrate, a pu compter sur Willie Nelson, Don Henley et Kacey Musgraves. Leur soutien accompagnait une candidature particulièrement observée. Depuis près de quatre décennies, les démocrates n’avaient pas réussi à conquérir un siège sénatorial dans cet État. Talarico a finalement battu le républicain Ken Paxton, procureur général du Texas, avec environ 55 % des suffrages contre 43 % selon les premières projections d’ABC News.
Au Michigan, l’actrice Susan Sarandon a apporté son soutien financier à Abdul El-Sayed. Médecin et ancien responsable de santé publique, ce candidat issu de l’aile progressiste du Parti démocrate a battu Mike Rogers. Il devient ainsi le premier sénateur musulman de l’histoire des États-Unis. Sa victoire constitue également un signal pour les militants qui défendent une transformation du Parti démocrate autour de la justice sociale, de la réforme du financement des campagnes et de l’accès aux soins. Barbra Streisand a, elle aussi, participé à la mobilisation financière en faveur des démocrates, fidèle à un engagement politique qu’elle exprime depuis plusieurs décennies.
Dans ces deux États, le résultat donne une visibilité particulière aux artistes qui avaient choisi de soutenir les candidats victorieux. Mais il serait présomptueux d’en déduire que leur intervention a déterminé le résultat. Les électeurs texans et michiganais ont également voté en fonction des programmes, des trajectoires des candidats et de leur appréciation du bilan présidentiel.
Nicki Minaj, Kid Rock, Jason Aldean : le camp Trump avait aussi ses vedettes
Mais, la mobilisation artistique n’a pas été exclusivement démocrate. Donald Trump a conservé le soutien de personnalités qui accompagnent depuis longtemps son mouvement politique. Nicki Minaj a participé à un rassemblement préélectoral à Port Huron, dans le Michigan. Kid Rock et Jason Aldean ont, quant à eux, pris la parole lors de meetings organisés au Tennessee et en Géorgie. Ces artistes incarnent une partie de la culture populaire conservatrice, particulièrement présente dans la musique country et certains courants du rap américain. Leur engagement rappelle que la célébrité n’est pas un territoire naturellement acquis aux démocrates. La fracture politique américaine traverse aussi l’industrie musicale, les communautés de fans et les imaginaires culturels. D’un côté, des artistes qui défendent les droits civiques, les minorités et les libertés individuelles ; de l’autre, des personnalités qui revendiquent leur proximité avec le conservatisme et le mouvement MAGA.
Le résultat électoral montre toutefois que cette visibilité n’a pas suffi à préserver les majorités républicaines au Congrès.
Une victoire démocrate qui dépasse les endorsements des célébrités
Le scrutin a réservé plusieurs surprises. Au Texas, la victoire de James Talarico au Sénat s’accompagne de celle de Gina Hinojosa au poste de gouverneure face au républicain Greg Abbott. En Caroline du Sud, en Caroline du Nord, dans l’Iowa, au Kansas, dans l’Ohio et dans le Maine, les démocrates ont également remporté des sièges jusque-là détenus par leurs adversaires. Dans le Maine, Troy Jackson a notamment battu la sénatrice républicaine Susan Collins. En Géorgie, Jon Ossoff a conservé son siège. Les démocrates ont aussi progressé à la Chambre des représentants, y compris dans des circonscriptions qui avaient largement voté pour Donald Trump en 2024. Cette géographie électorale est essentielle pour comprendre le résultat. Elle montre que le mécontentement ne se limite pas aux grandes métropoles démocrates ni aux électeurs traditionnellement acquis à la gauche. Il s’exprime également dans des territoires où les républicains pensaient pouvoir compter sur une fidélité électorale durable.
Les artistes ont-ils alors été écoutés ? Oui, dans un sens : les candidats qu’une partie d’entre eux soutenaient ont remporté des victoires importantes, tandis que les personnalités engagées auprès du camp républicain n’ont pas empêché la perte des deux chambres. Mais aucune donnée disponible ne permet d’isoler leur contribution et de mesurer combien de voix leurs interventions auraient apportées. C’est là toute l’ambiguïté du pouvoir des célébrités dans une démocratie de masse. Une chanson, une vidéo ou un message partagé à des millions d’exemplaires peut rendre une candidature visible, rappeler une échéance électorale ou encourager un électeur hésitant à se déplacer. Cela ne signifie pas que les admirateurs votent mécaniquement comme leur idole.
Hollywood ne vote pas à la place des Américains
La défaite républicaine ne peut donc pas être réduite à une mobilisation des stars contre Donald Trump. Les résultats dessinent un mouvement politique beaucoup plus large, alimenté par le pouvoir d’achat, la défiance envers l’administration et les conséquences de ses décisions intérieures et internationales. Pour le président, la sanction est institutionnelle. À partir de janvier 2027, les démocrates disposeront des moyens parlementaires nécessaires pour bloquer une partie de son programme, ouvrir des enquêtes sur son administration et s’opposer à certaines nominations. Hakeem Jeffries pourrait prendre la présidence de la Chambre des représentants, tandis que le Sénat devient lui aussi un terrain de confrontation.
Donald Trump a reconnu que les démocrates avaient bien mené leur campagne, tout en refusant de considérer le résultat comme un désaveu personnel. Une lecture qui ne change rien à la nouvelle réalité politique : pour la première fois depuis son retour à la Maison-Blanche, le président devra composer avec un Congrès contrôlé par ses adversaires. Les artistes, eux, auront contribué à faire de cette élection un événement qui dépasse les seuls cercles militants. Leur mobilisation a donné de l’écho aux appels à voter et rendu certaines candidatures plus visibles. Mais le verdict appartient aux millions d’Américains qui ont glissé leur bulletin dans l’urne. Cette fois, leur vote a profondément modifié le rapport de force à Washington. Et aucune célébrité, quelle que soit l’ampleur de sa communauté, ne peut revendiquer à elle seule cette victoire.



