Les fortes chaleurs, notamment en cas de canicule, peuvent dégrader les conditions de travail, dans tous les secteurs d’activité. Les effets sur la santé vont de la fatigue, des crampes et de la déshydratation, jusqu’au coup de chaleur, une urgence vitale potentiellement mortelle. © iStock

Congé climatique : face aux canicules à répétition, le travail doit-il s’arrêter ?

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Alors que la France traverse un nouvel épisode de chaleur extrême en ce mois de juin 2026, la proposition d’un « congé climatique » défendue par Les Écologistes s’invite dans le débat public. Derrière la polémique politique, une question de fond émerge : le droit du travail est-il encore adapté à un pays confronté à des températures de plus en plus difficiles à supporter ?

À 7 heures du matin, Karim enfile déjà sa casquette et remplit sa gourde avant de rejoindre son chantier de construction en périphérie de Lyon. À plusieurs centaines de kilomètres de là, dans le Vaucluse, Sophie commence sa journée dans les rangées d’un verger où la récolte ne peut pas attendre. À Paris, Mehdi enfourche son vélo de livraison tandis que les premiers messages d’alerte chaleur apparaissent sur son téléphone. Tous savent que, quelques heures plus tard, le thermomètre dépassera les 35 °C. Pourtant, comme des millions de Français, ils travailleront.

Longtemps perçue comme un événement exceptionnel, la canicule s’est installée dans le quotidien de nombreux salariés. Sur les chantiers du bâtiment, dans les exploitations agricoles, les entrepôts logistiques ou les services de livraison, la chaleur n’est plus seulement un inconfort : elle devient une contrainte professionnelle avec laquelle il faut composer plusieurs semaines par an. Alors que les épisodes de fortes températures se multiplient, une question s’impose désormais dans le débat public : le droit du travail est-il armé pour protéger ceux qui continuent à travailler lorsque le mercure atteint des niveaux extrêmes ?

Le 21 juin 2026, Les Écologistes ont lancé une pétition réclamant la création d’un congé climatique pouvant aller jusqu’à cinq jours par an. Le dispositif permettrait aux salariés de faire face à une canicule, une inondation, un incendie ou encore à la fermeture d’une école liée à un événement climatique, sans perte de revenus. La proposition s’inspire notamment du modèle espagnol, qui a instauré en novembre 2024 un congé payé de quatre jours en cas d’alerte météorologique majeure.

À l’origine de cette idée, la secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, qui avait déjà présenté cette mesure le 1er mai 2026. Selon elle, « quatre personnes sur dix » en France sont exposées chaque année à de très fortes chaleurs.

Les travailleurs en première ligne

Tous les salariés ne sont pas égaux face à la chaleur. Les premiers concernés sont les ouvriers du bâtiment et des travaux publics. Sur les chantiers exposés au soleil, les températures ressenties dépassent fréquemment les 40 °C. Les couvreurs, maçons, ouvriers du gros œuvre ou encore les agents chargés de l’entretien des routes figurent parmi les professions les plus vulnérables.

Les agriculteurs et les saisonniers agricoles sont également particulièrement exposés. Dans les vignes du Bordelais, les vergers de la vallée du Rhône ou les exploitations maraîchères du sud de la France, le travail s’effectue souvent en plein air pendant les heures les plus chaudes.

D’autres professions apparaissent moins visibles mais tout aussi concernées : les livreurs à vélo, les chauffeurs-livreurs, les ripeurs chargés de la collecte des déchets, les agents de sécurité, les personnels d’entretien ou encore certains employés d’entrepôts logistiques où la température peut rapidement devenir étouffante.

Même dans les bureaux, la chaleur pose problème lorsque les locaux sont mal isolés ou dépourvus de climatisation. Les établissements scolaires, les hôpitaux et certaines administrations connaissent régulièrement des difficultés lors des pics de chaleur.

Un droit du travail déjà en évolution

La proposition intervient alors que la réglementation française a déjà commencé à s’adapter. Le décret du 27 mai 2025 relatif à la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur est entré en vigueur le 1er juillet 2025. Il impose aux employeurs d’évaluer les risques liés aux fortes chaleurs et de mettre en place des mesures adaptées : accès à l’eau potable, aménagement des horaires, pauses supplémentaires ou réorganisation de l’activité lorsque les seuils de vigilance météorologique sont atteints.

L’État reconnaît désormais explicitement que le dérèglement climatique modifie durablement les conditions de travail. Les recommandations gouvernementales rappellent que les fortes chaleurs peuvent provoquer déshydratation, malaises, accidents du travail et aggravation de pathologies préexistantes.

Pour les opposants au congé climatique, ces outils existent déjà. Ils estiment qu’il faut davantage faire respecter les obligations des employeurs plutôt que créer un nouveau droit à l’absence.

Une société confrontée à la multiplication des canicules

Le débat intervient dans un contexte climatique inédit. Selon le Centre de ressources pour l’adaptation au changement climatique, la dernière décennie a connu quatre fois plus de jours de canicule que les années 1980. L’organisme estime également que le nombre de jours de vagues de chaleur pourrait être multiplié par cinq d’ici 2050.

Depuis 2022 et ses 14,5 °C de température moyenne annuelle, un record absolu depuis le début des mesures météorologiques, la France regarde les canicules autrement. Ce qui apparaissait encore comme une anomalie tend à devenir une nouvelle normalité.

Ces chiffres alimentent la réflexion sur l’adaptation du monde du travail. Car derrière la proposition des écologistes se profile une interrogation plus large : comment maintenir l’activité économique lorsque les conditions climatiques deviennent elles-mêmes un facteur de risque ?

Entre avancée sociale et casse-tête économique

La création d’un congé climatique soulève toutefois de nombreuses questions. Qui financerait ces journées d’absence ? Les employeurs, l’assurance-maladie ou un dispositif spécifique ? À partir de quel seuil de température le congé serait-il déclenché ? Faudrait-il le réserver aux professions exposées ou l’ouvrir à tous les salariés ?

Les partisans du dispositif y voient l’équivalent contemporain des grandes conquêtes sociales du XXe siècle : une adaptation du droit aux réalités nouvelles du XXIe siècle. Ses détracteurs dénoncent au contraire une mesure difficile à mettre en œuvre dans une économie déjà confrontée à des problèmes de productivité et de recrutement.

Au-delà des clivages politiques, la question pourrait rapidement dépasser le seul cadre des écologistes. Car si les projections climatiques se confirment, la France devra choisir entre deux stratégies : adapter davantage les lieux de travail aux températures extrêmes ou accepter que certaines journées deviennent tout simplement incompatibles avec l’activité professionnelle.

Et dans un pays où les canicules cessent peu à peu d’être exceptionnelles, ce choix pourrait bientôt ne plus relever de l’idéologie mais de la nécessité.

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Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux coulisses des affaires, de la culture aux nouvelles tendances, elles parcourent la ville et le monde pour capter les histoires, les personnages et les mouvements qui font l’actualité. Toujours sur le terrain, elles mêlent rigueur journalistique et sens du récit, pour offrir aux lecteurs des portraits, enquêtes et chroniques à la fois informatifs et captivants.
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