Artiste de l'UNESCO pour la paix, universitaire, metteuse en scène et militante, Guila Clara Kessous a fait un plaidoyer pour la cause des femmes à travers son film " Woman on Rope" réalisé par Aurelia Khazan. © JCG

Guila Clara Kessous, l’équilibriste des causes féministes

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Rédaction Rapporteuses
Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux...
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Guila Clara Kessous ne se contente pas de porter des discours. Elle met son propre corps en scène comme territoire politique. Son court-métrage Woman on Rope réalisé par Aurélia Khazan, dévoilé le 8 mars 2026, en est l’illustration la plus spectaculaire. Dans cette œuvre tournée entre Paris, Genève et New York, elle gravit une corde suspendue dans le vide. Chaque mètre d’ascension symbolise une étape de l’histoire mondiale des droits des femmes : le droit de vote, les luttes féministes, les avancées législatives mais aussi les reculs observés aujourd’hui en Afghanistan ou en Iran. Présenté dans plusieurs rendez-vous diplomatiques internationaux et remarqué lors du Festival de Cannes, le film transforme une performance physique en manifeste féministe universel.

Il y a quelque chose de paradoxal chez Guila Clara Kessous. Alors que les réseaux sociaux imposent des prises de position instantanées et souvent bruyantes, elle a choisi une voie plus singulière : celle de la performance artistique comme outil de mobilisation. À première vue, son parcours semble appartenir au monde feutré des institutions internationales. Artiste de l’UNESCO pour la paix, conférencière, universitaire, elle fréquente les forums diplomatiques et les sommets consacrés aux droits humains. Pourtant, derrière les discours officiels, son travail s’inscrit dans une question beaucoup plus politique : comment rendre visibles celles que l’histoire oublie ?

Cette interrogation traverse Woman on Rope, son projet le plus personnel. Suspendue à une corde, l’artiste transforme l’ascension physique en métaphore des luttes féminines. Chaque mouvement rappelle que les droits des femmes n’ont jamais été acquis mais conquis, souvent au prix de combats longs et fragiles, et le symbole n’est pas choisi au hasard. Car si les dernières décennies ont permis des avancées majeures, l’actualité rappelle régulièrement que ces acquis peuvent être remis en cause. De l’Afghanistan aux violences faites aux femmes en Europe, les alertes se multiplient. Dans ce contexte, Guila Clara Kessous refuse la célébration d’un féminisme victorieux. Son œuvre parle davantage de vigilance que de triomphe. Une approche qui la distingue d’une partie du militantisme contemporain. Là où certains privilégient la confrontation directe, elle revendique la force du dialogue, de la culture et de la diplomatie. Une stratégie qui suscite parfois le débat. Peut-on réellement faire avancer les droits des femmes depuis les institutions internationales ? L’art peut-il peser face aux rapports de force politiques et économiques ?

La question mérite d’être posée. D’autant que l’artiste multiplie les partenariats avec des acteurs issus du secteur privé, notamment la maison de joaillerie De Beers. Une démarche qui soulève un enjeu central pour nombre de militantes aujourd’hui : comment porter un discours d’émancipation sans être récupérée par les logiques de communication des grandes marques ? Guila Clara Kessous assume ce positionnement. Pour elle, chaque espace de visibilité constitue une opportunité de faire entendre un message. Ses initiatives, comme Femina Pax ou le Forum Femina Vox, poursuivent le même objectif : faire entrer davantage de femmes dans les lieux où se décident la paix, les politiques publiques et les orientations internationales.

Le 27 juin prochain, elle organisera le Forum Territorial de Prévention à Paris, consacré à la santé mentale, à la jeunesse et à la prévention psychosociale. Un sujet qui, là encore, rejoint les préoccupations féministes contemporaines. Car derrière les statistiques sur la précarité, les violences ou la charge mentale, ce sont souvent les femmes qui demeurent les premières concernées.

