Les Actor Awards 2026, anciennement connus sous l’appellation Screen Actors Guild Awards avant de passer sous la bannière Netflix, ont connu ce dimanche, une édition particulièrement commentée, autant pour leurs choix artistiques que pour leurs implications dans la course aux Oscars. Portés par un vote des professionnels, plus de 160 000 acteurs membres de SAG-AFTRA, ces prix sont souvent considérés comme un indicateur sérieux dans la course aux Oscars.
Il fallait voir la tête des attachés de presse dimanche soir, quand la soirée a commencé à tourner vinaigre pour les favoris dont le très attendu Une Bataille après l’autre, et à s’embraser pour un film de vampires. Dimanche soir, les Actors Awards 2026, se sont offert une des plus grosses poussées d’adrénaline, quand Sinners a mordu la cérémonie à la gorge et n’a plus lâché.
Au début, pourtant, tout semblait écrit d’avance, réglé comme une cérémonie d’horloger suisse. Harrison Ford qui reçoit un prix d’honneur pour l’ensemble de sa carrière, c’est la tradition, Hollywood célèbre l’un de ses visages les plus indestructibles à chaque cérémonie. C’était le moment “mémoire collective”. Et puis la suite, qui a surpris la salle toute entière. Il faut savoir que depuis des semaines, les pronostics donnaient Une bataille après l’autre et Marty Supreme grands favoris, normal, le casting est solide, et la campagne impeccable. Bref, une soirée promise aux certitudes, à la continuité. Et c’est précisément pour cela que l’irruption de Sinners a fait l’effet d’une petite bombe dans un scénario que tout le monde croyait déjà connaître à l’avance. Cinq nominations, autant dire une petite révolution dans une saison où l’on préfère d’ordinaire les biopics rassurants et les drames en costume.
Le film qu’on n’attendait pas
Parce que Sinners, réalisé par Ryan Coogler [ NDLR Black Panther ], n’est pas exactement le prototype du “film à récompenses” dans cette catégorie. Des jumeaux noirs dans le Sud ségrégationniste des années 1930, un club clandestin, des forces vampiriques qui rôdent et une Amérique blanche hantée par ses propres fantômes. Sur le papier, la critiques cochait plutôt la case “film de genre ambitieux”, pas le raz-de-marée que l’on a vu dimanche soir.
Et pourtant. À mesure que la saison avançait, les choses avaient commencé à bouger. Tout d’abord avec les projections privées qui se sont transformées au fur et à mesure en séances quasi mystiques. En France c’est l’influenceuse Sally qui avait organisé une projection au Grand Rex, qui a donné le Go et contribué à la “Sinnersmania”. Cerise sur le gâteau, était une des rares, pour ne pas dire la seule à obtenir une interview exclusive de Michael B. Jordan et Ryan Coogler.
Certaines critiques murmuraient même, que Ryan Coogler avait signé son film le plus personnel. Que le vampirisme n’était qu’un masque pour parler de mémoire, de ségrégation, de survie. Hollywood adore les métaphores, surtout pour mordre là où ça fait mal.
Mais avant d’arriver aux Actors Awards, le long métrage avait déjà solidement balisé le terrain côté récompense. Dès l’été dernier, il avait dominé les Astra Midseason Movie Awards, remportant tous les prix pour lesquels il était nommé, dont meilleur film, meilleur réalisateur et prix d’interprétation pour Jordan.
Une tornade aux NAACP Image Awards où il a littéralement écrasé la 57e édition de cette cérémonie dédiée à l’excellence du cinéma afro-américain, en remportant 13 trophées sur 18 nominations, dont Meilleur film, Meilleur acteur pour Michael B. Jordan et le titre de Entertainer of the Year encore pour Jordan.
Un raz-de-marée aux Black Reel Awards, où le film a dominé avec 14 récompenses, et plus tôt dans la saison, il s’était classé en tête des nominations des Critics’ Choice Movie Awards, montrant dès janvier qu’il serait un poids lourd dans la course. A cela s’ajoute un record historique : 16 nominations aux Oscars, où il devient le film le plus nommé de l’histoire des Academy Awards, dépassant des monstres du box-office comme Titanic et La La Land.
Le moment Jordan
Puis est arrivé LE moment. Quand le nom de Michael B. Jordan a été prononcé par Viola Davis pour le prix du meilleur acteur. La salle a mis une demi-seconde à comprendre, et une seconde de plus pour exploser. Standing ovation. Jordan lui-même qui interprète des jumeaux dans le film, semblait presque surpris, mais ému d’être enfin consacré par ses pairs. Longtemps cantonné au statut de star charismatique, il décroche ici un adoubement de comédien “sérieux”. Son discours, sobre, presque retenu, a tranché avec sa grandiloquence habituelle. L’acteur a parlé de responsabilité, de transmission en remerciant sa mère et toute l’équipe. Et c’est peut-être à cet instant précis, que la soirée a basculé, et que l’on assistait à une redistribution des cartes dans la course aux Oscars.
L’ensemble, ce mot qui change tout
Et quand Sinners a aussi remporté le prix du meilleur ensemble d’acteurs, le message était clair. Les acteurs ont voté pour une histoire qui les rassemble. Dans une industrie encore secouée par les grèves récentes et les tensions autour de l’IA, saluer un film aussi collectif sonnait comme une prise de position. Cette victoire consacre enfin un film qui assume son hybridité. Fantastique et politique, spectaculaire et intime. Hollywood a parfois besoin de se rappeler qu’il peut faire les deux.
Une cérémonie moins sage qu’elle en a l’air
Les Actors Awards, souvent considérés comme baromètre des Oscars, ont envoyé un signal clair à l’Académie : la victoire ne passe plus uniquement par des campagnes à coup de publicité intempestive. Il peut surgir d’un film qui met des crocs à ses personnages tout en rappelant les cicatrices de l’Histoire. A n’en pas douter, Sinners a injecté une dose de sang neuf, littéralement et symboliquement.
Reste la grande messe des Academy Awards. Les Actors Awards ne font pas toujours les Oscars, mais ils dessinent une tendance. En propulsant Sinners au sommet, les comédiens ont ouvert une brèche, et si le film de vampires devenait le film totem de l’année ?



