Un défilé qui fait des vagues. En pleine canicule, mardi 23 juin, Pharrell Williams présentait à Paris, sa nouvelle collection Louis Vuitton masculine printemps-été 2027 dans un décor grandiose, ponctué d’une immense cascade. © Compte Instagram Louis Vuitton

Canicule : non, nous ne sommes pas « tous logés à la même enseigne »

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Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux...
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Alors que Paris suffoque sous une vague de chaleur exceptionnelle en pleine Fashion Week homme, une phrase de Yann Barthès dans Quotidien a déclenché une vive polémique : « Nous sommes tous logés à la même enseigne », a lancé l’animateur, prenant l’exemple de Bernard Arnault ou d’un ministre qui auraient « aussi chaud que nous ». Quelques heures plus tard, Louis Vuitton, propriété du groupe LVMH dirigé par Bernard Arnault, présentait pourtant son défilé printemps-été 2027 devant une immense cascade artificielle. Deux anecdotes qui racontent une même réalité : face à la canicule, la température est la même, mais les conditions pour y faire face ne le sont pas.

« Si vous croisez Bernard Arnault, il aura chaud »

Mercredi 24 juin, dans Quotidien, alors que la France connaît une nouvelle vague de chaleur et que les témoignages de personnes vivant sous les toits se multiplient, Yann Barthès tente de relativiser les différences sociales.

« C’est rare de vivre un événement universel, on est tous logés à la même enseigne. Si vous croisez Bernard Arnault, il aura chaud. Un ministre, il aura chaud, il aura aussi chaud que vous », affirme-t-il.

La séquence devient virale presque instantanément. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes dénoncent une confusion entre température extérieure et capacité à s’en protéger. Dormir sous les combles d’un immeuble haussmannien mal isolé n’a évidemment rien de comparable avec passer la nuit dans un appartement climatisé, une résidence secondaire en bord de mer ou un hôtel de luxe.

La critique dépasse rapidement le seul cas de Yann Barthès, et remet sur le devant de la scène une évidence documentée depuis des années par les chercheurs : les vagues de chaleur sont aussi des révélateurs d’inégalités sociales.

Quelques heures plus tard, une cascade géante pour Louis Vuitton

Le contraste est saisissant. Le mardi 23 juin, au cœur de la Fashion Week masculine parisienne, Louis Vuitton présente sa collection printemps-été 2027 imaginée par Pharrell Williams. Le décor est impressionnant : une plage artificielle, plusieurs tonnes de sable et surtout une gigantesque cascade alimentée en continu, au milieu de Paris, alors que la capitale est frappée par des températures exceptionnelles.

Les images font elles aussi rapidement le tour des réseaux sociaux. Télérama évoque « des centaines de litres d’eau » déversés sur une plage artificielle et s’interroge sur « l’obscénité de l’image » en pleine canicule. L’ironie n’échappe à personne : Bernard Arnault, cité quelques heures plus tôt par Yann Barthès comme exemple d’une chaleur « partagée », est précisément le dirigeant du groupe LVMH, propriétaire de Louis Vuitton.

Bien sûr, le milliardaire a, lui aussi, probablement ressenti les fortes températures parisiennes. Mais il dispose également de moyens matériels quasiment illimités pour s’en protéger. C’est précisément ce que dénoncent les critiques de la séquence.

La chaleur frappe tout le monde, ses conséquences non

Les travaux scientifiques sont unanimes. Les épisodes de chaleur extrême touchent d’abord les populations les plus vulnérables. En France, les logements situés sous les toitures, souvent occupés par des étudiants ou des ménages modestes, peuvent dépasser les 35 voire 40 °C pendant plusieurs jours.

À l’inverse, les ménages les plus aisés cumulent souvent plusieurs facteurs protecteurs : logements mieux isolés ; climatisation ; jardins ou piscines ; résidences secondaires ; possibilité de télétravailler ou de quitter les grandes villes ; en enfin un accès facilité aux soins.

Les travailleurs exposés sont eux aussi loin d’être égaux. Les ouvriers du bâtiment, les éboueurs, les livreurs, les agents d’entretien ou les ouvriers agricoles continuent souvent leur activité malgré des températures extrêmes, quand les cadres peuvent davantage adapter leurs horaires ou travailler depuis un bureau climatisé. La géographie urbaine accentue également ces écarts. Les quartiers les plus minéraux, pauvres en arbres et en espaces verts, accumulent davantage la chaleur que les quartiers résidentiels plus végétalisés.

Une fracture climatique qui devient sociale

Depuis la canicule meurtrière de 2003, qui avait causé près de 15 000 décès en France, les épisodes extrêmes se multiplient. Le changement climatique ne crée pas les inégalités ; il les amplifie. Les économistes parlent désormais de « fracture climatique ». Les plus riches émettent généralement davantage de gaz à effet de serre en raison de leurs modes de vie — transports aériens fréquents, grandes surfaces d’habitation, consommation plus élevée — mais disposent aussi des moyens financiers nécessaires pour limiter leur propre exposition aux conséquences du réchauffement.

À l’inverse, les ménages modestes vivent souvent dans des logements moins adaptés, disposent de moins d’équipements de rafraîchissement et ont moins de possibilités de quitter temporairement les zones les plus touchées. Autrement dit, la chaleur est universelle ; la protection contre la chaleur est profondément inégalitaire.

Une petite phrase qui résume un grand malentendu

La formule de Yann Barthès se voulait sans doute rassembleuse. Mais en affirmant que « tout le monde est logé à la même enseigne », elle a occulté ce que les spécialistes de l’adaptation climatique répètent depuis des années : ce n’est pas le thermomètre qui fait l’inégalité, mais les ressources dont chacun dispose pour y faire face.

Le défilé spectaculaire de Louis Vuitton, avec sa cascade artificielle dressée en plein Paris caniculaire, a involontairement offert une illustration presque parfaite de ce paradoxe. Oui, Bernard Arnault peut avoir chaud. Mais lorsque la température devient insupportable, tout le monde n’a pas les mêmes portes où aller chercher le frais.

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Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux coulisses des affaires, de la culture aux nouvelles tendances, elles parcourent la ville et le monde pour capter les histoires, les personnages et les mouvements qui font l’actualité. Toujours sur le terrain, elles mêlent rigueur journalistique et sens du récit, pour offrir aux lecteurs des portraits, enquêtes et chroniques à la fois informatifs et captivants.
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