À l’heure où les mouvements féministes cherchent de nouvelles formes d’action, Guila Clara Kessous occupe une place à part. Ni activiste de terrain au sens classique, ni simple représentante institutionnelle, elle tente de faire de l’art un espace de résistance. Une position d’équilibriste, à l’image de cette corde qu’elle gravit pour rappeler que les droits des femmes restent, partout dans le monde, un combat en mouvement.

Entretien

Rapporteuses : Vous définissez souvent l’art comme un outil diplomatique. À quel moment avez-vous compris qu’une œuvre pouvait parfois avoir plus d’impact qu’un discours politique ?

Guila Clara Kessous : Je l’ai compris quand j’ai vu la puissance de l’art comme catalyseur sociétal. Quand j’ai vu la capacité de ralliement que peut déclencher une simple chanson de rap du mouvement contestataire « Le Balai citoyen » au Burkina Faso. Quand j’ai vu le pouvoir de soulagement de la douleur du violoncelle de Claire Oppert dans le cadre de soins palliatifs en France. Quand j’ai assisté aux ateliers d’art plastique que propose le programme « Tomorrow’s Women » engageant des enfants israéliens et palestiniens pour trouver un langage commun. Chaque année, j’organise un Forum international World Art Day pour honorer la journée mondiale de l’art le 15 avril à l’UNESCO lors duquel se succèdent des interventions d’artistes (JR, Lang Lang, ….), de philosophes (Charles Pépin, Cynthia Fleury,….), d’activistes (Fabrice don de Dieu, Taigué Ahmed,…), des directeurs d’hôpitaux, des spécialistes de l’Organisation Mondiale de la Santé, … Je le fais au travers de trois tables rondes distinctes : « Art et Soin », « Artivisme » (l’art lié à l’activisme) et « Art et Education à la Paix ».

Je suis engagée sur la question des droits des femmes depuis plus d’une vingtaine d’années. Comme une bonne élève, j’ai tout essayé par les voies dites « traditionnelles ».

Guila Clara Kessous

Ces réflexions sont entrecoupées de performances artistiques qui permettent de « vivre » l’expérience artistique. On oublie souvent que l’art est quelque chose qui se vit plus qu’il ne se démontre par de longs discours…L’art est directement connecté à la dignité humaine dans cette capacité à transcender nos différences, à nous dire quelque chose sur notre humanité, à nous alerter sur les dangers que nous avons de la perdre….

Rapporteuses : Woman on Rope est à la fois une performance physique et un manifeste féministe. Pourquoi avoir choisi votre propre corps pour raconter l’histoire mondiale des droits des femmes ?

G.C.K : Je suis engagée sur la question des droits des femmes depuis plus d’une vingtaine d’années. Comme une bonne élève, j’ai tout essayé par les voies dites « traditionnelles ». J’ai essayé de convaincre par des recherches scientifiques lors de mon post doctorat à l’Université de Harvard avec la Professeure Claudia Goldin sur « Femina Economicus ». J’ai essayé d’alerter en faisant parler sur scène des victimes réelles de violences sexuelles au Congo avec « Au delà de nos larmes » de Tatiana Mukanire Bandalire, coordinatrice nationale du Mouvement national des survivantes des violences sexuelles en RDC. J’ai organisé des événements internationaux comme le Forum international Femina Vox dans lequel témoigne des sommités comme le Prix Nobel Denis Mukwege, des têtes couronnées comme SAR La Grande Duchesse de Luxembourg, des Premières Dames, des activistes de terrain hommes et femmes. J’ai monté des podcasts dédiés à l’égalités des genres comme « Woman on Board » diffusé par Harvard Business Review. J’ai soutenu des initiatives directement dans les pays où les femmes sont maltraitées pour soutenir des initiatives de résistance comme celles de Radio Begum à Kaboul ou celles d’Asie Femmes d’Avenir à Cox Bazar au Bangladesh.

J’ai écrit des livres « Ensemble pour les droits des femmes » sur la question dans la collection Manifestô-Alternatives chez Gallimard.Mais tout cela me laissait un goût de « pas assez ». J’avais servi cette cause jusqu’à présent cette cause avec ma tête au niveau intellectuel, avec mon cœur au niveau émotionnel, mais pas avec mon corps. J’avais servi cette cause comme une femme « bureau » que j’étais : une femme tranquillement assise devant son ordinateur à dire, faire, organiser des choses mais sans prendre de risques physiques. C’est pour cela que j’ai imaginé « Woman on rope » qui a été magnifiquement réalisé par Aurélia Khazan et produit par le philanthrope engagé Khen Thanh Nhat. Et me mettant à la corde, en me hissant malgré tout ce qui me retient en bas (mes proches, mon métier, mon bon sens ! …), alors je ressens cet effort, cette petite douleur en écho à ces femmes qui souffrent tous les jours encore aujourd’hui d’être nées femmes dans des pays qui les étouffent….

Rapporteuses : Dans votre film, vous évoquez autant les avancées que les reculs des droits des femmes. Sommes-nous aujourd’hui à un tournant historique du combat féministe ?

G.C.K : C’est vrai que nous sommes aujourd’hui dans une phase profondément paradoxale. Une phase où les avancées et en particulier la libération de la parole des femmes dans certains pays est quasiment aussi spectaculaire que les répressions concernant la liberté des femmes dans d’autres. On assiste aussi également à un changement de paradigme complet quant au mot « féminisme » qui est devenu synonyme pour beaucoup de revendication violente, voire excluante. C’est un mot que je n’utilise pas par exemple dans les pays du Moyen Orient ou d’Afrique dans lesquels j’interviens car il est jugé comme « discriminatoire ». C’est pour cette raison que j’insiste dans tous les événements que j’organise, notamment le Forum International Femina Vox pour inclure ce que le Dr. Mukwege appelle « la masculinité positive », en montrant combien les hommes se doivent d’être aux côtés des femmes dans ce combat pour les droits des femmes. Non pas pour les « sauver » comme le feraient des princes charmants, mais pour être des vrais alliés et réinscrire les droits des femmes comme des droits humains et non les droits d’un genre vis à vis d’un autre. Ce travail de réconciliation est absolument nécessaire pour avancer ensemble et c’est pour moi le « tournant historique » dans lequel nous nous trouvons.

Et me mettant à la corde, en me hissant malgré tout ce qui me retient en bas (mes proches, mon métier, mon bon sens ! …), alors je ressens cet effort, cette petite douleur en écho à ces femmes qui souffrent tous les jours encore aujourd’hui d’être nées femmes dans des pays qui les étouffent….

Guila Clara Kessous

Rapporteuses : Vous travaillez régulièrement avec l’ONU, l’UNESCO et de nombreuses institutions internationales. Pensez-vous que ces organisations vont assez loin dans la défense des droits des femmes ?

G.C.K : Ces organisations internationales ont la puissance de leur défaut. Elles ont la capacité de fédérer des états entre eux malgré les profondes différences de cultures, de croyances, d’approches systémiques et de négociations diplomatiques. Elles ont réussi à faire voter ensemble des lois essentielles sur la préservation de la dignité des femmes. Je pense notamment à la résolution 1325 par le Conseil de Sécurité de l’ONU, adoptée en 2000, qui reconnaît l’impact spécifique des conflits armés sur les femmes et souligne leur rôle essentiel dans la prévention, la gestion et la résolution des conflits. Cette résolution est essentielle car elle appelle les États à garantir la participation pleine et entière des femmes aux processus de paix et à renforcer leur protection contre les violences liées aux conflits.

Mais le revers de la médaille est qu’il s’agit d’ « appels » sans sanction claire lorsqu’un état n’applique pas la loi…Outre l’immobilisme administratif pour initier toute nouvelle démarche, les organisations internationales comme l’ONU ou l’UNESCO ne peuvent pas, de par leur fonctionnement interne, « trop » sanctionner un membre de leur Conseil sous peine de le voir quitter le navire et ainsi mettre en péril l’équilibre représentatif….C’est ce qui se passe actuellement avec les Etats-Unis à l’UNESCO par exemple….C’est pourquoi l’idée du Pôle des Ambassadeurs de Bonne Volonté est si intéressante. Ce secteur rattaché à la Direction Générale de l’UNESCO regroupe des individus dont je fais partie qui restent parfaitement libres de leurs actions dans leur positionnement de défense des droits humains en lien avec la Constitution de l’UNESCO sans crainte d’en modifier l’équilibre car ils ne sont pas directement rémunérés par l’institution. Pour certaines de mes initiatives, comme l’élaboration d’un pendant féminin aux Accords d’Abraham, que j’ai créé en avril 2023 et que j’ai nommé « Les Accords de Sarah et Hajar » qui a été officiellement signé par tous les pays signataires des Accords d’Abraham, j’ai dû enlever la casquette UNESCO car la démarche a été jugée trop « politique » par exemple….

Le soutien de figures engagées lors du Festival de Cannes comme Sharon Stone très impliquée dans les initiatives en faveur des droits des femmes et associée à plusieurs actions de plaidoyer portées par ONU Femmes, contribue également à renforcer la visibilité et la portée de ces engagements, en les inscrivant dans un dialogue entre culture, influence et action internationale.

Guila Clara Kessous

Rapporteuses : Avec Femina Pax, vous défendez un quota minimum de femmes dans les négociations diplomatiques. Pourquoi cette mesure vous paraît-elle aujourd’hui indispensable ?

G.C.K : La résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies a constitué une avancée majeure en reconnaissant le rôle des femmes dans la prévention et la résolution des conflits. Pourtant, plus de vingt-cinq ans après son adoption, les femmes ne représentaient encore que 13 % des négociateurs, 6 % des médiateurs et 6 % des signataires des accords de paix entre 1992 et 2019.

C’est ce constat qui m’a conduite à aller plus loin avec Femina Pax. La résolution 1325 a ouvert une voie essentielle, mais elle reste non contraignante : elle encourage la participation des femmes sans en garantir la mise en œuvre. J’ai donc proposé un seuil minimum de 30 % de femmes dans les négociations diplomatiques, afin de transformer un principe en réalité effective.

Cette proposition est née lors des PeaceTalks de septembre dernier. Invitée à présenter en huit minutes mon travail d’artiviste, j’ai choisi de consacrer la moitié de mon intervention à cette urgence politique : l’exclusion persistante des femmes des processus de paix. L’occasion était trop importante pour ne pas porter cette proposition à ce moment-là.

Le choix de la présenter devant le Conseil des droits de l’homme est également significatif. Là où le Conseil de sécurité aborde souvent les femmes à travers le prisme des conflits et de leur protection, le Conseil des droits de l’homme permet de changer de regard : les femmes y sont considérées comme des sujets de droits, des actrices politiques et des bâtisseuses de paix. Il ne s’agit plus seulement de les protéger des conséquences de la guerre, mais de reconnaître pleinement leur droit à participer aux décisions qui construisent la paix.

Ce changement de paradigme est essentiel. Les femmes ne sont pas uniquement les victimes des conflits : elles en sont aussi des médiatrices, des négociatrices et des piliers de la reconstruction sociale. Leur absence des tables de négociation fragilise la durabilité même des accords de paix.

La paix ne peut pas être négociée pour les femmes ; elle doit être négociée avec elles. C’est tout le sens de la tribune qui a été publiée il y a quelques mois dans le journal Le Monde et qui a été reprise à l’international.

Rapporteuses : Vous dialoguez aussi bien avec des responsables politiques qu’avec des artistes ou des dirigeants d’entreprise. Quel rôle le secteur privé peut-il jouer dans la promotion de l’égalité ?

G.C.K : Le secteur privé joue un rôle déterminant dans la promotion de l’égalité, non seulement parce qu’il est un espace économique, mais parce qu’il est devenu un acteur structurant des dynamiques sociales et, aujourd’hui, géopolitiques. Dans les entreprises que j’accompagne depuis plus de quinze ans, en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie, un constat s’impose : l’entreprise est l’un des rares lieux où des individus issus de cultures, de religions et d’histoires différentes continuent à travailler ensemble au quotidien. Là où les relations politiques se tendent, où les récits se polarisent, le travail maintient des formes concrètes de coopération. Cette réalité fait du monde économique un espace où la question de l’égalité ne peut pas rester théorique : elle se vit dans les équipes, les décisions et les chaînes de valeur.

C’est précisément pour cette raison que les entreprises ont une responsabilité particulière. L’égalité ne s’y résume pas à des principes affichés, mais à des pratiques effectives de gouvernance, d’accès aux responsabilités et de reconnaissance des talents. Dans ce cadre, les actions de formation et de coaching en “women empowerment” jouent un rôle essentiel : elles permettent de renforcer la posture des femmes leaders, de lever les freins liés aux biais inconscients et de créer des conditions réelles d’accès aux espaces de décision. Il s’agit autant de transformation individuelle que de changement organisationnel.

Au-delà de cette dimension, l’initiative que je mène avec l’établissement du label « Economica Pax » qui a été salué lors du dernier sommet à Davos propose un cadre plus large de réflexion. Le monde économique est aussi un espace où des acteurs que tout oppose peuvent se retrouver dans des projets communs. L’entreprise devient alors un lieu de coopération entre des populations parfois perçues comme antagonistes, où la pratique du travail permet de dépasser les représentations et de reconstruire des formes de confiance. L’égalité s’inscrit alors dans une dynamique plus globale de pacification des relations humaines à travers l’interdépendance économique.

Dans cette perspective, le secteur privé ne joue pas seulement un rôle d’accompagnement de l’égalité : il en est l’un des vecteurs les plus concrets. C’est pourquoi j’ai tenu à publier la tribune dans le Time Magazine avant le sommet de Davos : pour en appeler à la raison des dirigeants. Par ses choix de gouvernance, ses politiques de leadership et sa capacité à créer des espaces de coopération, il peut transformer l’égalité en réalité opérationnelle et durable, bien au-delà des déclarations de principe.

Comme le rappelle l’UNESCO, « c’est dans l’esprit des hommes que naissent les guerres, et c’est dans l’esprit des hommes qu’il faut élever les défenses de la paix ».

Guila Clara Kessous

Rapporteuses : Votre partenariat avec De Beers montre qu’il est possible d’associer une marque de luxe à une démarche militante. Comment éviter que l’engagement sociétal ne devienne un simple argument de communication ?

G.C.K : Le risque, lorsqu’une marque de luxe s’engage sur des enjeux sociétaux, est toujours de voir cet engagement réduit à un simple argument de communication. La seule manière de l’éviter est de passer du discours à des engagements mesurables, vérifiables et inscrits dans la durée.

C’est précisément ce qui fonde le partenariat entre De Beers et ONU Femmes, qui s’inscrit dans le cadre de l’initiative HeForShe. Il ne repose pas sur une logique déclarative, mais sur des actions concrètes visant à soutenir l’autonomisation des femmes et des filles, à promouvoir leur accès aux postes de leadership et à développer des programmes dédiés à l’entrepreneuriat féminin, notamment EntreprenHER, qui accompagne des femmes entrepreneures en Afrique australe à travers la formation, le mentorat et le renforcement des compétences économiques.

Dans cette logique, l’engagement est structuré, suivi et évalué dans le temps. Il ne s’agit pas seulement de soutenir une cause, mais de transformer des engagements en dispositifs opérationnels, avec des objectifs définis et des résultats observables.

C’est également dans ce cadre que j’ai eu l’honneur de porter des pièces uniques de la maison De Beers lors de la montée des marches du Festival de Cannes, à l’occasion de la présentation du film Woman on Rope. Ce moment a illustré la rencontre entre création artistique, engagement et visibilité internationale, en donnant une portée symbolique forte à des valeurs défendues de manière concrète.

Le soutien de figures engagées lors du Festival de Cannes comme Sharon Stone très impliquée dans les initiatives en faveur des droits des femmes et associée à plusieurs actions de plaidoyer portées par ONU Femmes, contribue également à renforcer la visibilité et la portée de ces engagements, en les inscrivant dans un dialogue entre culture, influence et action internationale.

Ainsi, pour éviter que l’engagement sociétal ne devienne un simple outil de communication, il doit répondre à trois exigences : des actions réelles, des objectifs mesurables et une continuité dans le temps. Lorsqu’un partenariat comme celui avec ONU Femmes s’inscrit dans cette rigueur, il dépasse la communication pour devenir un levier d’impact réel. C’est cette différence entre l’intention et l’impact qui fait toute la crédibilité d’un engagement.

Pour moi, la paix ne se limite pas à l’absence de conflit ; elle implique des individus capables de traverser les traumatismes, de réguler les tensions et de recréer du lien.

Guila Clara Kessous

Rapporteuses : Vous êtes très engagée sur les questions de paix, mais également sur celles de santé mentale et de prévention psychosociale. Quel lien faites-vous entre ces combats ?

G.C.K : Comme le rappelle l’UNESCO, « c’est dans l’esprit des hommes que naissent les guerres, et c’est dans l’esprit des hommes qu’il faut élever les défenses de la paix ». Cette idée relie directement mon engagement pour la paix à celui pour la santé mentale : je considère que les violences collectives ont toujours une dimension psychique, et que la reconstruction des sociétés passe aussi par la reconstruction des esprits.

Pour moi, la paix ne se limite pas à l’absence de conflit ; elle implique des individus capables de traverser les traumatismes, de réguler les tensions et de recréer du lien. C’est dans cette logique que j’organise des événements consacrés à la santé mentale et à la prévention psychosociale, notamment à l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale et de la Journée de prévention du burn-out.

Je réunis à ces occasions des chercheurs, des médecins, des philosophes et des acteurs publics autour d’un même enjeu : faire de la santé mentale un sujet collectif et politique. J’ai notamment eu l’honneur d’accueillir Boris Cyrulnik, dont les travaux sur la résilience éclairent profondément les processus de reconstruction après les traumatismes.

Je poursuis également cet engagement à travers des projets culturels et éditoriaux, comme l’enregistrement du livre Le jour où Maya s’est relevée de Céline Mas, ancienne présidente d’ONU Femmes France, premier roman consacré au burn-out et à ses mécanismes souvent invisibles. La pratique que je fais de la bibliothérapie, le soin par la lecture est également remarquable tant au niveau préventif qu’au niveau de résilience. À travers ce type de projets, je cherche à rendre visibles des réalités psychiques trop longtemps silencieuses.

Ainsi, je fais le lien entre paix et santé mentale comme deux dimensions indissociables d’une même dynamique : celle de la capacité des individus et des sociétés à transformer la souffrance en résilience et la rupture en reconstruction.

La paix ne peut pas être enseignée uniquement comme l’absence de conflit. Elle doit être vécue, expérimentée, notamment à travers l’art comme langage universel.
C’est dans cet esprit que je défends des projets où des enfants issus de pays en tension peuvent se rencontrer, créer ensemble et découvrir l’autre au-delà des récits politiques qui les opposent.

Guila Clara Kessous

Rapporteuses : Les jeunes générations semblent plus sensibles aux questions d’égalité, mais aussi plus exposées à la violence des réseaux sociaux. Quel message souhaitez-vous leur transmettre ?

G.C.K : Je veux d’abord saluer l’engagement des jeunes générations. Je trouve qu’elles portent une sensibilité très forte aux questions d’égalité, de justice sociale et de climat, avec une capacité à nommer des injustices que les générations précédentes ont parfois laissé invisibles. Cette lucidité est précieuse, car elle oblige à repenser des équilibres établis et à accélérer des transformations nécessaires.

Mais je vois aussi un risque lié à la violence des réseaux sociaux et à la polarisation des récits. Dans cet environnement, la complexité s’efface parfois au profit de logiques d’opposition, où l’autre devient rapidement un adversaire, voire un ennemi. La colère, lorsqu’elle n’est pas accompagnée, peut alors basculer dans une forme de révolte permanente, presque “James Dean”, avec cette idée de tout renverser sans toujours penser à ce qui devra être reconstruit ensuite.

C’est précisément pour cela que je crois profondément à l’importance de l’éducation dès le plus jeune âge. J’y vois un levier essentiel pour éviter que ces réflexes de confrontation ne deviennent des automatismes durables. À travers les projets que je mène avec des enfants de 5 à 10 ans, notamment dans « Je participe à la paix », je travaille sur une idée simple : la paix n’est pas une notion abstraite, elle se vit et s’apprend très tôt.

Avec les enfants, il s’agit d’apprendre à écouter, à reconnaître les émotions, à comprendre ce que signifie coopérer, et à découvrir que les différences ne sont pas des menaces mais des ressources. Cette éducation précoce permet de construire des réflexes d’empathie et de dialogue avant que les logiques de rejet ou de polarisation ne s’installent.

Le message que je souhaite transmettre est donc double. D’un côté, je crois à la force et à l’exigence de la jeunesse dans sa volonté de justice. De l’autre, je crois à la nécessité de lui donner très tôt les outils de la nuance, du dialogue et de la construction collective. Car la véritable transformation ne consiste pas seulement à dénoncer le monde tel qu’il est, mais à apprendre, dès l’enfance, à bâtir celui qui vient.

Rapporteuses : Si vous deviez résumer votre combat en une seule ambition pour les dix prochaines années, quelle serait-elle : faire entendre davantage les femmes ou transformer en profondeur les lieux où se prennent les décisions ?

G.C.K : Si je devais résumer mon combat pour les dix prochaines années, je ne le limiterais ni à seulement faire entendre davantage les femmes, ni uniquement à transformer les lieux de décision. Les deux sont indissociables, mais l’enjeu est plus profond : il s’agit de refonder une véritable culture de la paix.

D’abord, je crois à une éducation à la paix qui soit positive, vivante et créative. La paix ne peut pas être enseignée uniquement comme l’absence de conflit. Elle doit être vécue, expérimentée, notamment à travers l’art comme langage universel. C’est dans cet esprit que je défends des projets où des enfants issus de pays en tension peuvent se rencontrer, créer ensemble et découvrir l’autre au-delà des récits politiques qui les opposent.

Ensuite, la pleine inclusion des femmes dans les processus de décision est une condition incontournable. Ce n’est pas seulement une question de justice ou de représentation, mais aussi d’efficacité et de durabilité des accords. Mon engagement, notamment à travers la proposition d’un seuil minimal de 30 % de femmes dans les négociations diplomatiques, s’inscrit dans cette volonté d’institutionnaliser leur présence là où se construit la paix.

Enfin, je crois à la nécessité de renforcer des réseaux culturels et civiques internationaux capables de maintenir le dialogue dans un monde fragmenté. Des initiatives comme les forums internationaux que j’organise autour de l’art, de la paix et de la diplomatie culturelle permettent de réunir artistes, penseurs et citoyens autour d’un langage commun, au-delà des frontières et des divisions.

Ainsi, mon ambition ne se résume pas à une seule priorité, mais à un ensemble cohérent : éduquer à la paix dès l’enfance, garantir la place des femmes dans les décisions, et construire des espaces transnationaux de dialogue. C’est cette articulation qui permet de transformer en profondeur non seulement la visibilité des femmes, mais aussi les structures mêmes où se fabrique la paix.

Plus d’infos :

Forum international Femina Vox

De Beers et ONU Femmes

Journée mondiale de la santé mentale

Je participe à la paix

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